LE R£TO(JA DX OOMBE^T
ger SOT sa tête; chemin faisant, elle mit le doigt sur son front et murmura avec un doux et tranquille sourire.
— Qu'est-ce que Josse est venu faire ici! Il m'a défendue avec colère? il m'aimerait donc encore?
m te 9AL DU SIÈCLl^
IIIUE rUIAItE
kx moment le pins chand da jomr, denx jetinfis pay- «âmes étaient occupées daas la vallée, an pied dn WoUbof y à arracher les manyaises herbes d'un champ de carottes t. Le silence le pins profond r^;nait antoor d'elles; pas le moindre vent n'agitait le feuillage» pas une seule Toixde la nature ne se laisait entendre; les oiseaux eux-mêmes s'étaient cachés sous l'omhre la plus épaisse des arbres.
Sous les feux ardents du soleil, les deux jeunes filles rampaient à genoux, arrachant, sans relâche, les herbes parasites d'entre les jeunes carottes, jusqu'à ce qu'elles eussent atteint l'autre côté du champ. Alors, elles allaient s'asseoir à l'ombre des peupliers, essuyaient la sueur de leur visage, prenaient haleine un instant et reprenaient leur travail dès que le repos avait rafraîchi leu( tête et calmé les battements accélérés de leur^œur.
I. En Flandre, Topération du sarclage ne se borne pas aux jardins potagers, mais s'étend à toote la grande cnltore y compris les cé« rMes.
lOTLLI rLàMàllO.I. m
ChaqciB fois ^'ainsl rafraîchies, et, atec coi nmteaa oogi^e, elles commençaient un nouveau sillon dans le champ, elles échangeaient quelques paroles en tra« Taillant et poursuivaient l'entretien qu'auparavant la btigue et la chaleur les avait forcées d'interrompre.
— Ainsi, Barbe, tu vas te marier avec François Eenkelaer de Swaveghem ? delnanda cette fois la plus âgée des deux. Est-ce décidé pour de bon?
' — C'est après-demain dimanche, répondit l'autoe d*un ton triste , et je dois aller ce jour*là chez mon oncle pour dire oui .ou non. Il ne veut me donner de plus long délai.
— Et tu diras sans doute oui ?
— n le faut bien, Tiine, sans cela mon oncle se âcherait contre moi; car, si je ne me marie pas tout de suite, la belle petite ferme derrière Snocke nous échappe, et nous ne retrouverons jamais une pareille occasion.
— Tu semblés triste de cela. Barbe? Si j'étais à ta place i François Eenkelaer est un solide et alerte gaillard qui a de bons bras au corps. Tu seras heureuse avec lui.
— Je crois que non, dit la jeune fille en soupirant et en secouant mélancoliquement la tête.
-* Mais que te faudrait-il donc?
ir: Personne ne s'est Eut soi:méme,;Trine; j'ai tort»
ijCMqw nous «moM w goô M. Daniel aUaU W9fi^ mr au WolfluxT, moa onde m'a moùée v<àt la petita U^iniB qu'il dsYait louer pout me mettra eu mén^iBe, l'y suiareatée presque tout un jour, et ai mangé et bu ayeo eegeDs. Quel beau rêve c'était, Trinai Je me voyais mùVxDÔma à la table comme fermière; en taee de moi était Josse qui me remerciait» avec un ^ux sourire, de flum bon oafé; je voyais Joese occupé dana le jardin à acmugar les carrés de légumes pour notre {a^ovîBion^ JUrnaka ohampa^ j'étendais sa voix qui liisait tourner le cheval au bout du sillon ; dans Técurie, je rentendaif , chanter de bonheur et de contentement; sous }a diemil)ée, JQ le voyais assisi la pipe à la bouche, tandis qjxe ji9 filais près de la lampe du soir... Ah I Trine» de quelr ^ue côté que ja me tournasse ce jour4&^ à )a feimai <f était toujomra Josse qui était devant mes yeux;atje disposais si bien mon ménage dans ma tête que c'était d^A^omme si j'avais été mariée depuis longten^. Je n'ose presque pas le dire tant c'est innocent^ mais, pense un peu : j'avais» dans ma simplicité^ déjà fixé la place où le berceau serait pour mettre lea enfants hors, du apurant d'air de la porte et de la fenétpQ, et je voyais Josse qui tirait & la corde du berceau et endormait l'eii* faut par ses chants, comme un brava et bon pèr^M.. , Barbe ayait parlé ainsi d'aboxd avec un p^Q^^ sgn*
Sf^ ciHapagoe dut en être frappée » car ce oi^fot qu'au iQut d'un Inatant de ^ImoB qu'eUa dit :
— Eh bien » Barbe, tu auras tout cela aowi bien avec Fcan^oîs Keokelaer ga'ayec Joase.
wNoQiAoni répondit l'autre; François Kenkelaev eituBlioiuiéte et bon garçon, jeFavoue, maiajen'ai ^BEmsi smigé à lui. Si je vais maintenant babiter aveo 1^ la petite ferme, je n'aurai peutrétre pas assass de force mf mennéma pour oublier tout de suite comment j'avais arrangé là mon ménage, et il est bien possible gwri^pabte de losae apparaisse parfois au coin de la ebeminée^
<— Hais avec le temps, Barbe^.
— Oui, avec le temps, Trine, cela se pass^^a ; et puis je m Worcerai de chasser ce souvenir de mon esprit. n me semble que je commence à sentir plus de penchant pour François ; sa bcmté et son esprit droit m'inspîreAt de la reconnaissance et de Testimej mais ce ne l^?a jamais la même chose, Trine.
ff^ Tu es une singulière fille 1 remarqua Tautre. Gom« ment peus-tu t'obstiner ainsi à penser à Jossef II se moque de ton affection : il va et vient dans ce pays et quitte pour la seconde fois le Wulfhof sans s'enquérir de toi. Avec cela il est devenu un mauvais sujet; il jure, il boiti et il croit qu'il estbien au-dessus des paysann^
parce gii'il a un ruban d'or à son chapeau. Xe parié que s'il revenait encore et qu'il te dit une bonne parole tu serais assez innocente pour repousser François et accepter Josse.
