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de coings, de l’escorce de citron, de jus de grenade aigre et doulces et tenant longue diète ou se couvrant l’estomach de papier ou aultrement faisants ce que les fols médecins ordonnent à ceux qui montent sur mer ». :
Il faut arriver au xvru® siècle pour trouver un travail sérieux sur la naupathie, avec le livre de Gilchrist paru à Londres en 1756, traduit en français par Bourru en 1770. Pour la première fois on envisageait le mal de mer comme une véritable maladie et songeait à lui chercher une cause et un traitement.
Cela n'empêche que l’empirisme continua à régner à travers tout le xrx® siècle, Moitié par négligence du médecin pour une affection très pénible mais sans gravité, moitié par une bizarre pudeur du malade, on affecte d'ignorer ou de mépriser un mal considéré comme une tare honteuse. Les Anglais, grands navigateurs, ont à un vif degré ce préjugé et voilà pourquoi c’est en France que l'initiative partie de Londres devait prendre essor. Pendant la seconde moitié du xixe siècle les théories pathogéniques du mal de mer s'y multiplient.
— Guepratte l’attribue simplement à la peur.
— Semanas (1846) incrimine un miasme de l’air marin voisin du paludisme et propose un traitement par la quinine.
— Keraudren défend la théorie viscérale qui situe l’origine des malaises au niveau des organes abdominaux, thèse qui a encore des partisans aujourd’hui.
— D’autres auteurs assurent qu’il s’agit d’un trouble
de la circulation cérébrale : congestion cérébrale pour
les uns, anémie cérébrale pour les autres,
— Enfin une dernière théorie repose sur les mouvements de flux et de reflux du liquide céphalo-rachidien et la commotion qu'ils provoquent.
En somme, une multitude d'explications dont au-
cune ne s'appuie sur une base scientifique. Chaque
médecin propose la sienne avec le traitement qu’elle comporte et la confusion la plus absolue règne.
De Rochas dans son article du dictionnaire encyclopédique paru en 1876, après avoir réfuté la plupart
.-des théories jusque-là en vigueur, est obligé de con-
clure à son ignorance, et de reconnaître que l’immunité de certains tempéraments repose sur des inconnues. Il s’en tient aux petits moyens diététiques et mécaniques pour lutter contre les vomissements et ne recourt qu’en cas de péril extrême à la potion de Rivière ou à la morphine. Et il ne trouve rien d’autre
à conseiller pour éviter le mal de mer... que de faire
comme Panurge qui disait : « soi pourmener près la mer et naviguer près la terre estre chose la plus seure et délectable ». SE
Heureusement nous sommes un peu mieux armés maintenant pour prévenir et guérir ce véritable fléau qui avait si fort handicapé, raconte Paul Chack, les marins de Villeneuve moins entraînés que ceux de Nelson, avant la bataille de Trafalgar.
Avec le xx® siècle le problème pathogénique du mal de mer a fait de grands progrès : c’est Cazamian qui, en 1919, montre pour la première fois le rôle du sys-
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tème nerveux végétatif. Madeuf, créateur de la ligue contre le mal de mer, Bohec sur les lignes transatlantiques et de nombreux autres médecins de la marine française ou étrangère, en poursuivant des recherches méthodiques ont contribué à éclaircir la genèse du mal et à mettre au point un traitement approprié. Le problème pathogénique et thérapeu-— tique de ce syndrome est encore loin d’être résolu mais c’est déjà un résultat appréciable d’avoir réussi à persuader le public que le mal de mer est une véritable maladie méritant des soins et non une faiblesse inavouable.
II. — Les divers vertiges de locomotion comparables au mal de mer sont apparus au fur et à mesure des progrès réalisés dans les transports terrestres. Certains sont très anciens : c’est ainsi que Madrolle, dans son livre sur la Chine du Sud, rapporte que les étrangers qui se servent pour la première fois du « loto-ts’ino » ou chaise à mules sont incommodés par son balancement. De même, il est classique de dire que les voyages à dos de chameau donnent le mal de mer. Par contre, jamais l’équitation n’engendre de malaises. Successivement le chemin de fer, l’auto, le tramway, l’autobus ont fait leur apparition et bon nombre de gens supportent mal ces moyens de locomotion ou l’un d’entre eux.
Il y a toutefois beaucoup moins de sujets sensibles au mal de chemin de fer ou d’auto qu’au mal de mer,
D’autre part, la durée des voyages sur terre est géné-
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ralement assez brève, les troubles sont rarement aussi intenses que dans la naupathie et varient beaucoup suivant les individus ; aussi n’a-t-on jamais attaché d'importance à ces malaises qui n’ont été étudiés que dans le sillage du mal de mer.
IT. — Il en est autrement du mal de l’air ; dernier venu, il a tout de suite pris une place prépondérante par suite du grand essor de l'aviation, de l'intérêt sportif, commercial et militaire qui lui sont attachés. Les recherches, les tests sur les aéronautes puis sur les pilotes se sont multipliés. Les chercheurs n’ont pas connu les premiers tâtonnements des travaux sur le mal de mer, profitant tout de suite de l’expérience acquise. Mais ici, la difficulté réside dans la complexité des facteurs qui entrent en jeu. Certains auteurs comme Cruchet se sont attachés à étudier le rôle des variations de pression, d’autres se sont plus intéressés au problème oscillatoire. Nous nous occuperons seulement de ce dernier qui, seul, rapproche le mal de l’air du mal de mer mais il ne faut pas oublier . -que les symptômes sont presque toujours intimement liés et compliqués encore par la vitesse croissante
d'année en année et par les diverses acrobaties réalisées par le pilote.
On possède très peu d'observations précises sur le: mal de mer, encore moins sur le mal de l’air et les. autres vertiges d’oscillation. Cela tient avant tout aux mauvaises conditions matérielles de travail du médecin à bord du navire ou de l’avion; disposant de peu de place et de peu de moyens, pressé d'agir vite, il doit soigner en hâte des malades qui le réclament en général tous à la fois, et seulement à une phase avancée de leur maladie. Il n’a guère le loisir de prendre des notes. Cependant peut-être se montre-t-il parfois un peu négligent et il serait souhaitable que, tout au moins au cours de voyages d’études, de bonnes observations complètes de ce syndrome soient prises.
À défaut de cela on possède de nombreux récits d’observateurs ou de patients qui permettent, par recoupements, d'avoir une idée exacte de ce qu'est. cette maladie.
Car c’est une véritable maladie, ayant ses prodromes, sa période d'état, son évolution, ses formes cliniques. et ses complications.