‹ Le maître Jesus-Christ enseignant les hommesChapitre 1 sur 230 · DE NOTRE-SEIGNEUR JESUS-CHRIST · texte numérisé non relu

DE NOTRE-SEIGNEUR JESUS-CHRIST

J'ai d'abord à vous dire , âmes nobles et généreuses ? qui portez vos pensées et vos affections au plus parfait et au plus aimable objet qui soit au monde , à Notre-Seigneur Jésus-Christ , pour l'aimer de tout votre cœur et pour vous unir intimement à lui , que vous êtes heureuses de vous employer à une occupation si excellente , qui passe incomparablement toutes les autres en dignité , en utilité et en toutes sortes d'avantages , et que vous devez tenir à grande grâce et à singulière faveur ce désir et ce dessein. Comme la plus éclatante gloire qui soit arrivée à notre nature est échue à cette humanité , qui a été personnellement unie au Fils de Dieu, la Sagesse incréée, le plus grand honheur ensuite qui se répande sur les hommes

G ÉPITUE.

c\st pour ceux qui s'efforcent de se joindre et de s'unir plus particulièrement au même Fils de Dieu , la Sagesse incarnée.

Il est vrai que tous les justes lui sont unis habituellement par la grâce ; mais il y en a quelques-uns qui font une étude spéciale, et prennent à tache de s'unir à lui actuellement par pensées et par affections ? qui soupirent après cette union 9 qui la demandent continuellement , et qui rapportent tout à ce but. C'est à ceux-là surtout que j'adresse ce petit ouvrage tissu des paroles de Notre-Seigneur, pour leur servir de manuel ? et pour les aider j par ce moyen , dans leur glorieuse entreprise.

Il sera bon pour tous les chrétiens , puisque , faisant tous profession d'être disciples de Jésus-Christ , ils doivent savoir quelle est 3a doctrine de leur Maître , et ce qu'il leur a enseigné, afin d'entrer dans ses sentiments et prendre ses opinions ? et ensuite modeler leur conduite sur ces règles ; mais il le sera bien plus particulièrement pour vous , ô âmes illustres ! Vous l'entendrez aussi bien mieux , et vous le mettrez beaucoup plus soigneusement et plus fidèlement à exécution.

Or, voici Tordre que vous pourrez observer pour en faire cet usage.

Premièrement, il faut vous bien pénétrer de cette croyance , que Jésus-Christ est notre Maître, qu'il est venu sur la terre pour nous instruire comme de pauvres ignorants, et nous apprendre la vérité des choses inconnues jusqu'alors. Il est notre Maître en tant qu'homme , parce que Dieu son Père nous la envoyé à ce dessein ; et après nous avoir parlé longtemps par ses anges et par ses prophètes , il a voulu enfin nous parler par sa bouche, comme dit Saint Paul ; et pour cela, il nous commande de l'ouïr et de croire en lui. Hic est Filius meus dilectus , ipsum audite. {Hebr. i. i.) Voilà ses paroles. Mais il est encore notre Maître d'une manière plus sublime, à cause qu'il est par préciput et personnellement la vérité et la sagesse de Dieu.

Souvenez-vous , en second lieu , que sa doctrine est toute divine , à raison de sa source ; qu'elle est très-sainte , très-utile , très-certaine , et absolument la meilleure de toutes , comme il est aussi sans aucune comparaison le plus sage , le plus savant et le plus parfait de tous les maîtres. Si tout ce

que contient la Sainte Ecriture est propre , ainsi que dit l'Apôtre (2. Tim. 3. 16.) , à enseigner les vérités, à reprendre et à corriger les vices, à former à la vertu et à donner des conseils d'une haute perfection , et à y conduire les âmes , entre toutes les parties de ces livres sacrés , les quatre évangiles méritent particulièrement cet éloge , et dans les évangiles, par excellence les paroles qui sont sorties de la vénérable bouche de Notre- Seigneur, lesquelles, dans ce passage, ont pris une grande force pour produire ces effets salutaires , comme les eaux qui coulent par les mines , y reçoivent la vertu de guérir les maladies. Nous devons estimer ces paroles comme les oracles de la sagesse , comme les premiers principes de la philosophie chrétienne, comme les maximes de la théologie îles Saints , comme les aphorismes du souverain Médecin des âmes, et comme les rayons du Soleil de justice ; nous devons les priser comme autant de diamants , de rubis et d'émeraudes tirés de ce très-rare cabinet où sont renfermés tous les trésors de la science et de la sagesse : ce sont les règles infaillibles de notre vie y ce sont nos miroirs 5 ce sont les

chemins assurés de l'éternité , et les adresses indubitables de notre béatitude.