— Tu te trompes en cela, dit Barbe d'un ton décidé. Depuis quelque temps j'ai bienréfléchi à ma situation et j'ai vu qu'avec Josse tel qu'il est devenu, je ne puis plus être heureuse. Ce n'est pas Tespoir qui me &it encore penser à lui ; c'est le chagrin et le dépit que la belle vie que j'avais rêvée soit pour toujours devenue im« possible.
«- Allons, allons, épouse François Eenbelaer ; cela Vira mieux qu'avec ce vaurien de Josse qui, entre nous soit dit, n'est ni beau ni malin.
Un profond soupir fut la réponse de Barbe.
£lles étaient arrivées à l'autre côté du champ et s'assirent silencieusement au bord du chemin qui se dirige de Heestert vers Avelghem.
 peine étaient-elles là depuis un instant, que l'attention de Trine fut éveillée par l'apparition d'un homme à l'extrémité lointaine du chemin. Elle ne pouvait le i^econnattre, car il était au fond de la vallée et encore très-éloigné. Comme il avait une blouse bleue et une casquette sur la tête, Trine crut que c'était un ouvrier du Wuifhof, et elle s'efforça de deviner qui ce pouvait être; mais, le bâton à la main et les signes
IDYLLE FLAMANDS. Mi
d'extrême fotigoe que trahissait sa marcbei loi firent abandonner cette opinion.
— > Vois donc, Barbe» dit-elle, si tu peux reconnaître qui Tient là-bas vers le Wullhof ; je croyais d'abord que c'était Thomas, notre garçon d'écurie« |
— Ce sera le marchand de bétes qu'on attend au Wulfhof pour lui montrer notre bœuf gras, murmura Barbe avec indifférence.
— Hais vois donc comme cet homme doit être fatigué; il laisse pencher la tête sur la poitrine et traîne les jambes avec peine. £st*ce un temps aussi pow voyager sous un çoleil aussi brûlant? La graisse en fondrait sur le corps!
— Allons ! ne perdons pas notre temps, Trine, dit la jeune fille en se levant. Tu sais que l'intendant nous a ordonné de nous presser.
— Attends un peu, Barbe. Cet honuae là adesche» veux roux...
— Ou'est-ce que cela feit ?
— Oui, maisce'sont des cheveux roux juste comme ceux de Josse. Tiens, vois, il lève la tête. C'est Josse lui-même i
— Tu te trompes, Trine, tu veuxm'efErayer, balbutia la jeune fille profondément émue.
— * Non, non, je ne me trompe pas, il vient de rebaisser la tête» sans cela tu l'eusses recoxmu également.
4MI Ll MAL DU SIÈCLl.
^ â^JMlStAVé&uliè blouse Uéue? C'est impoli
Hais elle parlait assurëme&t eontse sa propre idée, tvût, tftûdis ^e ses yeux se axaient sur rhomme <iui «pproehaSt, elle se mit à trembto de plus en plus ^ dit enfin : .
' -^ Ah! Trine, «'est Josse, en effet! Viens; alle&s- «étts-en d'ici ; qu'il ne me voie pas.
— Pourquoi? Je suis curieuse de savoir comment 11 «e àiit que losse revienne au Wulfbof avec une «aslipteUe et une blouse de paysan* Quant à toi, Barbai Irïs comme si tu ne t'en souciais plus* Sois indiSir Mn^etft)rle«
Les deux jeunes filles se turent et regardèrent, Tune <4ettii-souriante) Tàutre tk^mblante, Thommô qui ^a- ^%fiBSàit le chemin avec hâte, bien qu'avec une visibie lassitude. Il marchait toujours la tête penchée, et ne JSb deuteil ^rtainement pas qu'on Tôpiait attentivement.
Bientôt il eût passé devant les jeunes fiOes sans les remarquery si Triûe ne lui eût cné i ^ *<^ Eh! Josse, mon garç^m, où vas4u si vite que tu ne connais plus les gens?
■^ — Bâïbe 1 s'écria Josse en pâlissant et en levant les mains au ciel, comme si l'apparition Imprévue de la '^ne fille rMt&a^^é d'éfBtdi et de sçûsissepient.
BajeuBe fifle> muette, le regaida, tajiâîsu{u*il essuyait
J» 800» dû fUa&oat; xùbîb alors elle détotutiales yeux poqr comprimer sou émotiou et chercher de la &rce contre le seatiment gui voulait s'emparer d'elle.
—D'où vieiisptu, pour l'amour de Dieu? demanda Trine en riant. Tu ressembles à un échappé de prison* Tes chayeux sont ep désordre ; il y a un pouce de poussière 9ur tes épaules. Où sont tes hçaux habits et tm chapeau avec un galcm d'or?
^ Âh! ne ta mo^pie pas de moi» Trine ^ je suis si maUiaureuxl dit Josse d'une voix plaintive et en joî* ipiant des mains suppliantes. Tout est perdu ; mes haliits, le peu d'argent que j'avais épargné, et jusqu'à mou linge I Je n'ai plus au monde que ce que j'ai sur le corps, — je suis pauvre et misérable comme un y^:
-— Sst-ce que M. Daniel t'a chassé?
*r- Je n'ai pas picore vu M. Daniel depuis que je suis parti de Paris avec ce vaurien de Gombert pour pren-^ dre le dernier argent au WuUhof. I
— Le dernier argent? Que dis-tu ? D'où viens-tu ? Tu n'es cependant pas tombé du ciel?
