‹ Le mal du pays; ou, La batelière de Brienz, tableau. Par MM. Scribe et Mélesville. Représenté, pour la première fois, à Paris, sur le théatre de MadameChapitre 1 sur 9 · AUGUSTE DE BLA.NÇAY · texte numérisé non relu

AUGUSTE DE BLA.NÇAY

jeune Français. Mr Gontier,

PIERRE, amant de Lishetli Mr Paul.

NATZ, amant de Grilly. Mr Legrand. GRiTLY , sœur de Pierre, Mlle Dejazet, JEANNETTE. Mlle Clara.

Soldats.

Paysannes.

La Scène se passe en Suisse , dans le canton de Berne , au» bords du lac du Briens,

(7) constituer prisonnier pendant quelques mois et je n'aime pas cette manière de faire ma rentre'e... j aime U* grand air et en restant cinq ans dans ce pays... je n'aurai plus rien à craindre... parce qu'il y aura prescription... entendez-vous?..

STUBAC.

Brescription... voustitesP..

AUGUSTE

Oui,.. Il va croire que c'est de l'allemand... c'est un mot clu Palais... un terme de chicane...

STUBAC.

J'entends... encore une autre lanjjue... et maintenant fous foila pien tranquille...

AUGUSTE

A pre'sent f*.. oui, assez... Dans votre pays , qui est celui delà liherte', on ne fait pas toujours ce qu'on veut... Un étranger , à poste fixe , ça les inquie'tait... ma foi pour vivre tranquille pendant mes cinq ans...

STUBAC.

Fous fous être fait naturaliser...

AUGUSTE

Précisément , il faillait faire quelque chose , je me suii fait Suisse... citoyen de Berne... c'est un bel e'tat !...

Che êtrerafi... fous être un compatriote...

AUGUSTE

Oui, descendant de Guillaume-Tell , ou peu s'en faut... et ce que je trouve de mieux dans ma nouvelle patrie , ce sont les petites filles de ce canton.

STUBAC , souriant.

Air de Turenne.

Ya... cet bélile paielière , Au teint si frais , aux yeux si doux , A qui tout le monde veut plaire..

Chen suis amoureux., foyez-vous...

ATJGUSTE.

Amoureux ! ah ! tans pis pour fous !

Car c'est une vertu terrible...

De ces vertus de deux ou trois cents ans... Des anciens tems... vous comprenez.. . dutems Où la Suisse était invincible Il n'y a rien à faire , moi qui vous parle , j'y ai renoncé... j'ai d'autres vues... cette petite Gritly... la passion la plus vive , c'est-à-dire la plus récente , parce que , pour voyager avec fruit , il faut beaucoup voir... c'est le moyen d'étudier les mœurs des nations... Mais que je ne vous dérange pas... vous tenez là des lettres... des journaux; et moi , je vais achever mon paysage.

STUBÀC.

Ah ! fth ! vous faire austii des tableaux ?

AUGUSTE

Oui, comme des chansons... en amateur... ( Pendant qu*il travaille , Stubac ouvre ses lettres.)

C'est de ma major... i^es nouvelles de la régiment... qui être reste' en France... ça fa j)ieiine... ça fa pienne !... Non I der Teufel ça aller pas pienne '... un des meilleurs soldats qui TAfre déserte'.

AUGUSTE

Déserte'! diable., ça ne plaisante pas...

STUBAC.

Je conçois bas*, un caillard... quiafre déjà trois on Quatre plessures... qu'est-ce qu'il faut donc demieuA? ah! ttioin Cott ! mein Gott ! cheétre pien fâche'.. i

AUGUSTE

« Pour lui ?

STUBAC.

Ya... et pour moi... parceque foyez-fous, aux termes de la cabitulation , quand il y afre undéserteuf danfila racbim«nt, je être ppligé de le remplacer...

AUGUSTE

Ça , ce sont T09 affaires*

STUBAC.

Âh! çà...je foulais écrite... et je ne sail..»

AUGUSTE

Vous voulez écrire... tenez, entrez dans mort chalet; Ikhaut... mais, danscepays... pour être bien servi... il faut avoir tout avec soi. (^Fouillant dans 3a poche et en tirant un rouleau de maroquin. ) Tenez , voilà mon écritoire de voyage et ma plume fidèle...

STUBAC.

Ce être pien... je fais donner l'ordre de poursuivre mon déserteur et d'arrêter lui.

AUGUSTE

Tant pis ! ( montrant ta plume ) je suis i'aché qu'elle serve k un pareil usage.

Air: Ces portillons.

