PAUL DE MUSSET
PARIS CHARPENTIER, LIRRAIRE-ÊDITEDR
LUI El ELLE
A H. JEAN CAZEIAU.
Non, mon cber Jean, nous ne sommes paa aussi près de nous haïr que tous le dites, et vous avez eu grand tort de veiller jusqu'à trois heures pour m'écrire ces sis pages de reproches que je ne mérile pas. Non, vous ne trouverez jamais dans mon cŒur rten qui ressemble ù de la haine. Chassez bien loin cette mauvaise pensée que le chagrin el l'insomnie vous ont
s LUI ET ELLE.
Eoufllée. Prenez pulicnce; attendez un peu, , et TOUS reconnaîtrez que tous avez en moi une sœur, une mère tendre. Mon Dieu! non, ( je ne voua Terme point ma porte; je ne tous j ordonne point de tous éloigner; je ne sou- | pire pas après le moment où chaque seconde ' qui s'écoulera augmentera d'un tour de roue ^ la dislance qui nous sépare. Poutci-tous mV | surer que tous êtes guéri? Totre cœur est-il disposé, comme le mien, à goûter le ^nne ■ d'une amitié fraternelle? ma présence csl- ' elle sans danger pour tous ? alors , Teoei ' me Toir et demeurez près de moi ausû longtemps qu'il TOUS plaira. Haîs, par malheur, nous n'en sommes pas là ; Tolre blessure ' saigne horriblement. Vous me parlez d'amilîc | aTec l'amertume et la colère de l'amour qui n'est plus partagé. Vous voyez bien qu'il faut partir.
A quoi bon chercher l'explication et I» causes de mon refroidissement? L'amour s'en va sans raiwu, comme il est venu, ou plutôt
il meurt, parce que tout a une fin. Et croyezvous qu'on s'en débarrasse de parti pris, comme d'une robe qu'on ne veut plus mettre? Vous m'accusez d'avoir opéré dans mes sentiments use véritable ampulalion avec la férocité d'un chirurgien. Hélas! mon cber enfant, plût à Dieu que ma folie eût duré autantque la vôtre! Je la regrette, je la pleure; mais il ne dépendait ni de vous ni de moi de la prolonger' d'une minute seulement. J'en suis sortie, comme d'un rêve charmant; mais une fois qu'on s'est éveillé de ce sommeil-là, rien ne peut plus vous le rendre. Mettez-vous bien cela dans l'esprit. De vains ménagements ne feraient que vous nuire. L'avenir appartient à In sainte amitié. Sur la page de l'amour il feut écrire le mot : Jamais! N'hésitez pas, partez pour l'Italie.
Je souris en voyant votre oi^eil masculin se cabrer, quand je vous appelle mon cher enfant. Vous oubliez q^e vous n'aviez pas encore vingt ans le jour de notre première
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rencontre. L'ardeur de voln- âge, l'emportemenl de votre passion vous ont onpfcho if comprendre la chasteté de ma teodr^se , U maternité de mon amour. Je ne vo'js ai point aimé pour votre jeunesse, comme l'auraient fail ces femmes vulgaires qui sont les jouets de leuis sens; mais bien malgré votre jeunesse. C'est elle qui aurait dû me préserver d'une faibles» que je déplore aujourd'hui, parce que notre séparation en est la conséquence nécessaire. Au lieu de m'accuser, rappelez-vous donc que je vous ai cédé pour vous épargner une souflrance. Je le reconnais trop lard : mon dévouement n'a ^ervi qu'à vous (iréparer une douleur plus grande. Je suis commeunc sœur debon-sccoun qui aurait mis son malade à deux doigts de b mort pour l'avoir trop accablé de soins ; et c'est afin de ne pas vous achever par une pitié nu\entendue que je vous te répète : Il faut absolument que vous partiez.
Il me reste à répondre ù votre dernière accus.'ilion; bien des femmes à ma place ne tous la