«-^ C'est une terrible histoire. Nous devions aller avecPaigent à Paris retrouver M. Daniel; mais le trattro Gombert me fit accroire qu'il devait aUer à Anvers pour faire à la Bourse une affaire d'aigent pour M. DalâeL A Anvers nous restâmes quelques, jours logés dans unjgirapd hOtel. Un certain matin, M, Çk)9^rt; me fit
iOi LE MAL DU SIÈGLK.
habiller à la hâte, me donna nne lettre cachetée et me dit que je*devais immédiatement aller à Bruxelles pour remettre cette lettre à la personne même dont le nom se trouvait écrit dessus* Il saute avec moi dans un omnibus; il prend à la station un billet pour moi Bt reste à regarder jusqu'à ce que le cornet ait fait entendre le signal du départ. J'aurais dû sentir qu'on était en train de me trahir; mais je n'avais pas plus de soupçon qu'un enfant qui vient de naître. A Bruxelles, je cherche pendant toute la journée ; je cours de rue en rue, de montagne en montagne; je montre la lettre à cinquante personnes ; on n'a jamais entendu parler de l'individu à qui la lettre est adressée. Je reviens à Anvers; j'arrive à l'hôtel, et pensez im peu combien je fus déconcerté et effrayé. On me dit que M. (îombert était parti le même jour avec le bateau à vapeur anglais pour Londres.
—Avec l'argent de M. Daniel? dit Trine étonnée en l'interrompant.
— Oui^ avec tout l'argent, dit douloureusement Josse en soupirant, avec les malles, avec mon linge et avec le peu d'argent que j'avais épargné à si grand'peine.
Barbe avait relevé les yeux sur Josse et écoutait avec jone pitié cachée ce qu'il disait,
— Je crus mourir de chagrin, repritil ; je m'arrachai les cheveux et me plcâgm» ^ Dieu de m» stupidité, m|is
IDTLLK FLAMAND!. S3
mes laiôîes ne seraient de zien« A peine TonliitFon m*héberger encore une nuit dans Fhôtel par axtnpas» sfanu Le lendemain je courais la ville comme un fou* Qn'allais-je fuie ? J'avais vu à Bruxelles un grand nom« Ixre de laquais gui étaient vêtus comme moi» et je crus que je pourrais peuVâtre y trouver une place. Dans cette pensée, je repartis vers le soir pour Bruxelles, Je m'offiit dans vingt grandes maisons au moins« Partout je fus refusé* Le peu d'argent que j'avais était dépensé ; j'ai vendu mon chapeau et mon habit de livrée pour ne pas mourir de faim. Je suis venu à pied de Bruxelles par Ninove et ÂndenaerdeSi presque sans manger ni me reposer; et me voici fatigué, malheureux et si désespéré, que je voudrais être mort.
Barhe tourna la tête de côté^ pour essuyer une larme de ses yeux.
— Mais quelles sottises sont-ce là? murmura Trine. Pourquoi partir pour Bruxelles, pour y chercher une place ? Ta place est à Paris près de M. Daniel.
~ Oui I oui ! répondit Josse, avec une triste ironie : H. Daniel n'a plus besota de domestiques. Il est encore plus pauvre que moi; car il ne possède plus un centime et a de plus des dettes.
— Bah ! je crois que tu rêves. Et le WuUhof?
— Chaîné de rentes pour plus que sa valeur, lo WuUhof n'appartient plus à M. Daniel.
daeeQiietadift?
— IL fiombert m'a tonl ^li^aé, pendant notii «èjour à Anvdnu Je wnis déji depuia Ux^jbms^çpf^ iMafiBurai de n(rtre jeima mettre étaiefil eii maairai» élal; car, dépenser comme oda Teiflent d ifieiB» mams, cela ne pondait pas doier.
n régna un instant de silmice.
JoBse s^ajqarocha [timidemiwt de Baribe et loi dit du ton d'un pénible repentir ;
«^ Tu ne yeux plus me regarder. Barbe. Obi to. as Men des raisons de me mépriser* J'ai emeUemœt egi vis-à-vis de toi ; j'ai récompoisô ton pur amour peat la moquerie et ^impudence. Lâche imbécile que j'étais t Pour singer le mauvais Gombert, j'ai, par orgueil^ feîiU que je ne t'aimais plus. . . Et cependant tu élais toujours, toujours devant mes yeux : ne sois pas lâchée, Barbe; je ne dis pas cela dans Tespoir que tu puisses me pardonner encore. J'ai mérité mon sort et tu aurais grand tort si tu ne me haïssais, et ne me méprisais pas toute la vie,
La jeune allé était à demi tournée vers Josse, et cachait ainsi les larmes gui ime à une coulaient 4b ses yeux. Elle était profondément émue et luttait avec effort contre le sentiment d'amour qui la poussait i tout pardonner au malheureux Josse,
«• lhi8> âja dcne, qiie Ta»*tu faire t âamaada Trioe,* Ta ne peux rester au Wulfhof . Depuis te sou? oà tu Vy es enivré, Tiniendant est ir^tàché (xmtra toi. U te fihasseia.
' «— Je le saislïien, répondit Josse. Si je mus Tenu a^i Wullhof, c'eBt umquement pour fidre connaitro à l'ii^i* tendant que Grombert s'est enfui en Angleterre^ arec l'aigwt. M. Daniel attend sans doute aoa ami arec chagrin et inquiétude ; l'intendant décidera ce qui doit être lait pcHir &iie savoir cela à notre maître, et luLenvoyer du secours si c'est possible. Dos que j'aor^d jtsBipli ce dernier devoir^ je pars d'ici pour ne plus jamais 7 revenir.
n se dirigea de nouveau vers la jeune fille, et lui dit| d'une voix altérée :
«^ Adieu, Barl)e; je vais me faire soldat pour me punir du mal que je t'ai fait. 0 mon Dieu, quand je serai en sentinelle, je te verrai toujours flotter devant mes yeux, et je n'aur^â plua de repos en ce monde. Oublie le méchant lourdaud qui a méconnu ton amour^ mais songe parfois au pauvre soldat dans tes prières»
n se mit les mains devant les yeux, laissa pencher la jiéte sur sa poitrine et s'éloigna à pas lents.
