LES TABLEAUX DE BERLIN
Il y a, au Musée de Berlin, deux tableaux dont jl raut parler ici. Le premier était autrefois attribué à Roger de le Pasture; on en fait honneur aujourd’hui au Maître de Flémalle. C est un Christ en Croix qui contient deux figures magistrales, d’un grand style, dignes du Maître de Flémalle ou de Roger. La première est celle, dressée sur l’horizon, du Disciple qui se détourne en un geste navré; la seconde est une
étrange figure de femme, de haut coiffée d un turban et vêtue d’étoffes orientales, qui semble se tordre les mains de douleur. Les autres personnages sont moins bien venus, ce qui a pu faire croire à une collaboration ou à une œuvre d un imitateur du Maître. On croit que le fond d or primitif a été remplacé, plus tard, par un paysage et un ciel étoffé d anges.
L’autre tableau, qui fait penser au Maître de Flémalle, est un triptyque de Roger de le Pasture. Il ne peut pourtant y avoir aucun doute quant à l’attribution; c’est l’une des rares œuvres de Roger dont on connaisse l’histoire. Elle fut peinte pour l’église de Middelbourg sur l’ordre de Pierre Bladelin, argentier du duc de Bourgogne, peu après le retour de Roger de son voyage d Italie en 1450.
Outre les traits généraux du style et les détails de costume et d’attitude qui évoquent l’idée du Maître de Flémalle, nous y découvrons, dans le volet gauche, la Sybille de Tibur et V Empereur Auguste, une Vierge assise sur un banc, dans les airs, qui rappelle singulièrement la Vierge d Aix; et dans le volet de droite, les Trois Mages, l’un des Mages est coiffé de façon spéciale, identique au spectateur du premier plan dans le Mauvais Larron; de plus, un petit enfant apparaît dans l’étoile adorée par les Rois, de même qu’un petit enfant apparaît dans le rayon dirigé vers la Vierge., dans Y Annonciation de Mérode;
enfin, dans le panneau central, la Nativité , le saint Joseph grisonnant, édenté, abritant contre le vent sa chandelle allumée, est pareil au même saint Joseph de la Nativité de Dijon.
Voilà des coïncidences trop spéciales pour être fortuites. Je ne crois pas qu’on les ait déjà signalées. Elles fortifient la conviction que si le Maître de Flémalle n’est pas Roger lui-même, ce ne peut être que quelqu’un qui lui toucha de bien près.