Aussi Notre-Seigneur disait : Verba quœ ego locutus sum vobis , spiritus et vita sunt. (Joan. 6. 64.) Les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie ; et demandant à Saint Pierre (Ibid. 69.) si lui et ses compagnons ne le voulaient point quitter et prendre un autre maître, Saint Pierre répondit sagement : Seigneur , à qui irions-nous , et quel autre pourrions-nous prendre pour nous instruire? Vous avez les paroles de la vie éternelle. Ainsi l'Epouse (Cant. 5.6.) assurait de soi que ses paroles faisaient une si puissante impression sur son âme qu'elle la sentait se liquéfier et se fondre , et les deux disciples {Lac. 24.32.) qui allaient au bourg d'Emmaùs , se disaient l'un à l'autre : Notre cœur ne brûlait-il pas dans nos poitrines lorsqu'il nous parlait? C'est pourquoi il compare celui qui les écoute et qui s'y applique , à un homme prudent qui a bâti sa maison sur le roc , que ni les pluies, ni les inondations, ni les vents , ni aucun orage ne sauraient renverser. (Matth. 7. 25.) A dire vrai , si les paroles des hommes sages sont , au rapport

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de Salomon (Ecoles* 12. 11.) , comme des aiguillons acérés et des clous pointus qui s'enfoncent bien avant dans les esprits et qu1 les percent , celles de la Sagesse même le seront bien davantage. Jam vos mundl estis, disait-elle aux apôtres ? propter sermonem quein locutus sum vobis. (Joan. i5. 3.) Vous êtes maintenant purifiés par l'énergie de ce que vous avez entendu de moi 9 qui ai fait en vous de grandes opérations de salut , et y ai produit une pureté exquise.

Les paroles de notre divin Maître étant douées de ces éminentes qualités ? et ayant la force d'opérer ces merveilleux effets de grâce et de perfection dans les cœurs , il faut que nous les recevions avec des dispositions proportionnées ; avec une ferme foi et une persuasion entière de leur vérité; avec une opinion sublime de leur excellence; avec un profond respect ; avec des actions de grâces très-sincères ; avec un grand amour ; avec une joie cordiale , et avec un dessein déterminé de les exécuter.

Nous devrions avoir tant d'estime et tant d'affection pour elles que nous passassions les jours entiers et toute notre vie à les con-

sidérer ? à les peser et à les goûter, tâchant de les savoir par cœur , de nous les rendre familières, d'en avoir autant d'intelligence qu'il nous en faut pour en tirer profit , en usant aux occasions , comme Saint Jérôme raconte de Sainte Paule , qui , en toutes les rencontres où elle se trouvait en peine , se servait de quelque texte bien choisi de l'ancien ou du nouveau Testament, et s'en aidait avec beaucoup d'avantages pour s'exciter à la dévotion ; pour supporter généreusement ses malheurs ; pour souffrir constamment les opprobres et les moqueries de ses médisants; pour adoucir ses ennuis ; pour se résoudre en ses doutes ; pour modérer et pour vaincre ses passions ; pour relever son courage abattu , et généralement pour toute sa conduite. Servons-nous aussi des paroles de Notre-Seigneur.

Il n'est point nécessaire à qui n'a l'esprit ou la mémoire , de se travailler pour en savoir un si grand nombre : peu suffisent, une suffit. Avec une seule parole de Jésus-Christ bien gravée dans l'âme et savourée de la volonté , vous viendrez à bout de tout. Vous serez touché , vous serez éclairé , vous

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serez échauffé , enflammé , consolé , fortifié ; vous réglerez vos appétits, vous profiterez beaucoup en la vertu , et irez à grands pas à la perfection. Dieu le Père , dans le secret ineffable des processions divines , n'a pas deux paroles : il n'en dit qu'une, qui est son Verbe et son Fils unique , et en elle , il dit tout, et par elle, il fait tout. Avec un seul mot, avec un fiai 1 que n'a-t-il point produit? N'a-t-il pas tiré du néant et mis au jour le ciel, la terre , et tout ce grand univers ? Ainsi, avec une seule parole de Notre- Seigneur bien prise et bien employée , vous pourrez faire merveilles. Comme une goutte de ces essences et de ces huiles extraites par les chimistes , fait des opérations admirables dans un corps pour le purger, pour lui arracher les maladies les plus enracinées , et pour le rendre tout autre , ainsi une de ces paroles divines sera capable d'opérer les mêmes effets en votre âme , et beaucoup plus efficacement que de longs discours de tout autre, et que tout un livre , attendu le principe dont elle émane.

C'est pourquoi ne vous arrêtez pas tant à la multitude de ces paroles comme à en rete-

nir peu , à les considérer et à vous y appliquer avec soin par pensées et par affections. Vous en prendrez parfois une , qui vous servira d'entretien tout un jour , ou même plusieurs,que vous réitérerez souvent pourqu'elle fasse plus d'impression , que vous méditerez continuellement pour en exprimer le suc de salut dont elle est pleine ? comme ceux qui mâchent une canne à sucre pour en tirer la douceur , ou qui tiennent dans leur bouche un morceau de conserve , qu'ils laissent fondre peu à peu. Vous en ferez un épithème pour vous fortifier le cœur , un collyre sur vos yeux pour voir plus clair dans les ténèbres de cette vie. Si vous voulez attaquer vos ennemis , elle vous servira de flèche , que vous décocherez contre eux ; ou s'il faut soutenir leurs assauts ? elle sera votre bouclier.

