‹ Le maître Jesus-Christ enseignant les hommesChapitre 170 sur 230 · III. CHÀP. VI. DE LA FOI · texte numérisé non relu

III. CHÀP. VI. DE LA FOI

Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous délivrera.

Par l'oraison mentale , nous entendons la considération des vérités chrétiennes , qui nous porte au soin de notre salut , à la fuite des péchés et à l'exercice des bonnes œuvres.

La vérité vous délivrera , dit Notre-Seigneur ; c'est-à-dire , elle vous délivrera du pouvoir de vos ennemis, et vous fera remporter sur lui de glorieuses victoires ; si vous êtes tenté de quelque péché , elle vous fortifiera pour n'y point consentir ; s'il faut exercer la vertu , elle vous donnera du courage pour en pratiquer les actes , parce qu'elle est très-puissante et qu'elle surmonte tout. Les vérités chrétiennes sont si grandes , si admirables et si fortes qu'il n'y a rien qu'elles ne soient capables d'emporter sur un esprit qui les connaît. Ce sont elles qui ont produit tous les martyrs et tous les Saints, et qui,, tous les jours encore , font pratiquer des actions héroïques de vertu aux fidèles. De vrai , comme elles contiennent des choses d'une conséquence infinie , de gagner ou de perdre Dieu pour jamais , d'être bienheureux ou malheureux éternellement de corps et d'âme, ce n'est pas merveille si elles sont douées d'une si grande force. Mais pour en ressentir l'effet, il les faut connaître : aussi Notre-Seigneur dit : Vous connaîtrez la vérité , et la vérité connue vous délivrera ; autrement , si vous ne la connaissez point , elle ne fera rien en vous. Car une chose , quelque belle , quelque ravissante et efficace qu'elle puisse être , n'agit pas plus sur les esprits , si elle

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est inconnue que si elle n'était point du tout. C'est pourquoi bien que les vérités de la foi soient trcspuissantes pour toucher nos cœurs , elles ne le feront pourtant jamais , si nous ne les connaissons : il faut les connaître , et pour les connaître , il faut les considérer et les méditer , d'autant que , par une suite naturelle , la considération engendre la connaissance , la connaissance les affections , et les affections les œuvres.

Suivant cela , pour donner à un homme des assurances moralement infaillibles qu'il sera sauvé , je voudrais seulement qu'il prît le loisir de penser un peu sérieusement aux vérités de son salut, parce que, s'il en connaissait seulement une et en savait l'importance , il serait impossible qu'il ne changeât bientôt de vie et n'allât à grands pas b la perfection.

Simlle est regnum cœlorum grano sinapis. (Mat th. i3. 3i.)

Le royaume des cieux est semblable au grain de moutarde.

Saint Ambroise et Saint Jérôme entendent par ce grain de moutarde la doctrine de l'Évangile et les vérités de la foi , qui , de même que la moutarde possède, entre tous les grains, le plusd'acrimonie et de pointe , ont aussi , entre toutes les vérités , plus de vertu et d'énergie pour émouvoir les esprits.

La moutarde n'a point de force si elle n'est bri-

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sée et broyée , car vous tiendriez une poignée de ce grain dans votre main dix ans entiers qu'ils ne vous feraient rien , tandis que si vous les rompez , si vous les pilez et les faites ensuite descendre dans votre estomac , ils réchauffent , ils le fortifient, ils y consument les mauvaises humeurs, et envoient aussitôt des vapeurs au cerveau qui le piquent, qui le déchargent et qui font jeter des larmes. Il en est de même des vérités de votre salut: si vous ne les brisez par la méditation, elles ne produiront en vous aucun effet; mais si vous les méditez et si vous les considérez , elles porteront la lumière , la chaleur , la force dans votre âme ; elle vous feront pleurer vos péchés et changer vos mœurs.

§. 34. LA FAÇON DE PRIER, ï.

Orantes nolite multarn loqui slcut ethnici : putant enim quod in niultiloquio suo exaudiantur ; nolite ergo assimilari eis^ scit enim Pater vester quid ou us sit vobis antequam petatis eum. (Matth. 6. 7.)

Quand vous prierez 9 ne parlez pas beaucoup , comme font les païens ? qui pensent qu'à force de paroles, ils seront exaucés; ne les imitez pas , car votre Père sait bien vos besoins avant que vous les lui demandiez.

La bonté et l'efficacité de la prière ne consistent pas en une multitude inutile de paroles, mais en la quantité qu'il faut > et prononcées avec affection avec une foi vive , une grande espérance et une intention bien pure et bien soumise à Dieu.

Cura oraveris , ïntra in cubiculum tuum , 3t clauso ostio , ora Patrem tuum in abscondito. (Matth. 6. 6.)

Quand tu prieras , entre en ton cabinet , et la porte fermée, prie ton Père en secret.

La retraite extérieure dans un lieu séparé du bruit, dont parle ici Notre-Seigneur (S. Cypr.),et plus encore la retraite intérieure dans le cabinet du cœur, où il y ait un grand silence et d'où toutes les créatures soient exclues (S. Ambr. Aug.),est nécessaire à l'oraison pour la rendre bonne.

Populus hic labiis me honorât , cor autem eorum longe est a me. (Matth. i5. 8.)

Ce peuple m'honore seulement du bout des lèvres ? mais son cœur est loin de moi.

Il est continuellement distrait , et pense à toute autre chose qu'au sujet de sa prière. Comment va la vôtre?

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