SCÈNE XVIII
BABOURDON, le jetant à ton coq.
Ah! docteur, VOUS en répondez?
LE DOCTEUR
Dans un quart d'heure, si je le veux, je voxis rendrai aussi bien portant que moi.
RABOÜRDON, à part.
Ce que c'est que la confiance ! Une seule parole de lui me soulage déjà; il me semble que les voies aériennes se dégagent... Hem! hem! parlez, doctem’, faites vos conditions.
LE DOCTEUR
D’abord, ces livres-là ne sont bons qu'à donner la fièvre, et vous les jetterez par la fenêtre.
RABOÜRDON.
Esculape? avec plaisir; pour ce que j'en ai tiré.
LE DOCTEUR. v
Ensuite, mettez-vous là, et écrivez les formules sous ma dictée, pour mieux vous pénétrer de leur esprit.
RABOÜRDON , ae mettant à la table.
M'y voici.
LB DOCTEUR
1* Déchirer le contrat préparé pour le mariage de mon fils avec mademoiselle Barmont.
RABOÜRDON.
Plaît-jl? quoi? qu’est-ce que ces ordonnances-là?
LE DOCTEUR
Ce sont mes pilules, à moi, c'est à prendre ou à laisser.
RABOÜRDON, >e levant.
Rompre ce mariage! jamais!
LE DOCTEUR , prenant son cliapeao .
Adieu, monsieur Rabourdon. (ii sort.)
RABOÜRDON, le rattrapant ^ la porte.
Eh! quoi! vous m'absindonnez !
LE DOCTEUR
Puisque vous refusez de suivre mes prescriptions.
RABOÜRDON, criant.
Mais c'est une tyrannie abominable ! On ne met pas ainsi le couteau sous la gorge...
' LE DOCTEUR
Surtout, ne vous emportez pas.
, RABOÜRDON, baissant la vnix.
On ne met pas ainsi le couteau sous la gorge à un pauvre malade... Ce mariage-là n'a aucun rapport avec mon traitement.
C’est ce qui vous trompe : le contentement d« l'esprit et du cœur exerce la plus salutaire influence sur la guérison.
RABOÜRDON.
Vous croyez donc que je serai content quand j'aurai rompu le mariage de mon fils?
LE DOCTEUR
Son bonheur fera le vôtre, voyez? déd4pz-yous, est-ce non... bonsoir, est-ce oui? écrivez.
, RABOURDON.
Quel homme! (ii M rassied et écrit.) Oh ! (il le regarde et se remet ÿ écrire.) Ouf !
(.E POCTEUR.
Est-elle passée^
RABOURDOK.
Quoi donc?
LE DOCTEUR
La pilule.
Eh oui.
LE DOCTEUR
A la seconde maintenant. A quoi bon rompre qp marjage si ce n'est pour en contracter un iiutrc? ‘ ' ' " '
RABOURDON.
Un autre! avec qui?
LE DOCTEUR
Ayec celle qu’il aime.
■ ’ RABOURDON.
Cette orpheline! une fille qui n’a rien.
LE DOCTEUR
C’est ce qui vous trompé; elle a un oncle.
RABOURDON .
Un oncle?
LE DOCTEUR
Riche.
Bah! et vieux?
Mais oui.
Bon cela !
LE DOCTEUR
Et assez ladre par-dessus le marché !
RABOURDON.
Oh! très-bon cela!...
LE DOCTEUR
Allons, remettez-vous là... et écrivez ma seconde ordonnance. ' ' ‘ “