Vous en pourrez former les sujets de vos méditations journalières , vous y arrêtant 9 non pas avec de grands discours , mais avec un simple regard , et avec un esprit de foi, d'estime , de respect et d'amour pour elle. Vous en ferez couler encore d'autres affections, selon l'impression qu'elle fera en vous.

Vous verrez quelle vertu elle tous enseigne, combien vous en êtes éloigné, et vous prendrez la ferme résolution de l'exercer , vous souvenant que la fin de cette parole n'est pas la spéculation , mais la pratique.

Et pour user d'une façon encore plus simple , il n'y a que deux choses à faire en tout ceci sans s'amuser davantage : croire cette parole divine, et la mettre en pratique. La croire , formant plusieurs actes d'une ferme foi de sa vérité , de son excellence , et que c'est un sentier infaillible de votre salut et de votre perfection ; et après, ne penser plus qu'a l'exécuter , sans regarder ni redouter toutes les difficultés que votre nature gâtée vous pourra représenter à l'encontre , mais passant outre , les yeux clos et les oreilles bouchées ; car qui regarde , qui écoute et craint moins les difficultés , moins il les sent.

C'est donc de cette sorte , ô âmes d'élite, que vous userez des paroles de Notre-Seigueur , lesquelles nous avons arrangées en ce petit livre , les rapportant , non pas toutes , mais seulement celles que nous avons trouvées s'adapter davantage à notre dessein y

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aux quatre parties de la vie spirituelle : premièrement à la fin et à certains principes généraux; secondement, à la vie purgative ; troisièmement, à l'illuminative , et quatrièmement, à l'unitive; et à la traduction de ces paroles, nous en avons souvent ajouté quelques autres , ou pour leur servir d'éclaircissement , ou pour donner ouverture aux affections et aux profits qu'il en faut tirer, et avons un peu étendu la quatrième partie en faveur de ceux à qui principalement cet ouvrage s'adresse , ce qui touche l'union avec Dieu et avec Notre-Seigneur. Faites donc usage de ce riche trésor avec grande affection ? et selon le mérite de la chose.

Mais gardez-vous de trois manquements dont je vous veux donner avis , et qui rendent les paroles puissantes sans effet : le premier vient de notre esprit , le second de notre volonté ,.et le troisième de la grâce. Le premier , de notre esprit , consiste au manquement d'application ; le second , de la volonté, au manquement d'affection , et le troisième , de la grâce, au défaut de son secours.

Pour remédier au premier, vous ne de-

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vez pas écouter lire, ou proférer ces paroles sacrées légèrement et par habitude, mais avec attention et avec considération. L'Epouse {Cant. 6. 20.) les compare pour cela aux noix , qu'il faut rompre , ou qui autrement vous seront inutiles , d'autant que ce qui est bon est renfermé au dedans. Aussi Notre- Seigneur disait dans cette pensée : Videte quidaudiatis. Qui leglt intclligat. Considérez ce que vous entendez. Que celui qui lit , pèse ce qu'il lit. {Marc. 4-%4- Mat. 24.1 5.) Le second manquement est de n'avoir point d'affection à ces saintes paroles, ce dont Notre-Seigneur blâmait les Juifs , lorsqu'il leur disait : Scnuo meus non capit in vobis (Joan. 8. 3y.), mes paroles n'entrent point dans votre esprit ; vous n'y avez pas le cœur. Et il nous en donne le remède, quand il leur dit : Ponite vos in cordibus vestris sermones istos {Luc. 4 • 44-) » mettez ce que je vous dis dans vos cœurs , ayez-le en affection. Pline le Jeune {Eplst. ad Hispulam.) raconte que le parfait amour qu'avait pour lui sa femme , lui faisait aimer ses harangues , les dire et les redire sans cesse , les apprendre par cœur , et chanter ses vers sur le luth 7

non pour en avoir appris la façon d'aucun homme, mais seulement de l'amour, qui est un excellent maître. Les paroles de Notre- Seigneur méritent sans doute autant et plus de nous ; et si nous avions de l'amour pour lui , nous en aurions pour elles.

Il faut donc les aimer, parce qu'elles sont très-aimables, puisque ce sont les paroles de celui qui nous a tant aimés qu'il a répandu son sang et perdu la vie pour nous , et que ce sont des chemins de vie et les sentiers de votre perfection. Elles sont dignes d'un trèsgrand respect et d'une vénération infinie , parce que ce sont les paroles de Dieu et de la Sagesse incréée et incarnée, dont une seule vaut mieux que tout ce que les hommes ont jamais dit et écrit. Il est vrai que tout ce que les saintes Ecritures contiennent doit être cru avec un singulier honneur et avec de grands sentiments ; mais les paroles que Notre- Seigneur a proférées en méritent encore davantage , parce qu'elles ont pris dans sa bouche un certain éclat de majesté , certains rayons de gloire, et des attraits que les autres n'ont point, qui les rendent encore plus agréables, et dignes d'une plus haute

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