INTRODUCTION
On désigne sons le nom de mal de Pott une affection caractérisée au point de vue anatomique par des lésions tuberculeuses des vertèbres et surtout des corps vertébraux, et au point de vue clinique, par un ensemble symptomatique pouvant comporter une déformation du rachis ou gibbosité, des abcès et des signes de compression médullaire. Celte appellation, consacrée par un long usage, et ne préjugeant en rien la nature du mal nous a paru préférable aux dénominations parfois employées de cyphose angulaire, de carie vertébrale , arthrite vertébrale fKipoll), tuberculose vertébrale (Nélaton, Lannelongue).
Historique. — Le mal de Pott doit son nom au sou-
venir du chirurgien anglais Percival Pott, dont les travaux sur cette affection ont été si longtemps classiques qu’en 1858 leur interprétation a occupé de nombreuses séances a la Société de chirurgie. Certes, avant Pott, le mal vertébral avait été décrit. Sans parler d’Hippocrate, de Galien dont un passage, copié par M. A. Severin, a longtemps fait attribuer à ce dernier un rôle important de précurseur, et pour nous en tenir à des auteurs moins éloignés de nous, dès 1566, Jacques Dalechamps, de Lyon, dans sa Chirurgie françoise, ajoutait au vie livre de Paul d'Egine de curieuses annotations. Les « tumeurs froides » occupent l’intérieur des rouelles, font la bosse ou vouteure, et selon qu’elles sont plus ou moins grandes ou dures, font la bosse plus ou moins grande, et causent des accidents plus ou moins fâcheux. « Si les tumeurs froides viennent aux rouelles de la poictrine,... les côtes ne croissent point en large, mais en devant; la poictrine perd sa largeur convenable et s’aiguise en pointe; les malades sont sujets à tumeurs froides du poumon et ne vivent pas longuement. » Aux lombes, les tumeurs froides « en jeune âge, quelquefois guérissent et quelquefois se finissent par un long tlux dysentérique... Les patients sont sujets à maladies de rognons et de vescie, et à des abcès longs et difficiles à guérir, qui suppurent aux flancs et aux aines... Quand les rouelles du col s’enfoncent angulairement, et principalement la seconde et la première, toutes les
parties situées au-dessous perdent le sentiment et le mouvement... Et viennent plus ces accidents en l'enfonceure des rouelles du col, moins aux rouelles de la poitrine, et moins encore aux rouelles des reins1 ...»
Ces passages sont curieux. Ecrits au xvi° siècle, ils contiennent en germe tous les éléments des descriptions ultérieures, l’étiologie par les tumeurs froides, les abcès, la paralysie, voire même quelques mots sur le mal sous-occipital. Ambroise Paré 2 qui, en 1575, cite Dalechamps, est beaucoup moins explicite, et surtout beaucoup moins complet.
Le Dran3, en 1731, distingue des abcès où le pus se forme sur place, les collections de pus, qui ne se font que parce qu’il n’y a pas d’issue libre, et sont souvent la conséquence de la carie des os (obs. LXVII). Dans l’observation LXVIII, à propos d’une autopsie, il reconnaît la carie des vertèbres molbaires, sans décider cependant si la collection a précédé ou suivi la carie, et donne une description exacte du trajet suivi par les abcès lombaire inguinal, et trochantérien. Il ne parle ni de gibbosité ni de paralysie.
1. Jacques Dalechamps, Ghir. françoyse, Lyon, 1573 (le privilège du roi est date de 1366), p. 853.
2. Amb. Paré. Edition Malgaigne, II, ch. xvii, xvnr, p. 364-5.
3. Le Dkan. Observations de chirurgie. Paris, 1733, pp. 111 et 120.
En 1771, Bazille1 attribue le mal vertébral à un contre-coup sur les vertèbres; il parle des gibbosités, des paralysies des membres inférieurs et des abcès, sans toutefois pouvoir dire si la destruction du psoas est la conséquence ou la cause de la carie des vertèbres.
