‹ Le maître inconnu, CagliostroChapitre 1 sur 49 · BOULEVARD HAUSSMANN · texte numérisé non relu

BOULEVARD HAUSSMANN

PARIS

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Portrait de la Galerie historique du Musée de Versailles

gravé par Leclère

AVANT-PROPOS

e me souviens toujours d’un article de journal paru au xxe siècle et donnant d’un contemporain une biographie ornée de la reproduction de sa photographie. Celui qui, s’occupant du personnage en question, retrouvera dans cent ans ce journal, pourra-t-il ne pas classer cette étude parmi les plus importants de ses documents ? Or le cliché était celui d’un inconnu, ne ressemblant même pas au héros de l’histoire, et la biographie faisait naître à Constantinople, dans un harem, celui qui avait vu le jour, fils de simples cultivateurs, dans un village, en France. J’ai heureusement oublié le reste.

Ce souvenir m’a poursuivi pendant que j’étudiais Cagliostro ; si de telles erreurs peuvent s’imprimer de nos jours et se répandre si facilement, si nous vivons au milieu des événements contemporains sans pouvoir en apprécier le caractère, souvent même sans en avoir connaissance, dans quel brouillard d’illusions, dans quel monde de fantaisie devons nous être plongés relativement au passé ?

Lorsqu’on s’occupe d’un homme qui a joué dans l’histoire un rôle quelque peu important, on se trouve en présence de difficultés bien grandes provenant de l’éloignement, du parti pris, des opinions admises. La partialité des contemporains prend d’autant plus d’importance que le temps, en s’écoulant, rend le contrôle plus impossible ; une opinion générale, le plus souvent celle du livre le plus attrayant ou le plus répandu, s’établit et, dès lors, tout écri-

vain amené à parler du fait historique ou de l’homme qui laissa un nom, s’en tiendra à ce jugement, définitif selon lui, parce que la masse l’a peu à peu sanctionné de sa paresse et de sa crédulité.

C’est ce qui est arrivé pour Cagliostro, et pour lui plus que pour tout autre ; car, de son temps déjà, ceux qui le voyaient agir, qui l’observaient et l’interrogeaient, lorsque c’étaient des esprits pondérés et philosophiques, avouaient qu’il était impossible de porter un jugement sur lui (i) ; certains le révéraient comme un dieu ; d’autres le haïssaient comme le pire ennemi de l’humanité (2). Nul n’a suscité plus de dévouements, nul 11’a provoqué plus de fureurs, et nulle personnalité n’est restée plus énigmatique, même pour ses intimes, même pour les magistrats à qui échut la lourde tâche de le juger.

Aussi, sur lui plus que sur tout autre, les calomnies se sont accumulées, les légendes ont couru. Dès son vivant on les répandait ; après sa mort, les haines religieuses qui sont les plus tenaces et survivent à la tombe, l’ont poursuivi. Les historiens ont été frappés par la brusque apparition de cet homme à la veille de la Révolution ; mais, ne trouvant aucun résultat évident et immédiat à ses actes, rien qui expliquât son rôle, renonçant à le comprendre, ils l’ont bientôt délaissé comme un personnage épisodique sans importance ; la littérature s’en est emparée et, finalement, une opinion s’est imposée qu’on peut retrouver aujourd’hui dans tous les livres, qui est devenue classique à force d’être reproduite. Enlevé à l’histoire pour devenir un type légendaire, demisorcier et demi-prestidigitateur, escroc brillant et bouffon, le comte de Cagliostro est un personnage qui se classe entre Robert Macaire et Polichinelle dans le musée des fantoches (3).

Bien des esprits en restent là : il leur suffit de connaître le Cagliostro charmant de Gérard de Nerval ou le magicien impres-

(1) « Vere ænigma est iste, de quo non licet judicare ». Liber memoriaiis de Caleostro. Venetiis. S. A. in-8, p. 36. (Trad. franç. Dr M. Haven .L'Evangile de Cagliostro. Paris, 1910, in-16, p. 86.) Cf. et : Lettre de Blessig, in : Weisstein. Cagliostro à Strasbourg.

