‹ Le mal du siècle. Scènes de la vie comtemporaineChapitre 22 sur 30 · M LE MAL DU SIÈGI^K · texte numérisé non relu

M LE MAL DU SIÈGI^K

saxis cesse. Daniel, pauvre et sans fortuné» troiïipé par un perfide ami I Quitter Paris en proie à l'humiliation et au besoin l Oh ! cette pensée mô déchire le cœur ; une mystérieuse terreur me fait trembler ; Tangoîsse' trouble ma raison ! mais ce ne sont pas des plaintes qui peuvent le sauver. Élevons, en présence de son malheur, notre courage à la hauteur de notre amour pour^ lui. n faut vous hâter de courir à son secours. Willibald, ne perdez pas une heure ; sauvez-le du déses-. poir ; dites-lui que le cœur de ses amis est assez riche en sympathie pour lui faire oublier ce malheur I Trompez-le, par pitié, sur le véritable état de ses affaires ; consolez-le en lui laissant penser qu'il lui reste encore une partie de sa fortune. Je vous envoie ce que j'ai pu rendre disponible de mon héritage, emportez-le à Paris, et, s'il est nécessaire de tout sacrifier pour le protéger contre une seule humiliation, je vous supplie de ne pas hésiter un instant! mais qu'il ne sache jamais la source de ce secours. Vous douterez si vous pouvez accepter mon offre. Oh ! je vous en supplie, Willîbald, ne refusez pas cette offrande de l'amour I Si cela était en votre pouvoir, ne feriez-vous pas avec joie ce qua je vous prie de me laisser faire, ne Tavons-nous pas aîmé également. Je pars pour Bruxelles; ma tante est trèsîrritée ; elle reste insensible à mes larmes, je dois la suivre; elle se calmera. Partez immédiatement pour Itf

DEUX DÉVOUEMENTS. Id9

capitale de la France , ramenez le pauvre Daniel au Wulfhof. Je reviendrai aussi; nous travaillerons ensemble à le consoler et à guérir les blessures de son cœur... Partez pour Paris, Willibald. Adieu 1 adieu! que Dieu vous conduise.

» Céleste de Bero. »

Des larmes tombèrent des yeux du vieillard.

—Ame admirable 1 murmura-t-il^Ange de générosité et de dévouement! Elle offre son héritage paternel pour le sauver de l'humiliation, sans hésiter, comme si c'était une action toute ordinaire, toute naturelle ! mais elle me croit impuissant et elle ne sait pas que Willibald peut faire et a fait ce que son amour lui inspire. Elle a bien raison de penser que je refuserai ce secours. Entre Daniel et Céleste, il ne faut pas d'argent dont il puisse rougir un jour.

n se tut un instantj puis dit :

— Que faire? Gomment lui rendre ces papiers? Elle va partir ; je dois me hâter pour arriver à Courtrai à temps pour le train de Paris. Je ne puis garder cet ar^ gent: Céleste pourrait croire que je veux en faire usage... J'enverrai le paquet par Barbe. Écrivons à la hâte une lettre...

n alla à son secrétaire, et, tandis qu'il tirait d'un tiroir ime feuille de papier, il dit 9

te LE MAL DU SIÈCLE.

— Je ne cacherai plus rien à la généreuse fille; je lui déclarerai tout franchement, je lui dirai que moimême j'ai placé ITiérilage de ma sœur en hypothèque sur le Wulfhof, et que la fortune de Daniel s'élève encore au moins à cent quarante mille francs. Cela ne Tétonnera pa». Elle sait qoe je n'ai pas d'héritiers et que tout ce qui m'appartient ne peut être destiné qu'à Daniel.

11 se mît é écrire : d'abord sa plume courut avec rapidité sur le papî^ et la lettre avança vite; mais, ensuite, il hésila souvent et s'interrompit de temps en temps avec mécontentement. Gependant^ quelque difficile que ce travail lui parût, il s'efTcH^çait chaque ifoîs de le pourscdvi'e, lusqu'à ce qu'enfin il prit de la taUe ia lettre toachevée et la relut depuis le commencetnent en secouant la tété d'uti air de doute.

^ Non, non, dit41) on n'écrit pas de telles choses. On ne sait pas dans quelles mains im paptorpeùttomb^... Mais je dois prendre une résolution ; le temps «'écoule. . .

Il lira sa montra, ^ I'obH fixé dessus» il dît :

^ Peut^tre ii*<e8t41 pas encore trop tard ; je pms Stre de retour en mcàns dVime temi-h^ira, en pressant tm pe«L le cbeval je pourrais regagner le temps perdu ; mais si madame de Beig allait me retenir ? Il n'y a pas d'autre moyen... et je pourrais toujours^ au pis aller, ôtre Âfaitit Imum (iCoortm et pariûr pour Paris par le dernier convoie

DfHX DiVOUaiHBlTS. M

Il se hâta de cacher la lettre de Céleste et la sienne dans le grand tiroir de son secrétaire et descendit les escaliers.

I Dans la cour, le contre-maître accourut d'une grange à sa rencontre ; mais le vieillard agité lui ût signe de s'arrêter.

Il dit en passant & Tosse, qui travaillait encore au fumier :

^ fians une pâtile 4^&i-heure la T<»ture doit être aHalée. Je €oun jusqu'i la campagne de madame d« fietg «t jexeirîeiis i l'instant. Ti^s-toi prêt et &is que . tien ne nuoKpie povr qf» acos fassions le chemin rapid^aaeiit.

JEn dâmt .ces derniers osote 9 evait déji franchi la porte <et «'aTHsçait 4:*«a pas rapide dans le chemin.

m LE MAL DU SIÈCLE.

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