La môme année, Aurran2 publie o observations d’affections vertébrales, qu’il attribue aussi à des contre-coups, et qui sont caractérisées par des gibbosités, des paralysies des membres inférieurs, et « des épanchements de suc osseux ». Sa méthode de traitement mérite d’être citée : « Le malade avait tous les signes qui annoncent une perle de substance et une suppuration occulte dans les cartilages et le corps des deux dernières vertèbres du dos et de la première des lombes : leurs apophyses épineuses, déjetées postérieurement, faisaient une bosse. J' appliquai un appareil propre à redresser le tronc, à gêner les mouvements et j'ordonnai le repos continuel, jusqu'à, ce que. les signes de l'ankglose des vertèbres altérées annonçassent leur réunion. Dés que le tronc fut serré par le bandage, le blessé marcha sans bâton, et dit que je lui avais rendu toutes ses forces. Il a gardé l’appareil et le lit pendant plus
1. Bazille. Mémoire sur la proposition suivante : Expose les effets des contre-coups dans les parties autres que la tète couronné en 1771. Prix de l’Acad. R. de chir., t. XI, p. 113.
2. Aürran. Observations sur des lésions par contre-coup en différentes parties du corps. Journal de médecine, 1771, t. XXXVI, p. 525.
d’une année, et il a parfaitement guéri. » Le décubitus horizontal prolongé avec un appareil de sustentation et d’immobilisation, n’est-ce pas la une méthode de traitement bien moderne ? Il est regrettable qu’Aurran n’ait pas mieux décrit son appareil.
C’est encore le repos au lit qu’a prôné François David, de Rouen, en 1 779 ‘.Je ne connais son travail que par ce qu'en a dit Bouvier qui cite ce passage: « Quant aux os primitivement affectés ils ne sont pas plutôt débarrassés (par la suppuration) de ces débris, qu'ils commencent à reprendre de la solidité, et si plusieurs vertèbres, par exemple, ont participé au désordre, elles forment entre elles une masse commune d'ossification qui termine cette grande curation qui, comme l’on voit, doit être l'ouvrage de la nature, du temps et du repos. »
C’est dans la même année 1779 que Percival Polt1 2 publia son premier mémoire, suivi, en 1783, de deux autres. Dans le premier, il décrit avec assez de dé-
1. David. Sur les effets du mouvement et du repos en chirurgie, 177!). Cité par Bouvier. Maladies chir. de l'app. locomot., p. 44.
2. Percival Pott. Œuvres chir. traduites de l’anglais par M. * docteur en médecine, 1. 111 (public en 1792) : 1° Remarques sur cette espèce de paralysie des extrémités inférieures qui accompayne souvent une courbure de L’épine et qui est supposée en dépendre, avec la manière de la traiter (1779), p. 75.2° Nouvelles remarques sur l'état d'inutilité des extrémités inférieures qui accompayne une courbure de l’épine (1783), p. 103. 3° Examen de la véritable cause de la courbure de l’épine, p. 129.
lails la paralysie des extrémités inférieures, montre ses relations avec la gibbosité, et ne croit pas que la paralysie soit due à une simple courbure de l’épine, mais à une cause prédisposante commune à ces deux effets. 11 ne dit pas un mol des abcès par congestion. Hippocrate ayant vu un abcès du dos amener la guérison d’une paralysie, il suffit pour guérir la paralysie de pratiquer un égout par le moyen d’un cautère. Et voilà le moyen infaillible de Pott, que tous les chirurgiens vont appliquer et que Marjolin1, en 1858, défendra encore énergiquement.
Dans le deuxième mémoire de Pott, la paralysie est de nouveau l’objet d'une description détaillée. Elle ne peut être attribuée à un déplacement des vertèbres, mais la seule cause de tout le mal est un état d'altération des parties qui composent l’épine, ou qui sont en connexion avec elle. C’est cet état qui cause la mauvaise santé du malade, la courbure, l’état d’impotence des membres. Le cautère seul en vient à bout, si bien que, en l’espace de trois années, Pott n’a vu qu’un cas où sa méthode ait échoué.
Le troisième mémoire de Pott, dont on parle rarement, est à coup sûr le plus important. La maladie cause de tout le mal n’est autre que la « disposition scrofuleuse » qui se manifeste ou par l’état d’épaississement des ligaments, ou par l'altération des car-