(2) Breteuil, Meiner pensaient ainsi : «... eines Mannes..., den ich gerne der ganzen Welt verdachtig machen môchte. » Meiner. Briefe über die Schweif. IIe partie ; in : Mirabeau. Lettre sur MM. de Cagliostro... Berlin, 1786, in-8, p. 14.

(3) C’est presque l’expression textuelle du Joseph Prud’homme anglais qu’on appelle Carlyle. Frasers Magazine. Juillet, 1 833, pp. 19 à 28, et Ibidem Août 1 833, pp. i3e à 1 55.

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sionnant d’Alexandre Dumas ; mais ceux qui ont entendu parfois des paroles de vie, qui ont senti, — fût-ce une heure — un monde de mystères les entourer, ne peuvent se contenter de cette notion superficielle; ceux-là demanderont davantage. Pour retrouver, s’il est possible, le vrai Cagliostro, pour acquérir une connaissance plus adéquate de son esprit, que pouvons nous donc faire ?

Avant tout, nous adresser à de meilleures sources. Qu’existe-t-il sur Cagliostro ? D’abord, et en grand nombre, des pamphlets émanés, soit de ses adversaires dans les procès qu’il eut à soutenir et, en particulier, lors de l’affaire du Collier ; soit des ennemis personnels qu’il avait su se faire par sa grande liberté de parole, par l’originalité de ses actes ; soit enfin du Saint-Office qui, lors de sa capture, sachant tenir en lui un des chefs patents ou secrets de la franc-maçonnerie, a voulu faire coup double : d’une part, salir à tout jamais la mémoire de ce représentant des idées libérales qui bouillonnaient alors dans bien des cerveaux ; d’autre part, faire retomber sur l’ordre tout entier le discrédit jeté sur le grand-maître de la maçonnerie égyptienne.

La Vie de J. Balsamo , publiée par les soins du Saint Office comme une apologie de son action inquisitoriale, est un chef-d’œuvre de haine et d’hypocrisie ; les libelles des sieurs Sachi et Morande, de Mme delà Motte pâlissent à côté de ce réquisitoire (i); et cependant ces trois personnages n’avaient pas ménagé Cagliostro.

Mais, perfectionnée par le Saint-Office, l’œuvre prend une autre ampleur : tout ce qu’on pouvait recueillir de plus diffamatoire chez les auteurs précités, s’y trouve joint à ce que l’inquisition a pu arracher de compromettant à Cagliostro et à sa femme, par les promesses ou les tortures (2).

Qu’on ajoute à cela tout ce qu’en 1791 l’imagination de prêtres italiens, effrayés par la Révolution française, pouvait inventer contre la franc-maçonnerie en général et contre le fondateur d’un rite mystique en particulier, et on aura une idée de la violence de ce

(1) Nous parlons de Sachi et de ses démêlés avec Cagliostro dans notre chapitre V : Strasbourg, p. g5 sqq. Nous étudions Morande dans notre chapitre VIII : Londres, p. 207 sqq. et Mœe de la Motte, dans l’affaire du Collier, chapitre VII, p. 174 sqq. bien que l’histoire ait suffisamment démasqué et flétri ces deux derniers personnages pour que nous eussions pu nous dispenser même de réfuter leur assertions intéressées.

(2) Cf. Rome, p. 244.

libelle. L'habileté avec laquelle l’auteur, jouant sur les mots, confond à dessein religion et catholicisme, athéisme et hétérodoxie, libéralisme et scepticisme, fait que le lecteur, insensiblement, est amené à le suivre, à adopter ses conclusions, s’il ne s’observe et ne découvre la ruse.

Non seulement le livre est un réquisitoire haineux, non seulement il fourmille d’erreurs dans ce qui est vérifiable (i), et d’inventions dans les portions impossibles à contrôler, mais encore, dans le développement de sa thèse, l’auteur tombe dans de telles contradictions qu’elles sautent aux yeux et que le traducteur français de l’ouvrage, cependant hostile à Cagliostro, n’ayant que mépris et ironie pour lui, n’a pu s’empêcher, en certains endroits, de signaler ces contradictions révoltant la justice et même le bon sens (2).

