‹ Le maître inconnu, CagliostroChapitre 32 sur 49 · III. — LETTRE DE BARBIER DE TINAN, COMMISSAIRE DES GUERRES · texte numérisé non relu

III. — LETTRE DE BARBIER DE TINAN, COMMISSAIRE DES GUERRES

a l’éditeur de la correspondance secréte de neuwied

à Strasbourg, le 21 décembre 1786.

Je suis bien étonné, Monsieur, qu’un homme de lettres qui donne tous les jours des preuves des ressources qu’il a pour remplir d’une manière intéressante l’ouvrage périodique qu’il a entrepris, s’abaisse à celle de vouloir alimenter la malignité du public aux dépens d’un homme qu’il ne connaît pas. je ne vous croyais pas fait pour être l’écho de l’auteur du Courrier de V Europe et pour ajouter au venin que sa plume a distillé aussi faussement que méchamment sur M. le comte de Cagliostro. Soyez sûr que ce qu’on vous écrit de Londres, sur le prétendu mépris que lui ont attiré ces vaines attaques, est sans fondement ; je suis certain du contraire, et lorsque vous voyez d’un côté M. d’Epréménil, dont la réputation est bien au-dessus de certaines attaques, et d’autres personnes distinguées, lui donner des preuves de la plus haute estime et de l’attachement le plus constant, n’y en a-t-il pas assez pour balancer le sieur Morande et vous faire suspendre au moins votre jugement, au lieu de le condamner d’avance au sort des Schrœpfer et des Zanowich (1).

Ne le craignez pas pour lui, Monsieur, comme une suite de la perte des ressources journalières que vous lui supposez. On vous en a imposé sur cela ; mais moi qui connais beaucoup M. le comte de Cagliostro, qui l’aime beaucoup, et en fais gloire, je défie qu’on me montre une seule personne qui convienne avoir fourni directement ou indirectement à la dépense qu’il a faite depuis qu’il est entré en France. Ce n’est pas d’aujourd’hui que la méchanceté l’attaque et que différentes personnes ont été citées pour l’avoir fait (2) aux dépens de leur propre fortune, mais il n’y en a pas une qui ne soit en état d’affirmer de la manière la plus solennelle que rien n’est plus faux que cette imputation.

Je n’entreprendrai point, Monsieur, de vous dire tout ce que je pense sur le compte de M. le comte de Cagliostro ; vous me paraissez trop prévenu contre lui, pour que je puisse croire que mon seul témoignage vous fasse passer de l’éloignement le plus grand à toute l’estime qu’il mérite. Je voudrais seulement pouvoir vous engager à plus de modération à son égard, tant par la crainte de porter sur lui un jugement précipité que par quelque considération pour beaucoup de personnes dignes d’estime et d’égards qui, depuis longtemps, professent pour lui un attachement public et qu’il serait difficile d’accuser d’aveuglement.

J’ai l’honneur d’être, etc.

Barbier de Tinan,

Commissaire des guerres (3).

(1) On disait entre autres sottises que Cagliostro était le frère de Stephan Zanowich, imposteur et aventurier, pseudo-prince d’Albanie, qui trompa longtemps les grands seigneurs de Pologne, puisse suicida. (Borowski). Cagliostro, p. 29. — (2) Soutenu. — (3) Archives Sarrasin, Bâle, vol. XXXIII, pièce 16, 2 pp.

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