Barbe resta encore quelque temps irrésolue et im^ mobile \ comme si tout à coup elle avait succombé dans la lutte co^tre sou sentiment| elle s'élança du bord du
M8 U MAL OQ SIJJkGI.B.
champ dans le chemin, et s'écria d'un ton douloureux en courant après lui : I -— Josse 1 JoBsel arrête !
n parut ne pas l'entendre et accéléra encore son pas. Cependant la jeune fille Teut bientôt rejoint. Elle marche à côté de lui, comprima ses larn^es, et demanda :
— Tu vas être soldat, dis-tu, Josse?
— Oui, oui, difril en sanglotant, soldat pour ma vie ! Je serai malheureux ; mais je Tai mérité.
— Pourquoi désespérer de mon affection, Josse? Si je te pardoimais tout, ne resterais-tu pas?
— Ah! tais-toi. Barbe; tu es la bonté même, je le sais.bien ; et peut-être serais-tu encore assez miséricordieuse pour vouloir me consoler ; mais je dois être puni, je dois souf&ir pour mon crime. Laisse-moi aller ; abandonne-moi à mon sort ; je ne suis pas digne que tu me parles encore.
— Josse, demanda la jeune fille d'une voix presque inintelligible, n'as-tu pas, au milieu de tes moqueries et malgré ta feinte froideur, continué d'aimer un peu Barbe?
— Cette question me perce le cœur comme un couteau, dit Josse avec désespoir. Quel sot orgueil m'avait aveuglé? Chaque fois que je te voyais, mon cœur commençait à battre ; si j'étais seul avec mes chevaux, je te voyais devant moi j^la nuit je me réveillais eii sursaut,
IDTLLB fl. AMANDE. t»
patce ^e je [pensais goe ta m'appelais par mm ziom. Ohl c'est inconcevable! Pour paraître grand et tot, pour imiter^ comme un singe que j'étais, le moqueur 6omI)ert, je feignais de Taversion et de Tinsensibilité ! Si je n'yrenonçais pas pour le salutde mon âme, j'irais là bas, derrière la chapelle, me noyer dans le marais. Barbe saisit sa main, et dit avec une douceur indicible dans la voix :
— Josse, si je voulais oublier quel chagrin j'ai souf* fert par toi; si je t'aimais encore comme autrefois et si nous remplissions la promesse que nous nous sommes faite avant ton départ pour Paris, serais-tu plus brave, plus travailleur et plus craignant Dieu? Travailleraistu? remplirais-tu tes devoirs comme il convient & un «âge père de fiimille? ne jureras-tu plus? ne boiras-tu plus? me respecteras-tu et m'aîmeras-tu?
r? Oh I Seigneur I Seigneur! s'écria Josse les laimes aux yeux, je succombe presque en entendant seulement ta douce voix. Si je ne devais pas conunettre un nouveau crime pour accepter ton généreux pardon, si le bonheur était encore possible j^ur moi, je travaillerais à m'user les doigts ; je regarderais tes yeux pour deviner tes moindres vœux; je te respecterais conmie mon ange gardien... mais cela ne peut être. Laisse-moi aller. Barbe, je suis un scélérat, un lâche.
— Reste et écoute-mgi, dit Barbe, % le retgiigntpc^
m u ukh m suteiiA
lA mataû Lft petite fenna demèr» E»d9lMf «es» Ifbi:^ duifi un moip. G^est une jolie Aemim^ ^vfic tout^f sortes d^attirailB de labour el cinq Joieonier^ 4^ iKWîQ» terres fertiles; et airoe cala, uu fenQS^e aiui«4 bou marché pour se tirer d'afEaire tout douoemept. Mou oncle est tellement convaincu gu'uoe pareiUe occar sion ne se présentera pas deux fois, qu'il a irrévocablement résolu de me faire fermière de la petite fermer»! et il veut pour cela me marier avec François j^eiij^elaer, deSwevegbem.
*« U veut te marier > répéta Josse en faisa^ide dou» loureuses contorsions, avec François £en](elaer?
fia tête tomba sur sa poitrine, taudis qm% poussait «m soupir etmurmurait avec découragement ;
— Tcm oncle a raison; François est \m bou gfffçm; tu seras heureuse avec lui, Barbe. .•
~ Veux-tu être le fismûer ^ la petite ftrqie, jTosse? demanda la jeune fille.
— Moi, fermier de la petitefèrme ? Si c'était possible, ton oncle ne serait pas aussi généreux gue toi*
— Mon oncle ne me^forcera à rient Jost^- S'U s'e^t aujourd'hui mis en tête que je dois me m9xm i^ep François Eenbelaer, c'est seulement parce que tu m'avais repoussée et étais partL Allons, Josse, que teiit soit oublié; redeviens brave et craignant Bieu couno^ auparavant, ^t remplissons \ prcmesse que aou^ nous
flommes Ikito là bas devant la chapdlle au pted 4e la croix.
Gomme accablé par l'infinie bonté de l'exoellente fille. lesse dememrait muet devant èUe.
• — CHi I Joflse, noufl serons si heureux ! dît Barbe avec joie ; tout ce que nous avons rêvé autrefois sera encore vérité; tu travailleras dans les champs, je soignerai le bétail. Nous sommes forts et bien portant, Dieu bénira notre travail; nous en sortirons tout doucement et •èpaiçnerons pour le temps où le ménage s'augmentera. H 7 aura toujours de la joie ; nous chanterons en travaillant et remercierons le ciel de sa bonté. Âhf il me semble que je te vois déjà après le travail^ assis à côté de moi au coin de la cheminée, avec la pipe à la bouche et aussi content et aussi joyeux qu'un roi dans son palais.. • Voilà ma main, Josse^tout t'est pardonné. Dis oui, et, avant que six semaines se passent, nous serons devantPautel comme mari et femme.