Donc presque rien à prendre dans la Vie de J. Balsamo , pas plus que dans les pamphlets antérieurs ; et si nous avons à les citer, nous ne devrons le faire qu’avec beaucoup de précautions. Nous en dirions autant des autres biographies, isolées ou intercalées dans des ouvrages généraux (3), qui, pour la partie documentaire, s’appuient toutes sur le petit livre, tissu de mensonges et de sottises, que la Chambre apostolique a fait imprimer à Rome. La publication des documents Fontaine par l’érudit M. Campardon (4) a engagé quelques écrivains à s’occuper de Cagliostro. M. Funck-Brentano l’a fait le premier, et avec impartialité. Un auteur moderne (5) a repris le sujet; mais son livre, à l’inverse du précédent et à l’imitation des pamphlets anciens, est tout imprégné du même esprit de haine qui a dicté la Vie de J. Balsamo au père jésuite Marcello.

(1) Rien que dans les questions de fait concernant les périodes de la vie de Cagliostro sur lesquelles nous avons des documents officiels — dix ans environ

— j’ai pu relever plus de trente erreurs positives de dates, de noms, ou d’événements. Onvoit quelle confiance accorder aux récits de la jeunesse de Cagliostro dans lesquels l’auteur a donné plus libre carrière encore à son imagination, toute rectification étant impossible pour cette période inconnue.

(2) Dans l’avertissement, pp. iv et v, il a cru devoir s’excuser de traduire la sentence condamnant Cagliostro, quel qu’il fut, à la mort ; il avoue que sa raison se soulève devant les considérants du saint-Office, devant les cris des inquisiteurs, réclamant encore, en 1791, du sang pour la protection de la sainte église catholique et romaine. Cf. Notes: pp.96, 86, et 82.

(3) Christian. Histoire de la magie. P. Furne, gr. in-8, pp. 170, sqq.

— Figuier . Histoire du merveilleux. Paris, 1861, in-16. Tome IV, pp. 1, sqq.

(4) Campardon. Marie- Antoinette et le procès du collier , P., Plon, i863, pp. 410, sqq.

(5) D’Alméras. Cagliostro. P., 1904, in- (6.

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D’autre part, nous avons à éliminer, pour arriver à un Cagliostro vrai, les costumes et les décors dont les romanciers ont surchargé le personnage. Alexandre Dumas, Gérard de Nerval, J. de Saint- Félix (i), pour développer un type déjà merveilleux par lui-même, ont ajouté à sa vie et aux traditions restées courantes sur lui des traits appartenant à d’autres personnages de l’histoire ou de la légende. Déjà, du temps de Cagliostro, des chroniqueurs accumulaient à plaisir l’invraisemblable sur le merveilleux. C’est ainsi que dans plusieurs pamphlets de l’époque on trouve le récit suivant :

« Cagliostro s’arrêta avec un cri de surprise devant un crucifix de bois sculpté : il ne pouvait comprendre comment l’artiste, qui certainement n’avait pas vu le Christ, avait pu atteindre à une ressemblance si parfaite.

— Vous avez donc connu le Christ?

— Nous étions ensemble du dernier bien. Que de fois nous nous promenâmes ensemble sur le sable mouillé, au bord du lac de Tibériade. Sa voix était d’une douceur infinie... Mais il ne m’a pas voulu croire: il a couru les rivages de la mer; il a ramassé une bande de lazzaronis, de pêcheurs, de loqueteux: et il a prêché — ■ mal lui en est advenu ! »

Et se tournant vers son domestique :

— Tu te souviens du soir à Jérusalem où l’on crucifia Jésus?

Mais le domestique avec une profonde révérence :

— Non, Monsieur. Monsieur sait bien que je ne suis à son service que depuis 1.500 ans (2) ! »

Ces histoires, celle du rajeunissement d’une soubrette redevenue petite fille, celle du banquet des ombres (3), circulaient de son temps. De Gleichen, en honnête homme explique que c’étaient là des charges, inventées par des farceurs (4): les uns, très conscients.

