NATZ ET LE CHOEUR
Belle pairie ,
Terre chérie , Objel de noire amour ;
Belle pairie ,
Terre chérie, Nous voici de retour.
NATZ.
Enfin , après quatre ans d'absence , Chez nous me v'ia donc revenu.
GRITLY,
Quoi ! c'est Nalz. . ce petit joufflu !
NATZ , riant.
Y a maint'nant de la différence !
"V'Ià c'que c'est qu'd'avoir voyaçé. ..
Mais c'est Nalz qui revient fidèle , Celui que vous aimiez , mamzelle.
GRITLY.
Ah ! mon Dieu , comme il est changé î
cnœuR.
Douce pairie ,
Terre chérie ,
Objet de noire amour.
Terre chérie ,
Belle patrie ,
Enfin , nous voici de retour ;
Pour nos \ • , i , , . ,
Pour vos ) ^^^^ ' ^^ • "^^^ ^^^"^ J^"^ •
Enfin noua ) ...
Enfin les j ^«^^^ d^i-etour.
NAtZ , embrassant tout le monde.
Ouijc'est moi, mes amis... c'est bien moi; bonjour, cou-
ine Lisbcth... la mère Kettle,le gros Tchanz... et ma petite Gritly qui n'est pas la moins joyeuse !... GRiTLY , h part .
Il deyinc aussi bien qu'autrefois...
NATZ.
Eh bien, mamzelle... approchez; n'ayez pas peur... quoique l'on soit militaire, on n'est pas barbare... ( Lui 'prenant la main.) Celte pauvre Gritly... qui m'a attendu... Ah ! dame, il n'y a que chez nous où on peut être tranquille... on part, on revient . on retrouve tout absolument comme on l'a laisse!... ( A Lisheth. ) A propos, cousine... et des cadeaux , des cadeaux de France que je vous rapporte... ( // ouvre sor sac. ) Ily en a pour tout le monde... Des mouchoirs de soie... des recueils de chansons... avec une croix, et un anneau d'or, pour une certaine personne... ( Regardant Gritly. ) GRITLY, à part.
Ce pauvre garçon ! il me fend le cœur... Ai-je du malheur de ne plus l'aimer !... ( Regardant des papiers que ISatz a retirés de son sac. Et ça, qu'est-ce que c'est ?
NÀTZ.
Des lettres pour un Français qui doit habiter ce canton... M. de Blançay.
GRITLY, les prenant.
Ah!... M. Auguste... Il est allé au devant de vous... mais je me charge de les lui remettre.
LISBETH
EtPierrc.tu ne nous en parles pas ?
GRITLY, vivement.
C'est vrai : il n'a pas encore dit un mot de mon frère... c'est aimable !
NATZ.
Pierre Ritter... Nous n'étions pas du même re'giment... je vais vous dire : lui, il était de service à Paris; parce-queson re'giment, c'est tout de jolis hommes... des chasseurs.
LISBETH
Et tu ne nous apportes pas de ses nouvelles... voilà plus d'un mois qu'il ne m'a écrit...
WATZ , souriant.
Ah ! dame, cousine , je ne veux pas vous effrayer... mais il est en garnison a Paris !... et Paris, voyez-vous , c'est un séjour bien dangereux... pour le s chasseurs.
GRITLY.
Veux-tu te taire !
D'autant qu'il a fait la campagne d'Espagne... et dans ce pays-là , il y a... des Espagnoles... très jolies , à ce qu'on dit...
GRITLY.
Et tu n'y as pasc'té, en Espagne, toi ?
NATZ.
Non, je suis resté au dépôt... j'étais censé indisposé !... voyez- vous, je me suis dit : Que je fasse mon tems à la caserne, ou au bivouac... on ne m'en comptera ni plus ni moins... il y en a qui se dépêchent, qui vont au feu : ils croient que ça les avance... du tout... faut toujours faire ses quatre ans... c'est ce que je disais à Pierre... car je l'ai vu, il y a un mois... avant mon départ : '< Tu t'en vas, me dit-il, tu retournes au pays... tu vas revoir nos montagnes... tu es bien heureux... Moi, je ne peux pas vivre ici ! j'en mourrai... »
LISBETH
Pauvre garçon!... il lui reste encore deux ans...
NATZ.
Oui, mais à cause de ses blessures il avait demandé un congé... et quand je suis parti... il espérait l'obtenir.
GRITLY.
De sorte que nous pourrions bien le revoir ?
NATZ.
C'est possible !... une permissision du colonel et du major...
LISBETH
Ce pauvre Natz... est-il aimable !.. comme il est fatigué ! il doit avoir besoin de repos !..
Ouï , oui ; allons déposer nos sacs , et tout cet attirail 1 Dieu ! qu'il me tarde de revoir mes vaches , mes anciennes connaissances ; de reprendre mes habits de montagnes, et ma cornemuse... c'est que j'étais le meilleur musicien du canton.
GRITLY.
Mais allez donc... on vous attend, (A part, ) Et justement, voilà monsieur Auguste.
NATZ.
Sans adieu, cousine... je vous reverrai bientôt.
CHœuR.
Enfin les ) voilà de retour , Enfin nous j '
Pour vos I amis, ah Icfuel beau jour!
( Ils sortent tous , excepté Lisbeth et Gritîy
LISBETH, GRÏTLY, AUGUSTE, ornran^rfe Vautre coté et s' essuyant le front.
GRITLY.
Mais, mon Dieu, monsieur Auguste, de quel côte' avezvous donc e'te' au devant d'eux ?
AUGUSTE
Est-ce que je sais! vos diables de montagnes n'en finissent pas; il parait que j'ai pris h droite, pendant qu'ils venaient à gauche... mais j'ai vu le tableau de loin... les femmes, les jeunes filles qui les entourent, qui portent leurs paquets... c'est charmant... J'en ai rencontré un là bas qui n'e'tait pas
SI gai ! .
Un jeune homme ?..
Oui.
Encore un soldat ?.,
GRITLY.
AUGUSTE
LISBETH
AUGUSTE
Je ne sais pas; il avait une de'marche si singulière... Il se glissait le long des buissons, en regardant de tous côte's... une physionnomie aimable, quoique triste, inquiète... J'avais beau lui parler, lui faire des questions, il ne me repondait pas... 11 a aperçu de loin les montagnes de Brtmich, le lac de Brienz... 11 s'est arrête'... il semblait respirer à peine... il regardait chaque arbre , chaque rocher, avec e'motion !... comme un amant regarde sa maîtresse. Arrivé à cette pelouse verte qui est en face du Gie55ac^,ilm'apris la mainet m'a dit :« Tenez , monsieur, tenez, c'est là que, tousies soirs, je l'attendais... »
LISBETH
Ah! mon Dieu!..
AUGUSTE
Plus loin, en descendant, il a vu une pierre oii e'taient grave's quelques mots en allemand... il a ôte' son chapeau avec respect... des larmes roulaient dans ses yeux...
LISBETH
Que dites-vous ?... achevez...
AUGUSTE
J'allais lui demander ce qu'il avait , lorsqu'en levant les yeux, il a aperçu le chalet qui est au bas de la cascade... il jR épe rtoire Dra/matique .
s'est ëlancé sur la porte , en s e'criant ; « Ma mère, ma mère, ouvrez-moi, c'est votre fils.