Montaigne. Les Essais, liv. 1, chap. XX
1 à 2. D' Paul Farez. Traitement psychologique du mal de mer et des vertiges de la locomotion. Thèse de doctorat, Paris, 1899,
le mal de voiture, et le mal de chemin de fer, si les fenêtres
restaient fermées ; mais je n'avais aucunement le mal de mer
et je bravai les plus mauvais temps. A l'adolescence ces indispositions disparurent, et j'estime actuellement avoir été victime dans mon jeune âge d’une suggestion inconsciente.
Le mal de mer par suggestion n’est en effet qu’un aspect des si nombreux vertiges de la locomotion. Or ces derniers révèlent une allure des plus variables, justement parce qu'ils sont le résultat de la suggestion: une personne supporte facilement le cahot des lourds omnibus, elle succombe au malaise dans les tramways à traction mécanique ; une autre s’accommode des seconds, mais pas du tout des premiers. Un exemple célèbre est celui de Montaigne qui « souffrait la lictière moins qu’un coche ». Telle personne n'est pas incommodée lorsqu'elle monte à l’impériale d’un omnibus où les cahots sont pourtant amplifiés, elle l’est par manque d’air, croit-elle, lorsqu'elle prend une place d'intérieur. Une autre, installée à l’impériale, se sent troublée par la fuite des arbres, des maisons, du paysage, elle en éprouve un vertige oculaire que suivra le trouble stomacal. Celle-ci empèche l’apparition du malaise, siellemobilise son attention par unelecture attrayante ; celle-là veut essayer de lire, l'effort déployé par elle fait danser les lettres et le vertige survient. L’une ne peut supporter les omnibus, mais elle n’éprouve rien en chemin de fer, l’au- | tre souffre en chemin de fer el non en omnibus. Une autre est malade ou bien portante selon qu'elle occupe la tête, le milieu où la queue du train ; une autre suivant qu'elle est assise dos ou face à la locomotive ; une autre encore suivant
qu’elle voyage seule ou en compagnie(1). Celle-là peut, sans
L. Cas du D: de Monchy. Société d'hypnologie et de psychologie. Séance du 21 novembre 1898,
Pa Rene VA SPRL NIUE ET CALE Re re! 2 # NP PUNE À ( LATE + 4 A4
RU RU À # Met UE m , à “ 1 Ÿ
j SEAT A
inconvénients, faire de très longs parcours en chemin de fer, pourvu qu’ils aient lieu la nuit, le jour elle éprouve un véri- Lable mal de mer, etc. (1). Ces allures du verlige de la locomotion sont capricieuses, variables et illogiques parce qu’elles sont dues à la suggestion. Le mal de mer, dû à la même cause, revêt les mêmes allures, est également capricieux, variable, illogique.
Notez enfin que souvent les gens atteints de ma! de mer par suggestion ont eu le vertige de la locomotion (voiture, chemin de fer, etc.). Ces précédents doivent. mettre le médeein en garde, et lui faire rechercher les autres symptômes pouvant l'aider à établir son diagnostic.
Le médecin sanitaire se méfiera également quand la naupathie est provoquée par ce que nous appellerons une cause adjuvante. La cause essentielle de ce trouble réside en effet dans les mouvements du bateau, pourtant bien des personnes invoquent d’autres conditions. Les uns accusent les odeurs qui émanent de la cale, de la machine, du goudron, des cordages, ou simplement l’odeur des cabines dont les hublots sont fermés ; les autres, les bruits de l’hélice, de la machine en mouvement, des cordages qui grincent.. d’autres enfin, très nombreux, croient que le vertige /oculaire amené par la vue d’objets qui dansent devant eux provoque le vertige stomacal. En ce qui concerne cette dernière cause, notons que le vertige oculaire peut être produit par le mouvement devalse, par un horizon fuyant, etc... sans que la nausée caractéristique en résulte, Le vertige oculaire ne pourrait donc
‘être qu’une cause prédisposante et non efficiente de la naupathie. |