(1) J. de Saint-Félix. Aventures de Cagliostro. P., Hachette, 1 855, in-16.

(2) Funck-Brentano. L’ affaire du collier. P., Hachette, 1902. p. 89.

(3) Mémoires authentiques. P., 1686, in-8, pp. 18 sqq. — Gaqette d'Utrecht, du 2 août 1787.

(4) De Gleichen. Souvenirs. P., 1868, in-16, pp. 125-126. Lord Glower, qui est l’auteur avéré de la charge précédente, ne l’avait peut-être pas inventée spécialement pour Cagliostro, car, dans la Chronique de l'Œil de Bœuf sur les cours de Louis XIV et Louis XV. (Ch. XXII) on trouve la même histoire attribuée au comte de Saint-Germain. L’anecdote du rajeunissement exagéré vient aussi de Saint-Germain : celle du crucifix se trouve dans la Magie de Cagliostro, 1789, p. 18.

cherchaient à tuer par le ridicule le prestige entourant l’homme aux pouvoirs exceptionnels ; d’autres confondaient de bonne foi les histoires, et, du moment que Cagliostro était alchimiste ou guérisseur, cela suffisait pour qu’on lui attribuât les transmutations d’un chevalier Boni, les œuvres d’un Gualdo ou les terribles mystères de l’esprit Gablidone (i).

Enfin ses propres disciples, ses admirateurs, en qui la crédulité supprimait tout jugement, acceptaient avec enthousiasme toutes les histoires nouvelles et les colportaient en les déformant encore (2).

De toutes ces légendes, de ces exagérations et de ces maladresses s’est bâti peu à peu le personnage mythique du magicien Cagliostro: les littérateurs, qui l’ont reçu très défiguré, l’ont encore altéré et nous avons à tenir compte de cela. Non pas que nous ayons à chercher des documents chez les romanciers, mais parce que ce n’est pas avec l’image préconçue de leur Cagliostro de fantaisie devant les yeux que nous devons aborder notre étude, et aussi parce qu’il faut ne pas oublier que, déjà, dans les récits des contemporains, cette déformation du personnage commence à se produire.

Nous venons de voir tout ce que nous devons rejeter comme entaché d’erreurs, calommieset légendes qui, malheureusement, ont inspiré seules la plupart des écrivains ; nous restons en présence :

i° Des renseignements donnés, des appréciations fournies par des témoins compétents, gens ayant vécu dans son intimité ou voyageurs de passage, notant le soir les impressions de leur visite à Cagliostro (3).

(1) Cf. Galette de Leyde , n» 72 du 9 septembre 1785. — Ma correspondance, n° 73, 2 septembre 1785 et Essai sur la secte des Illuminés. S. L., 1789, pet. in-8°, pp. 129-134.

« A la fin de chaque mois, disait-on, il s’enfermait pendant quarante-huit heures et, en sortant de cette retraite, il envoyait vendre chez un orfèvre un lingot d’or qui était toujours plus fin que celui des louis. » Souvenirs du duc de Lévis , cités in : Chaix d’Est-Ange, p. 6.

(2) Ses amis et ses défenseurs lui ont causé autant de mal que ses ennemis ; des bavards inintelligents ont fait supporter à Cagliostro le nouveau ridicule de leur propre sottise.

(3) Encore faut-il tenir compte, dans l’examen des ces textes, de la prévention qui devait s’élever dans tous les esprits sérieux, chez tous les personnages officiels, contre un individu qui se présentait avec une allure aussi extraordinaire, dont les paroles troublantes, les actes étranges heurtaient souvent le bon ton du xvnfi siècle. Beaucoup voyaient en lui le bateleur ; bateleur si l’on veut, mais bateleur comme celui du livre de Thoth: amusant charmeur pour les enfants, dont les gestes symboliques rappellent en même temps aux sages les vérités éternelles.

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2° Les pièces conservées à l’occasion des enquêtes officielles ; ces derniers documents pouront nous fournir des dates et des textes très précieux (i).