J'aimerai mieux que , moio» cruel{e« File si(;iiàt sa liberté !

i€ fus déjà mis en prison par elfe , Par ê\\é encore une autre est arrélé ; £lle est Touée à la faialité.

P«i»qa ici-bas , commençant par toa maitr« , Hépertoire Dramatique.

Faire coffrer les (çens est ton mdlicr , Je te maudis... va-t'en... tu devrais (ître La plume d'un huissier !

( Stubac entre en riant dans le deuxième chalet a droite , et Auguste se remet à l'ouvrage pendant que Lisbeth et Gritly entrent en causant.

AUGUSTE, occwpe à dessiner, LISBETH, GRITLY.

AUGUSTE

Ah! c'est ma gentille Gritly, et la belle batelière.

GRITLY.

Quand je te répète que c'est aujourd'hui qa ils doiyent arriver.

LISBETH

Ta en es bien sûre ?

GRITLY.

On me l'a dit à la ville où on les attend ; et ça n'est que trop vrai.

Trop vrai... est-ce que tu en serais fâchée ?..>

GRITLY.

Tais-toi donc... c'est monsieur Auguste. Elles vont se placer à côté d'Auguste , qui dessine... l'une à sa droite, l'autre à sa gauche... Gritly , en regardant le dessin^ s'écrie : ) Oh ! que c'est joli... c'est toi, Lisbeth... et puis moi...

LISBETH

Et notre chalet... et mon bateau... Dieu! quel talent \

AUGUSTE

Vous trouvez ?..

GRITLY.

Ah!., le bateau surtout est d'une ressemblance...

AUGUSTE

C'est flatteur !

LISBETH

Et puis ce paysage, n'est-ce pas que c'est un beau pays que le nôtre ? *

AUGUSTE , se levant.

Oui, si vous voulez... mais c'est toujours la même chose des montagnes et des précipices... et une fois qu'on y est; on ne sort pas delà... point de spectacles, de promenades... des routes affreuses... impossible d'y aller en tilbury... aussi ce qu'il y a de moins mal dans ce tableau... tiens , c'est là vers la gauche... ( // leur montre le dessin sur son album.

Lu mal du Pays. 2.

LISBETn.

Comment... ce lointain (jui est si aride?...

AUGUSTE

C'est ce que j'aime le mieux !.. cejjrand terrain sablonneux où il n'yn pas d'arbres... ça m'a rappelcMe boisde Boulogne... Dieu ! quand irai-je m'asseoir... je ne dis pas sous son ombrage... h moins que depuis le tems,ii n'en soit survenu ; maisquand pourrai-ic respirer la poussière des Champs-Élise'es et de la porte Maillot !...

GRITLY.

Fi, monsieur... vous ne parlez que de nous quitter... Ce pays que vous regrettez est donc bien beau ? Auguste.

Ah ! tu ne peux pas l'en faire d'idée !

LISBETII.

Ces Boulevarts Italiens dont vous parlez sans cesse... sont donc plus rians que la vallée de Lauterbrun , plus frais que la chute du Giesback ?...

AUGUSTE, avec enthousiasme.

Oui !( se reprenant ) quand on les arrose.... parce que , . voyez-vous , cest un autre genre.... leur grand me'rite surtout... c'est de ne pas être ici , et dêtre là-bas...

LISBF.TH.

Am : U me faudra quitter l'empire.

Ah ! de le voir, combien nous serions aise !

GRITLY.

Maisr je m'deHiande bien souvent...

Vous qui n'aimez , n'vanlez que les Françaises , tComuent s'fait-il que vous m'aimiez autant ?...

ÂtCTTSTE.

Tu vas comprendre e t très-facilement : De nos beautés , par i'amoiir embellies > Je trouve en toi les charmes réunis , Le coût , la grâce et le malin souris... Je t'aime donc... car les femmes jolies , Moi , je les crois toutes de mon pays. * GRIÎ1.Y.

J'entends... etest-oe bien loin, ia France ?...

AUGUSTE

He'las ! oui.. Dans ce moment j'en suis encore à... deux ans de distance. Si au moins on pouvait en parler, si on voyait des gens qui la connaissent... ça ferait prendre patience.

LISBETR.

Si ce n'est que cela-., rejoruissez-vous... vous aurez ce plaisir... c'est aujourd'hui que nous attendons nos soldats , nos jeunes gens qui ontfmi leur tcms de service, et qui reviennent xle France, après avoir obtenu leur congë.

AUGUSTE , prenant son (fhn^oau.

Us reviennent de France, dites-vous :

0 GRITLY.

Et bien ! où allez-vous donc ?