Josse tomba à genoux dans le sable du chemin, et^ tandis qu'un torrent tde larmes inondait ses joues, il levait, muet, les bras vers la jeune fille.
Barbe lui prit les mains et voulut le relever, mais il résista à ses efforts et dit en sanglotant :
•« Oh! laisse-moi te remercier à genoux 1 Barbe^ Barbe, tu serais un ange du ciel que tu ne pourrais pat avoir un meiUear cœur. Je n'ai pas beaucoup d'esprit,
je le tais bien, mais je sens pourtant et comprendsavec clarté que je ne suis pas digne de baiser le sable où ta P as posé ton pied. ^
Elle réussit à le faire lever; il semblait épuisé et ^ resiaitmuet,commesi la force lui manquait pour parler. ^
-* Eh bien» Josse, demanda la jeune fille, es-tu con-'^ «■ tent? Veux-tu être mon mari ? c
— Je serai ton domestique, ton domestique soumis ^a pendant toute ma vie I dit Josse en soupirant. i
— Non, non, mon ami, mon compagnon» mon époux. L Réjouis-toi, Josse; au lieu d'être soldat, tu seras fermier ï et maître de la plus belle petite ferme qu'il y ait à cinq h lieues à la ronde. Et si tu restes travailleur et brave, ts Barbe te respectera et t'aimera comme si jamais il ne ^ s'était rien passé. ;|
~ Ah I si je puis encore faire du bien dans le monde, ia •• et je ressayerai, — puisse le bon Dieu en reporter ig sur toi tous les mérites» Barbe ! c
— Tu parles si tristement , murmura la jeune fille j d'un ton de reproche. Pourquoi ne ris-tu pas? fc
— Cela m'est impossible. Barbe, je dois pleurer, s^ beaucoup pleurer, les larmes m'étouffent, mais c'est .| de reconnaissance, de trop de joie, d^excès de bonheur ! \
— Écoute, Josse, dit la jeune fille : je ne puis rester ^^ plus longtemps ici avec toi, l'ouvrage doit être fait, sans . cela l'intendant gérait fâché. Ce soir, je lui d^mandgri^ ^
IDYLLK FLAMAND!. m
la pëi&isrîon d'aller avec toi à Sweveglieai* Il ne mo le refusera pas. Dexnam, de très-bonne hente , nous serons chez mon oncle et lui demanderons son con« sentement Ne crains rien, je suis sûre d'avance de œ consentement. Allons, donne-moi la main, Josse, et sois courageux et tranquille jusqu'à ce que je vienne m Wulfbof.  quatre heures nous aurons fini ici. A tout à l'heure, Josse, à tout à l'heure !
— Que Dieu te bénisse, murmura Josse, tandis que Barbe retournait à pas lents vers le champ de carottes.
Trine était restée assise au bord du chemin à regarder sa compagûe et Josse.
— Tu es restée bien longtemps là bas, Barbe, dit* elle. Je le comprends, un étemel adieu, n'est-ce pas? Cet imbécile ne mérite pas grande pitié, mais cependant son malheur me fait peine. Devenir soldat pour là vie ! mais tu semblés toute joyeuse?
— Josse ne sera pas soldat, répondit Barbe avec un sourire de bonheur.
— Ah ! tu lui as mis cette idéô hors de la tête.
^- Il sera mon mari, et, dans deux mois, le fermier de la belle petite ferme derrière Enockel s'écria la jeune fille.
— Et François Kenkelaerî
— Gela me fait peine, je lui suis reconnaissante, mais il n'habitera pas la petite ferme.
974 LE Mht DU (SIÂCELB.
— Tu vas te marier avec Josse? avec unstupîde bavard qui jure et qui boit ?
— À tout péché miséricorde , Trine ; tu lie comiaîs pas Josse ; au fond, c*est un brave et bon garçon. Viens un peu voir dans deux ans s'il ne sait pas cultiver comme le meilleur fermier... CoËitinuons vite notre travail ; et regagnons le temps perdu\Tout en travaillant nous pourrous encore parler un peu de ces étranges événements.
—Attends un peu, ditTrine en retenant sa compagne. Vois un peu lâ-bas I Josse est encore dans le chemin ; madame de Berg et mademoiselle Céleste parlent avec, lui
^ — Il leur raconte sans doute comment M. Gombert s^est enfui en Angleterre avec l'argent de notre maître.
— Je crois plutôt qu'il est à se vanter parce quHl va se marier.
^*- Tant mieux ; c*est un signe qu'il est content.
— Fais attention, Barbe, ne te semble-t-il pas que madame de Berg est fâchée? elle remue si fortement les bras I si je ne me trompe, elle piétine dans le sable à faire voler la poussière autour d'elle.
— En effet, Trine, elle paraît fâchée. Oui est-ce qui. peut rémouvoir ainsi ?
Elles restèrent longtemps, muettes et surprises/ à épier tes gestes de madame de Berg. .^
I9TLLB FLAllAliDS. i}«
— Vois, vois, murmura Trine, mademoiselle Céleste porte un mouchoir blanc à ses yeux t Pleurerait«lle ?
— Oui, elle pleure I
—Madame de Berg savait^elle que notre jeune maître a dépensé tout son argent , et que le Wulfhof ne lui appartient plus ?
— Non, elle ne savait rien, Trine, sans cela la vieille servante m'en eût dit quelque chose.
— Oh 1 ce stupide Josse I je parie qu'il est èû tràîû Ae leur raconter ces belles choses tout au long... Vois, lûadame de Berg prend mademoiselle Céleste par le bras et Tentrâlne dans le sentier. Josse continue son chemin.
— Allons ne përdoûô plus tm instant, k l^ôuwage,; et Vite, dit Barbe.