3° Les correspondances personnelles, lettres publiques, requêtes etfactums divers écrits par Cagliostro, ou sous son contrôle direct (2) et qu’on a systématiquement négligés. Son Mémoire contre le Procureur général, en particulier, a été ridiculisé et incompris ; le public lettré l’a regardé comme un vain roman et dédaigné. Et cependant si les critiques, mieux avisés, s’étaient efforcés de pénétrer le sens de ces écrits, de séparer les faits et les symboles, ils auraient vu que Cagliostro s’y révélait aussi clairement que dans ses actes, et que ses pages si décriées éclaircissaient singulièrement bien des côtés obscurs de leur héros.

Textes officiels, références de contemporains impartiaux, lettres et requêtes écrites par Cagliostro, voilà donc les seules sources, peu abondantes, mais claires et saines, où doive puiser un critique scrupuleux, désireux de rétablir dans sa forme et dans sa lumière véritables la figure si intéressante du prophète de la Révolution, du guérisseur des incurables, de l’ami de Lavater, du maître du Cardinal de Rohan.

Telle n’a pas été, malheureusement, la conduite des historiens; ils s’en sont tenus aux pamphlets, si nombreux, si riches en chroniques scandaleuses, si amusants à citer. Cela leur a suffi; ils n’ont pas cherché plus loin ; et si quelques-uns ont interrogé parfois les défenses de Cagliostro ou les souvenirs d’observateurs contemporains, ce fut mollement et d’un esprit déjà prévenu (3).

(1) Nous voulons parler des actes suivants : Interrogatoire à la Bastille. Lettres ministérielles de 1783. Débats du procès du Collier et Verdict du 3imai 1786, pièces conservées aux Archives et à la Bibliothèque de l’Arsenal. (Cf. Bibliographie, à la fin de ce livre).

(2) Plusieurs mémoires, rédigés par Mc Thilorier, ont été inspirés, et même, dit-on, écrits en partie en italien par Cagliostro. Cf. Galette de Leyde, n° 18 du 3 mars 1786. — Borowski. Cagliostro, einer der merkwürdigsten Abentheuer... Kônigsberg, 1790, in-16, p. 5.

(3) Un excellent auteur, M. Funck-Brentano, dans son livre sur F Affaire du Collier a dû s’occuper de Cagliostro; mais il n’en parle qu’incidemment, pour quelques mois de sa vie et pour un fait auquel Cagliostro ne fut mêlé que fort peu; d’autre part, suivant en cela l’opinion banale, il a vu en Cagliostro le personnage original, amusant, de son étude et n’a pas craint d’en accentuer les traits en lui attribuant volontiers des anecdotes douteuses. En un mot il n’a pas pénétré plus avant dans l’âme de son personnage — il n’avait pas à le faire, il est vrai — et, par conséquent, il n’a pas été amené à chercher à éclaircir des points

Aussi, ni les biographies pleines des mêmes erreurs, des mêmes calomnies, ni les notices superficielles insérées ça et là, ni même les pages consacrées par des esprits plus éclairés à Cagliostro ne donnent de lui une idée approximative. Odieux escroc, naïf illuminé, délicat manieur d’âmes, grossier lourdaud, on nous présente, pour celui de Cagliostro, cent personnages divers, peu en rapport avec ses actes, et dont aucun ne satisfait l’esprit ; bien plus, le même auteur, à quelques lignes de distance, ne craint pas de nous le dépeindre sous des traits absolument contradictoires ! Le bon sens se révolte à lire ces sottises.

Tout est donc à refaire et une vie de Cagliostro, autrement conçue, s’impose historiquement. C’est en essayant d’étudier ce personnage pour me créer une conviction que j’ai vu la nécessité de recherches nouvelles, et, je dois le déclarer, en pénétrant de plus près les événements de la vie et le caractère de cet homme, je l’ai vu grandir et s’éclairer à mes yeux; je me sentis, dès lors, poussé à parler de lui par un autre sentiment que par un simple intérêt de curiosité : je me crus le devoir de le faire.

douteux ni à détruire des calomnies qui ne touchaient en rien à son sujet. A part ces réserves, c’est certainement ce qui a été écrit de mieux, de plus impartial sur Cagliostro.

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