‹ Le mal de la peur comedievaudeville en un acteChapitre 33 sur 37 · SCÈNE XVIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XVIII

RABOURDON.

Ah! pardon... *j’ai été bien injuste... mais quand on souffre... car je souffre^ et vous l'avez bien vu tout de suite en entrant... Qu’est-ce que vous disiez donc de mon état?

LR DOCTEUR.

Quand donc?

Là, tout à l'heure !

LE DOCTEUR

Oh! rien...

RABOURDON.

Docteur, inutile de me cacher la vérité... ce livre me l’a révélée... Tenez, (montrant la page) voUà mou article|, j’ai reconnu tous les symptômes.

LF, doctet:r.

Eh! parbleu! vous en auriez reconnu bien d’autres.

RABOURDON.

Embarras des voies aériennes... la diastole et la systole.

LE DOCTEUR, sc détournant pour rire.'

Oh!

RABOURDON.

Vous vous détournez, docteur? Vous êtes ému!... C’est donc vrai?

LE DOCTEUR

C’est-à-dire, ce que vous avez, c’est un autre genre de maladie... assez fare en France, heureusement.

RABOURDON.

Qu’est-ce que ça me fait qu’elle soit rare, si je l’ai! Enfin, qu’est-ce que c’est?

LE DOCTEUR

Cela se rapproche de ce que nous appelons Delirium tremens.

Tremens, ça veut dire?

LE DOCTEUR

DebWum, délire (a part.) de l’imagination • (Haut.) Tremens!... qui provoque ie trembiernent (a pan.) de la pem’.

RABOURDON.

Et c’est dangereux? ’

LE DOCTEUR

Très-dangereux... chez les organisations nerveuses.

raboubdon.

Ah! mon Dieu! voilà le tremens qui me reprend plus que jamais... Et peut-on en guérir?

LE DOCTEUR

Oh ! plus ou moins.

RABOUBDON.

Ah! mon bon docteur,je me remets entre vos mains. (>i se lève.)

LE DOCTEUR, loi tournant le doi.

Doucement Je ne suis plus votre médecin; vous m'avez remercié, et même assez brutalement.

RABOURDON,*le inivant.

Je VOUS en prie, mon bon ami. ne pensez donc plus à cela... j'étais sous l’influence du delirium... Je croyais pouvoir me passer de vous, voilà... Oubliez le passé, mon excellent docteur, délivrez-moi promptement dé ce mal que vous m'avez découvert, et croyez que je saurai récompenser dignement.

LE DOCTEUR

A d’autres, monsieur Rabourdon! Les malades sont comme les marins.

Air de M. Couder.

C’est ainsi que les matelots,

Quand la tempête les submerge,

Au Dieu qui maîtrise les flots ' Font vœu de consacrer un cierge.

Plus tard, quand l’ouragan s’endort.

Le marin, devenu plus brave.

Promet une bougie encor ;

Mais lorsqu’il rentre dans le port,

Il n’offre plus qu’un rat de cave.

11 n’allume qu’un rat de cave.

■ RABOURDON.

Oui, je comprends... Tenez, je ne lésinerai pas avec vous.

(U prend dans ron tiroir un billet de banque.) Voilà.

LE DOCTEUR

Qu’est-ce que c’est que ça?

RABOURDON.

Un petit cierge de mille francs.

LE DOCTEUR

Allons donc !

RABOURDON.

Comment, allons donc! Ce n’est pas assez? Combien vous en faut-il alors? le double? le triple? Homme insatiable 1 mais dites donc votre chiflre!

LE DOCTEUR

Je ne veux pas être payé en cette monnaie-là.

RABOURDON.

Vous préférez l’or, les pièces neuves?

LE DOCTEUR

Ni or ni arçent.

RABOURDON, avec désespoir.

Une de mes quatre maisons?

LE DOCTEUR

Pas davantage. Je vais vous dire à quel prix je vous guérirai, car je réponds de votre guérison.

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