AUGUSTE

Au-devant d'eux... afin d'avoir des nouvelles plus tôt...

GRITLY.

Mais écoutez donc%.. un instant...

AUGUSTE

Tout a l'heure, ma pelite Gritly, quand je roviendrfti — De quel côte' doivent-ils venir ?

Par l'Emmenthal et le ScJmllomberg,

AUGUSTE

Où diable vont-ils cherclier leurs noinç ? Maie ç'ç^t ^g^l , j'y cours... Pardon ma chère Gritly.

Air • Dieu tout puissant ,par qui le comestible. Pour mieux hâler ce moment pathétique Au-devant d'eux , sur les rives du lac , Je vais errer , voyagreur romantique , En contemplant la chute du Gieshacq.

J'aime à rêi'cr , prés du torrent qui rouU , A ma patrie , hélas ! dojit je suis veuf ; I! est si doux de suivre l'eau qui coule î On peut se croire encore sur le Pont- Neuf. Pour mieux hâter , etc.

( // sort en courant, )

LISBETH, GRITLY.

GRITLY.

Là , voyez un peu comme il cor.rtv.. il va se casser lé cou dans les pre'cipices... avec ça qu'il y a va toujours avec des petites bottes comme des bas de soie.-, je vousdsmande à quoi ça peut servir?.. Dieu^.. en France... oi^t-ils des laodes ridicules ! {^Regardant Lisheth qui est p^nsi'ae.) Lisbeth... dis donc Lisbeth... pendant quil n'est plus là... dis-moi ce que ta as... et pourquoi, depuis ce matin ^ tu es si triste, si pensive.,,

LISBETH

Ce sont les bonoes nouvelles que Ju m'as apprises !.. tous nos jeunes gens reviennent... ils ont fini leur tejoas... et ton frère Pierre... ce pauvre Pierre ne reviendra pas avec eux. .. il aeticore deux ans à faire?., -deux ans ! est-il possible d'engager les garçons pour si lojag-teius que ^eh\

( lî)

GRITL\.

Ah ! souvent, je t'assure.\. ça passe bien vite. Ta sais , ce petit Natz... ce petit jouftlu... qui m'aimait tant... eh bien ! je ne le dis qu'a toi... que j'aime déjà comme ma sœur... tu te chagrine de ce que ton amoureux ne revient pas , et moi , je me de'sole de ce que le mien va arriver!

LISBETH

Que me dis-tu là... Gritly? est-ce que tu n'aimes plus Natz?

GRITLY.

Oh! je ne l'ai jamais beaucoup aimé... et, quoiqu'il soit ton cousin, tu conviendras qu'il n'ëtait pas gentil ou tout... je ne sais pas même comment on a pu en faire un soldat, à moinsquele courage ne lui soit venu avec Tuniformc-Mais enfin , c'est égal ; il m'a fait la cour... je l'ai ëcoutë dans le tems... et maintenant il est capable de soutenir que je lui aï promis quelque chose...

LISBETH

Mais certainement... tu lui as promis de Tëpouser quand il reviendrait.

GRITLY.

Tu crois? Peut-on être plus malheureuse? moi, qui étais la fide'litë même... j'ai fait la même promesse à ce jeune Français.

LISBETH

Est-il possible ? quoi , ce pauvre Natz ?

Air : Fille à marier.

Eh ! que sont devenus Tous les sermens , ma chère ?

Je trouve qu'au contraire J'ies ai trop bien tenus...

J'iui prorais qu'ma tendresse Le paierait de retour. . .

J 'promis que mon amour Partout l'suivrail sans cesse.

tisBETH , parlant.

Eb bien !

GRiTLT , finissant l'air.

Eh ! bien , il est parti Et mon amour aussi !

Ledifïicile maintenant est de lui apprendre.:. (Ecoutant.) Ah! mon Dieu... qu'est-ce que j'entcnds-là ? ce sont eux...

LISBÈTH.

Oui, vraiment... ils descendent la montagne... le cœur me bat... ah ! j'ai beau regarder... Pierre n'y est pas...

GRITLY.

Et Natzest à leur tête... il a bien peur qu'on ne le voie pas!

%ccnc (y.

LES MÊMES, NATZ ET PLUSIEURS SOLDATS, en petites vestes de voyage , le sac sur le dos et le bâton à la main, environnés de femmes et d'enfans qui les accompagnent. Aie nouveau de M. Adam.

GRITLY.

Ecoule , écoule.

LISBETH

Tiens , vois-tu ? les voici.

GRITLY.

Les voici qui s'avancent ici.

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