Toutes deux S'agenouillèrent au milieu dôâ cai:otteâ et commencèrent un nouveau sillon.
m i-l Màt DU SIÈGIB»
DEUX DÉVOUEMEin
Barbe et Trine, après le départ de Josse, avaient poursuivi leur travail avec tant de zèle, qu'elles avaient atteint là fin du champ peu après trois heures, et s'en retournèrent , le cœur joyeux et avec une vive impatience, au Wulfhof.
Lorsqu'elles approchèrent de la porte et purent voir dans la cour. Barbe arrêta sa compagne et lui montra avec un sourire muet, une chose dont la vue semblait la remplir d^une joie extraordinaire.
La cour était déserte , car les domestiques et les ouvriers étaient aux travaux des champs. On ne pouvait 7 voir personne en ce moment, si ce n'est un homme fortement musclé, aux cheveux roux, qui était occupé à vider Técurie des chevaux et à mettre en tas la litière fumante, tl avait retroussé les manches de sa blouse et travaillÂit avec une joyeuse activité : la sueur perlait sur son/front et il haletait de fatigue ; noais cependant un nurire de satisfaction brillait sur son
DtIJX OiVOlJtlItNTS. m
fîBtgé, et, pu moments, û fiasait entendre quelques mesnies d'mijoyenxair.
j «— Eh bien, qa'en dis*taT dit Barbe d^on ton de triomphe, Josse n'est pas encore manchot.
— Non, en eflTet, répondit Trîne, mais que pent-^ll avoir? il agite et enfonce sa fourche comme un fou. On dirait qu'il veut se battre avec le famier.
— Ne vois*tu pas que c'est de joie, Trine? le pauvre garçon est si heureux qu'il ne se contient plus. Ah ! sois sûre que Josse sera un mari laborieux et que je n'aurai pas à me plaindre de lui avoir pardozmé au lieu de le laisser partir pour se. faire soldat.
^L'intendant lui aura peut-être donné une tâche? Gela m'étonne de le voir si gaiement et si tranquillement à l'œuvre au Wulfhof ; Barbe, nous lui demanderons en passant comment l'intendant l'a reçu.
Elles franchirent la porte et entrèrent dans la cour. losse était tellement absorbé dans son travail, ou dans ses pensées, qu'il ne remarqua pas l'arrivée des jeunes filles avant qu'elles fussent près de lui et s'écriassent en même temps :
««^ Ah 1 le vaillant ouvrier 1 Bravo ! Josse, bravo !
Josse tressaillit et ses joues et son front devinrent encore plus rouges. Il fixa des yeux pleins de reconnaissance sur la jeune fille et dit :
— Barbe, Barbe, je ne sais pas ce que ta bonté m'a
Xm U Mil. 1>V SIÈGLS.
Ssàki mto il imsaoïMe que jQ poiin»iBli!wafller wiaM tout un mois sans me reposer; mes hris mé seaiUent de fer ou d'acier» Que sera-ce dono quand je Verserai ma sueur pour loi ? Yoie-tu» chère BarbOi tu me croîratf 4U aon, mais je suis Bi heureux que je me mettrai» à isxi^v si j'cMBois. Pourvu que je ne perde pas la t^ I
Barbe sentit des larmes couler de ses yeux en enten* daat cette expression de la reconnaissance de Josse levers elle. Mais ses dernières paroles l'Inquiétèrent, cependant comme si elle n'avait pas eu grande foi dans la soliiUté de sa raison*
— Il faut être caln^e, JoseOi dit-^le d'union de re» inontrance. Un homme doit pouvoir supporter le hon* heur comme le chagrin*
. — Âh ! Barbe^ s'écria-t-il, je disais cela pour rire. Qom j'aie ët^ un imbécile, et que je le resterai peut-être, jd ne le conteste pas; mais sois sûre que ta bonté itt'a ouvert l'esprit, du moins pour me laire pânétcer (ouf. ce que je dois faire pour pouvoir te montrer mon affee<tion. Que la miséricorde de Dieu me laisse eettlwi^t la santé, et tu verras ! j
'— Ge qu'il dit là n'est pas si sot, murmura ïrine surprise à Torëlle de sa compagne. Je commeneei croii^» Barbe, qu'il y a encore beaucoup de bon en lui^
Barbe était émue et ne parlait pas; niais e^n Xi^tfUA* était attaché sur Josse avec eatisfactioQ.
-->* lbi9 flis-nons donc, demanda Trine, comment Tîntendant t'a reçu? comment S0 feit-U que tu sois déjà & roavrage» comme si tu n'avais jamais quitté leWulfhof.
! *— L'intendant m'a d'abord reçu trës*froidemeut j c'était à prévoir, répondit Josse; mais, peu à peu, il est devenu moins sévère, il a été, en dernier lieu, si bienveillant que j'en ai eu les larmes aux yeux.. J'ai tous les bonheurs aujourd'hui.
— Et qu'a-t-il dit lorsque tu lui as raconté la fuite de V. Grombert en Angleterre ? il asans douteété trèsHsaisi?
— Non, Trine ; il a fait un signe de t^te, comm^ si l'affaire ne l'étonnait pas du tout.
— Et que le Wulfhof n'appartenait plus à JI* Daniel î A-t-il pris cela aussi de sang froid?
— Je n'avais pas à lui dire cela ; il le sait mi^ux qoqf personne... Mais Trine, et toi Barbe, ne parliez, pou^ l'amour de Dieu, de cela à Ame qui vive* L'intendant m'a instamment prié de garder le secret de ce que /en sais,
— Oui, et je parie, Josse, 4iue tu as raconté touti cet après-»midi, à madame de Berg et A mademoiselle Céleste.
— C'est vrai, dit Josse en soupirant» c'était une terrible sottisQ de nia part; mais je ne wraifl pas mal faire.
