‹ Le Mal de MerChapitre 7 sur 22 · LM 172 PR · texte numérisé non relu

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suite, il importe au médecin sanitaire appelé à donner ses soins à un malade, de reconnaître tout au moins si la suggestion est probable. La difficulté qui s’offre en ce cas existe d’ailleurs pour un grand nombre d’autres maladies nerveuses : on peut hésiter chez certains malades entre une paralysie ou une contracture hystérique et les mêmes troubles de cause organique ; il y a des pseudo-scléroses en plaques, des pseudoataxies, etc., qui en imposent parfois. Le traitement suggestif constitue alors une véritable pierre de touche.

Le médecin sanitaire penchera d’autant plus vers le diagnosüc de naupathie par suggestion que:

— Le passager, et plus éncore la passagère, dépeindrontleur mal en termes prolixes et apitoyants. Ceux qui se plaignent le plus sont en ce cas loin d’être les plus à plaindre.

— Que le malade est atteint par un beau temps, que la naupathie est plus persistante, qu’elle est plus grave alors que le calme de la mer semblerait la contre-indiquer. L’intensité et la durée de la naupathie peut être telle que, malgré une mer d'huile, le malade se refuse à prendre aucune espèce de nourriture, et, dans le cas d'une longue traversée, succomberait, si on ne décidait de le débarquer à une escale.

— Que le sujet est impressionné par les récits ou les plaines de leurs voisins. Le mal de mer par suggestion est éminemment contagieux. Beaucoup de personnes sont dans le cas du D' Bérillon qui rapporte : « Dans une traversée de la Manche, je faisais assez bonne contenance; des amis se mirent à raconter auprès de moi des histoires de mal de mer. Je sentais que j'allais en être atteint si je ne leur demandais de

choisir un autre sujet de conversation (1). »

ginaire. » Discussion, Revue de l'hypnotisme, 1907, page 201.

Parmi les spectateurs les uns sont des résignés, ils ont pris

leur parti, leurs voisins sont malades, ils le seront aussi, « c'était écrit », et ils attendent passivement la naupathie. Les autres réagissent en imagination. Hs se disent: « Vais-je éprouver de telles souffrances. Que je serais grotesque si je me livre à de semblables contorsions! si j'allais moi aussi être atteint! » Et ils s'interrogent, ils s’analysent pour voir si déjà ils ne présentent pas les prodromes du mal. Dans les deux cas l'esprit est obsédé par une représentation intense et exclusivé ; le sujet se trouve en état d’ « expectant attention ». Il ne fait aucun effort pour y échapper. Dès lors les symptômes douloureux apparaissent par cela seul qu'ils sont fortement imaginés et pas du tout combattus. C’est le cas de rappeh ler un vieil adage du Moyen Age, cité par Montaigne (1): Fortis imaginalio general Casum ; une imagination forte produit l’événement lui-même. On le voit, la théorie de la suggestion est

bien ancienne. | | — Que le vertige naupathique prend une allure bizarre et capricieuse. L’un y succombe toujours dans la Méditerranée et jamais dans l'Océan; pour un autre, c'est l’mverse qui se passe. Celui-ci brave la mer démontée mais est malade quand ; elle est calme ; celui-là reste indemne en pleine mer, mais est pris de vomissements sur les lacs et sur les fleuves : tel ho autre, qui croyait avoir définitivement conquis lP’immunité, souffre, comme lors de sa première traversée, s’il voyage sur un autre genre de bateau, etc. (2). De telles originalités por -

tent le cachet de la névropathie.

Je ferai à ce propos un aveu personnel : étant enfant j'avais

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