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que embarrassant qu’un malade au lit dans une maison ‘éducation. Et si j'allais rester malade des semaines, des mois !
LE DOCTEUR
Est-ce que vous désireriez vous mettre en pension daus le village.
LOUIS
Il m'en coûte de quitter le collège, mes confrères, mes maîtres, M. le Directeur ; il m’en coute de m’éloigner de ma classe; tant que je suis ici, c’est un peu comme si je la suivais; j'entends la cloche qui en donne Île signal, je m'y transporte par l'imagination. Tous les jours, je me du: ‘‘ demain peut-être qu je serai mieux, peut-être que je pourrai suivre la communauté.” Cette pensée m'est une consolation; loin d'ici je ne pourrai nourrir cette douce illusion.
LE DOCTEUR
Voudriez-vous aller pensionner chez les demoiselles Leguerrier ? 8
LOUIS
N'allez pas croire que c’est le désir de faire une promenade qui m'engage à parler. J'aime, sans doute à aller chez nous, mais pendant les vacances. Je jouis d'autant plus de ce temps de repos que je suis plus fatigué ; je goûte davantage les douceurs de la maison paternelle, quand il y a longtemps que je l’ai quittée.
LE DOCTEUR
C'est donc à Ste-Geneviève que vous voudriez aller ?
LOUIS
Oui.
LE DOCTEUR
Mais, c’est trop loin pour vous dans l’état où vous dites que vous vous trouvez.
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LOUIS
- Si cette maladie me conduisait au tombeau, comme les apparences semblent bien l'indiquer, je voudrais mourir chez nous. Je voudrais voir tous mes parents autour de mon lit de mort, leur dire un dernier adieu, leur demander pardon de mes offenses à leur égard, recevoir d'eux une dernière bénédiction. Je voudrais dormir dans un même cimetière avec les miens, près de cette église ou j'ai été lavé dars les eaux du baptême, et où j'ai reçu pour la première fois le pain des anges. | LE DOCTEUR.
Je n'oserais prendre sur moi la responsabilité de vous faire entreprendre, malade comme vous vous dites, un aussi long voyage.
LOUIS
Je suis bien ici sans doute; mais je serais encore mieux chez nous. On m’y prodiguerait une multitude de petits soins qu’il est impossible de trouver ici. 0 ma bonne mère, à ma tendre sœur, comme vous me soigneriez bien! Vous êtes père de famille, Docteur, et vous savez avec quelle tendresse les parents aiment leurs enfants. Si votre fils était malade, n’est-il pas vrai que vous ne le laisseriez pas dans cette sombre infirmerie, et que vous l’amèneriez chez vous dans une bonne chambre chaude.
LE DOCTEUR
Ce voyage pourrait vous faire plus de tort que de bien.
LOUIS
Comme je vous serai redevable, si je reviens à la vie ! vous serez pour moi un second père. Comme mes parents sont inquiets maintenant, je suis si loin ! comme ils vont être heureux de me voir près d'eux! Vous qu êtes si bon, M. le Docteur, pourriez-vous rester in-
ifférent à notre bonheur.
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LE DOCTEUR
Ce voyage est trop long, vous dis-je; vous paraissez trop faible pour l’entreprendre, et il fait trop froid.
LOUIS
Pour cela ne craignez rien, je prends tout sur moi. Je mettrai un bon gros capot de poil; je m’envelopperai dans de bonnes robes de cariole bien chaudes, puis je me coucherai au fond du sleigh sur un épais lit de plume bien mou. Nous avons une grande et large voiture, nous n’irons que le petit pas, je serai tout comme dans mon lit.
LE DOCTEUR
Quand voudriez-vous partir ?
LOUIS
Aujourd’hui peut-être. J'ai écrit à mes parents de venir me voir ; il m'ont répondu qu’ils viendraient cet après-midi pour me chercher. Le directeur à vu ma lettre, il a vu celle de mes parents ; il a envoyé la mienne, il m’a remise la leur ; il n'a pas dit un mot de remarque ; il est donc consentant que je m'en aille.
LE DOCTEUR
Montrez donc encore votre langue (il lui tâte le pouls). C’est bien, je vais voir le Directeur et dans une heure l'affaire sera toute arrangee.
LOUIS
Je vous remercie bien des fois, M. le Docteur. (Quand le Docteur est arrivé à la porte). Docteur, voudriez-vous me préparer des remèdes que j'emporterai chez nous ; il n’est pas de médecin au traitement duquel j'aie autant de confiance ; je connais votre habileté.
LE DOCTEUR
C'est bon, j'espère vous en donner encore une preuve. Je vais vous montrer comme Je sais découvrir
les causes les plus secrètes d’une maladie, et comme je. sais appliquer les remêdes à propos. (Le Docteur sort).
DIALOGUE Il.
LOUIS, AUGUSTE ET FRANÇOIS
LOUIS
Allons ! courage ; l’affaire marche ; les incidents se compliquent, l'intérêt augmente, le nœud se forme de plus en plus, comme dirait notre professeur de Belles- Lettres : semper ad eventum festinat.
AUGUSTE
Mais, j'ai bien peur, hélas! que le nœud se dénoue par une catastrophe. As-tu remarqué? on dirait que le Docteur met de l'ironie dans ses paroles, et qu’elles offrent un double sens.
FRANÇOIS
Oui, s’il est vrai que dans ta maladie ii ait découvert les véritables causes.
LOUIS
Voyons, cessez donc de faire la corneille, et de précher à contre-temps en prophète de malheur. Le docteur est blagué, comme un simple mortel, voilà tout. Ayez plus de confiance en mon étoile; le vent est bon, déployons la voile, et vogue la galère.
AUGUSTE
Très bien, verra qui vivra.
LOUIS
Veux-tu que je te dise ce que tu verras ? tu vas voir le directeur dans un instant venir me dire ; ‘ Louis, préparez vos effets, vous pourrez partir cet aprèsmidi.”’ Après-midi tu verras, avec sa longue ceinture rouge, le graud José, notre homme, qui viendra me
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dire : ‘‘ Vite, M. Louis, partons ; je suis venu vous chercher ;” et ce soir tu verras que je suis parti. Mais ce que tu ne verras pas, et que je verrai, moi, Louis Latulippe, ce sont les plaisirs du jour de l'an.
AUGUSTE
Halte là, Louis ; j'espère que 69 finira ici comme ailleurs, et nous aussi nous aurons notre jour de l'an.
FRANÇOIS
Avec un beigne à déjeûner.
AUGUSTE
Et pour moi, Dieu merci, ce jour n'est pas sans charmes !...
LOUIS
Qu’a-t-il donc de si charmant ?
AUGUSTE
L’entrevue de huit heures, par exemple ; les franches et cordiales poignées de mains que les élèves se donnent ; les souhaits de santé, de succès, de bonheur qu'ils s'envoient et se renvoient comme un feu roulant; on dirait d'anciens amis qui se revoient après une longue séparation ; il y a là-dedans quelque chose de simple, de naïf qui sent son parfum d’antiquité. Puis en communauté, nous allons rendre visite à tous les prêtres ; nous nous pressons en foule dans ces chambres trop étroites, partout nous sommes reçus avec de bonnes et douces paroles ; il règne une aimable familiarilé, nous sommes en famille.
LOUIS
J'avoue qu’il y a là quelque chose de vrai; mais toujours ce n'est que l’image de ce qui se passe à la maison paternelle; or, si l’image est si belle, que sera-ce donc de la réalité? Quand les écoliers se donnent la main, tu trouves cela joli; moi, je trouve
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