W LB MAL DU SliCLB.
— L'intendant est-il au WuUhof ? demanda Barbe. I —Non, il est sorti.
' — Il est allé chez mademoiselle Céleste, sans doute. Oh ! JossOj il apprendra que tu as trop parlé ! Il faut être plas prudent, Josse.
— Oui, oui, je le sais bien. Par exemple, je pourrais TOUS dire ce que je pense des intentions de l'intendant; mais ferai-je bien ou mal ?
— ' Crois-tu que nous ne savons pas nous taire, murmura Trine.
— Tu peux bien le dire à nous, ajouta Barbe, et puis ce ne sont que des idëes> n'est-ce pas?
Josse s'approcha plus près des deux jeunes filles et dit d'une voix contenue :
— Voyez-vous, l'intendant s'est montré calme et sans inquiétude vis-à-vis de moi, mais ce n^était qu'un appa-^ rence. Je remarquai bien qu'intérieurement il devait être vivementému.n me demanda des renseignements si précis sur la rue et la maison où demeure M. Daniel à Paris; il m'a ordonné de donner l'avoine au cheval gris... Que croyez-vous que cela signifie?
Les deux jeimes filles regardaient bouche béante.
— Cela signifie, dit Josse, qu'il veut aller dès aujourd'hui à Cour trai avec le cheval gris, et qu'il a l'intention d'aller chercher notre jeune maître à Paris.
— Maislechevalgrisestencoredansrécurie^ditTrine.
DEUX D&YOUBMSIfTS. WU
— L'intendant a couru en toute hâte là derrière, par le chemin qui conduit au viUaget J'osef aÎ3 parier qu'il est allé parler au notaire.
— Pourquoi au notaire ?
— Ne comprends-tu pas, Trine, poiur prendre de l'argent pour M. Daniel. Il a bien raison^ car il y a encore là-has plus d'un gros compte à payer.
— Mais, Josse, n'as-tu pas dit à M. Willibald un petit mot sur notre intention d'aller demain matinà Sweveghem, chez mon oncle ? demanda le jeune fille.
— Je lui ai tout dit, Barbe, et lui ai fait entendre que désormais je voulais vivre comme un simple enfant de paysan, travailler, et me bien conduire, afin de pouvoir me montrer reconnaissant envers toi de ton affection. Il m'a félicité et m'a permis de rester au Wulfhof comme ouvrier, jusqu'au jour de notre mariage. L'intendant est aussi im ange de bonté. Si tu savais, Barbe, avec quel respect et quelle estime il parle de toil
— Et pouvons-nous aller demain à Sv^eveghem?
— M. Willibald nous laisse pleine liberté, et il a dit que s'il pouvait nous rendre quelque service, il nous aiderait toujours avec joie par des actes et par des conseils.
— Oh I le bon, le brave homme 1 dit Barbe touchée. Nous prierons ensemble pour lui, n'est-ce pas ?
sas LS UAL DU SIÈCLE.
I * Au lieu de répondre, Xosse prît sa fourche, continua son travail, et murmura effrayé :
^ Laisse-moi seul , Barl)e I L'intendant est derrière toil
Les jeimes filles surprises voulurent s'éloigner/ mais if. Willibald leur fit signe de la main de rester, et consultant sa montre, il dit à Josse :
— Dans trois quarts d'heure, la voiture avec le cheval gris doivent être prêts. Tu me conduiras à Courtraî.
Et se tournant vers Trine, il lui dit rapidement :
— Va au champ, derrière la chapelle, et dis au contremaître de venir au Wulfhof, j'ai besoin de lui parler.
— Barbe , dît-il, tandis que Trine s'éloignait déjà^ j'ai une prière à te faire, mon enfant. T\ est probable que je serai absent trois au quatre jours et peut-être plus. Je puis me fier sur toi, n*est-ce paL et être sûr
'que tu surveilleras et soigneras bien le bétail.
— Ah I monsieur l'intendant, s'écria Barbe avec une sorte de fierté blessée, que me demandez-vous! J'aime-
. rais mieux souffrir la faim et le besoin plutôt que de laisser manquer de quelque chose ces pauvres bêtes.
— Je le sais, Barbe, mais lorsque le contre-maître est aux champs avec les travailleurs, tu dois surveiller, toi, les autres domestiques, et dire de temps en temps une bonne parole pour que chacun fasse loyalement
«a })ô0()g»«« De toi, oo r^ttout avêo aiMur. Ti^vm te marier, Barbe? Jossa me Ta dH* G'e9t une gipilasov ]£.WuUhof i «a» craune j'ai dea rawas de cçcâregue tu seras heureuse. . •
-^Abl e'est votrt opinion ^ monsieiir WUUbald? s'écria la jeune fille joyeuse.
-^ Oui, mon eQ£ant. Josse e&| encore simple de cçbw, et le bienfait que tu lui doimesf lui inspirera ass^^ ^ reconnaissance et de respect pour toi ^ pour lui faire suivre en tout ton conseiU Tu as ramené dans la hoji chemin une brebis égarée. Dieu t'en réccmpenfiasa* Ainsi, Barbe, tu tiendras Tceil à l'ouvrage, a'éstrQe pas?
. — Ah t monsieur Willibald , s'écria la jeune filjf ».|i Je pouvais me couper &a quatre pour voua plaira, je n'hésiterais pas un instant
L'intendant s'éloigna en sourianl et rentra dana la maison.
Arrivé dans sa chambre, il alla droit à unal^ute armoire et en tira une malle de cuir qu'il posa 0ur une table et qu'il remplit de linge et de petits objets d'har blllement, comme un homme qui se prépare à unions voyage.
Quand il parut avoir fini cette besogne, il porta le doigt à son front pour réfléchir s'il n'avait rien oublia. Il tira un portefauille de sa |K>Qhe, compta fu^i)$j£i
UUets de banque qui y étalent renferméSi et les déposa dans le double fond de la malle.
