‹ Le maître inconnu, CagliostroChapitre 31 sur 49 · II. — UNE LETTRE DU CARDINAL DE ROHAN AU SUJET DE CAGLIOSTRO · texte numérisé non relu

II. — UNE LETTRE DU CARDINAL DE ROHAN AU SUJET DE CAGLIOSTRO

Le cardinal de Rohan a plusieurs fois écrit pour défendre ou recommander Cagliostro (i) ; la lettre que nous reproduisons ici est intéressante à trois points de vue : d’abord elle prouve que, huit ans après le séjour à Strasbourg, malgré l’affaire du collier, l’éloignement de Cagliostro, la campagne de diffamation menée contre lui, le cardinal avait pour son Maître et ami la même respectueuse affection qu’au début de leur liaison ; ensuite, cette lettre très peu connue, dont la teneur est presque la même que celle des Mémoires de Mme de Cre'qui , pourrait bien être la pièce authentique, originale (2) dont la lettre à la Marquise de Créqui ne serait qu’un pastiche adapté à la date de 1781 ; enfin, d’après la date et le texte, il est probable que cette lettre a été écrite à l’archevêque de Lyon,

au moment où le comte de Cagliostro se préparait à revenir en France,

croyant au succès de sa Pétition aux Etats-Généraux, espérant que le décret arbitraire qui lui interdisait l’entrée en France serait rapporté. Cagliostro voulait revenir à Lyon et le cardinal de Rohan lui en facilitait les moyens. Voici sa recommandation :

« Vous m’avez entendu souvent, Monseigneur, parler du comte de Cagliostro et vous savez comme j’ai toujours parlé de ses excellentes qualités, de son amour pour faire le bien et de ses vertus qui lui ont mérité et captivé l’estime des personnes les plus distinguées de l’Alsace et de moi mon attachement en particulier. Or actuellement je sçai qu’il est à Lyon sous le nom de comte Phœnix, je vous le recommande avec la plus vive instance ; ce que vous voudrés bien faire lui captivera les attentions générales. Je vous prie aussi de prévenir M. Gaze. Je suis persuadé que vous prendrés pour cet être bienfaisant les sentiments que je vous exprime. C’est avec vénération que j’ai reconnu sa pente constante vers ce qu’il croit être bien fait et juste. J’ai dit tout ce qui est fait pour vous engager à lui témoigner égard et amitié particulière, mais je n’ai pas dit tout le bien que je pense de lui.

(1) Lettre au Préteur royal. Saverne, 17 juillet 1781. Manuscrits de la Bibliothèque de Strasbourg, liasse A. A, 2110. Pièce 2. — Lettre à la Marquise de Créqui en 1781 ; rapportée dans ses Mémoires, et plusieurs fois reproduite. Cf: D’Alméras. Cagliostro. P., 1904, p. 200, et d’autres encore.

(2) Cette lettre fait partie des collections de M. Alfred Sensier qui en a autorisé la reproduction dans la Revue des documents historiques : c’est de là que nous l’avons extraite.

« L’abbé Maury voudrait bien que nous fussions à Paris (i).

« J’espère et je désire qu’il réussisse, mais nous ne lui aurions pas nuis. J’ai écrit à M. Séguier et au cardinal de Luynes en sa faveur. Vous pensez bien que l’Alsace retentit déjà du bruit de guerre, je parirais qu’il y aura guerre, et je suis intimement persuadé qu’il n’y en aura pas.

« Adieu, Monseigneur, je vous suis attaché depuis longtemps et pour toujours de tout mon cœur. »

« De Saverne, 7 décembre 1789. »

(1) Le Cardinal avait été élu député aux États-Généraux; il est probable que c’est sa présence dans cette assemblée qui engagea Cagliostro à adresser sa Pétition aux États- Généraux.

APPENDICE

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