Puis il s'assit sur une chaise, contempla un instant le paquet, et munnura en lui-même :
— Cinq mille francs 1 Ce serait-il bien suffisant? Josse ne croit pas qu'il y a de grosses dettes à payer. Si Daniel refusait de me suivre, ou s'il ne le pouvait avant d'avoir tout payé à Paris! Quelle pensée! J'ai là encore les diamants de ma sœur; ils peuvent bien valoir dix à douze nulle francs. Sacrifier ce cher souvenir? Le seul souvenir visible qui me reste d'elle! A quelle plus belle fin puis-je l'employer qu'à un bienfait? Ahlisi les joyaux qui lui ont appartenu pouvaient contribuer à sauver de la ruine un pauvre jeune homme, ma sœur ne s'en réjouirait-elle pas dans le ciel? Qu'est-ce qu'un souvenir matériel en comparaison avec l'&me, le bonheur et la joie de la vie d'un homme 1 Le père de Daniel a-t-il hésité dans ses sacrifices pour me tirer de rabime du désespoir?
n alla au secrétaire, ouvrit un tiroir, y prit ime boite en cuir , la mit dans la malle , avec les billets de banque, puis la ferma, mit la clef dans sa poche, consulta sa montre et se rassit sur la chaise. Il resta pendant quelque temps absorbé dans de profondes réflexions, et hochait, par moments, la tête avec décourag^odent* Bientôt, cependant^ il sembla vaincre sa
DWl DÉYOUIMBNTS. S»
(tristesse etdit avec un sourire tranquille sur les lèvres :
— Mais pourquoi prêter l'oreille à des pensées si inquiétantes? Si Gom])ert a fui avec l'argent, ne dois-ja pas considérer cela plutôt comme une grâce du Seigneur, comme un bonheur? Eût-il mieux valu qu'ils dissipassent cet argent à Paris? L'instant longtemps désiré est arrivé : Daniel est délivré du mauvais génie qui le dominait et étoufFait tous ses bons instincts; maintenant il écoutera le conseil, la prière du vieil ami de son père. H reviendra au Wul&of ; il retrouvera peu à peu la paix de Tâme, son sentiment inné de confiance se développera de nouveau sous. Tinfluence d'une nature calme, et peut-être lô bel avenir que j'ai rêvé pour lui se réalisera-t-il encore complètement. Pauvre Céleste, pure image de la bonté et de Tamourl Si le cœur de Daniel était vraiment refroidi, si la via de Paris avait laissé dans son cœur des racines indestructibles d'incrédulité et de doute? Âh! alors je ne pourrais sans crime, attacher un ange à une âme flétrie. Encore cette triste crainte! Mais je ne me suis pas trompé; le cœur de Daniel est encore bon, et toutes ses souffrances, sa maladie, son égarement, ne sont riœ autre qu'une pénible lutte contre le mal qui l'effraye.
Malgré ces paroles encourageantes que l'intendant s'adressait pour chasser les pensées qui le tourmœtalent, il semblait de plus en plus succomber à la tris-
fê Lfi HAL DU S1ÈGI«I..
tesâë.' i^tto qu'il eut, pendant quolquee Imtaata» peur* •uivi sa méditatiou^ uu frissou le prit et ce fut ayec anxiété qu'il murmura :
' ~ Pauvre Daniel I il attend àParis l'argent gui doit peut-être le préserver d'amëres humiliations i il attend l'ami auquel il avait accordé sa confiance. S'il ai^renait à l'improviste que l'argent est perdu, que son Sam ami a été assez cruel et assez perfide pour lui voler ses dernières ressources? Ohl qui sait à quoi le désespoir pQurrait porter l'infortuné? Mais comment pourrait-i} rapprendre? Non, non, j'arriverai encore à temps à Paris pourl^ protéger contre ce coup fatal,.»
On frappa à la porte et une voix de femme cria à^ dehors:
•«» Monsieur l'intendant, 4tes*vous là?
•-• Entre, Barbe, répondit le vieillard. ^ La jeune fille ouvrit la porte et présenta à l'intendant un paquet soigneusement fermé par trois ou quatre cachets.
«— La suivante de mademoiselle Céleste a apporté ee paquet^ dit-elle. Mademoiselle lui a ordonné de le re^ inettre immédiatement entre vos mains. Thérèse attend ep bas l'assurance que je vous l'ai dx>imé moi-^méme.
L'intendant parut extrêmement surpris de ce mess»ee, tourna et Retourna quelquefois le paquet k>us flesyeux» • y
DBUX DÈVOUBMENTS. S87
, -*• C'est bien, Barbe, rèpondit-îl. Dis au maître domestique que je l'attends dans la cour, je vais à llnstant descendre.
Dès que la jeune fille eut quitté la chambre, Tintendant ouvrit le paquet et y trouva, à son grand étonnement, toute une liasse de titres d'emprunts de TÉtat et de rentes avec quelques billets de banque d'une haute valeur. Par un coup d'œîl il put juger que le paquet contenait une somme considérable. Il remarqua en même temps qu'une lettre y était jointe.
Tremblant d'émotion, il ouvrit cette lettre qui devait lui donner le mot de Tènigme de ce surprenant envoi. Ily tmt un instant les yeux fixés sans parler; mais, bientôt il se frotta le front et les yeux comme un homme dont la vue est troublée et qui ne peut croire à ce qu'il voit.
' — De Céleste ! eist-ce bien possible? s'écria-t-il. Ces taches! la trace de ses larmes I non, non, ce n'est pas une illusion.
£t portant de nouveau la lettre sous son regard, il lut à haute voix pour se convaincre qu'il n*était pas le jouet d'un rêve :
iMonbonWtUibald,
- 1^ îosse m'a révélé un douloureux secret. Depuis lors ïéôû Cûiursaigne de compassion et mes larmes coulent