LES SPHINX DE MARLY <( L'AFFAIRE DE LA TOSCA
M. Ernest Daudet a communiqué à notre confrère Aderer, du Temps^ la lettre suivante :
Paris, 14 septembre.
Mon cher Sardou,
Les journaux ont annoncé que la pièce que vous venez d'écrire pour le théâtre de la Porte-Saint-Martin se passe à Rome, le lendemain de la bataille de Marengo, et qu^elle a pour principale héroïne une chanteuse : la Tosca. Je crois devoir vous faire connaître que j'ai écrit, voici quatre ans, en collaboration avec mon ami Gilbert-Augustin Thierry un grand drame qui se passe à Paris, le lendemain de la bataille de Marengo et qui a
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pour principale héroïne une chanteuse : la ■Saint- Aubin.
No3 études antérieures sur l'émigration, le consulat et l'empire, nous avaient suggéré ridée de mettre au tbé&lre une des conspirations royalistes de cette époque, toutes si tragiques dans leur conception, leurs péripéties et leurs effets. Nous avions choisi l'une des moins connues, celle qui allait livrer Paris à quelques centaines de chouans quand la victoire de Marengo la fit brusquement avorter. Autour de cette action, nous avions reconstitué, sous des noms d'emprunt, les physionomies de la Saint-Huberti, de Hoche etdeCadoudal.
Vous savez, mon cher Sardou, en quelle défiance sont tenus par les directeurs les écrivains qui n'ont jamais abordé le tbé&tre.
Bonne ou mauvaise, notre pièce n'a pu encore être jouée. Mais elle a été lue à diverses personnes et notamment, il y a trois ans, à
Mme Sarah Bërnhardt. Plus récemment, en mai 1886, j'en ai esquissé à grands traits le sujet àDuquesnely en lui demandant une lecture qu'il m'avait promise et qu'il a sans cesse ajournée.
Votre drame se passant à Rome, je ne dois pas supposer que vons ayez tiré parti des mêmes éléments dramatiques que nous. Je ne pense pas que votre Tosca soit une conspiratrice, ni qu'elle soit aimée d'un général républicain, ni que ce dernier, placé entre son devoir et son amour, soit faussement accusé d'avoir trahi son pays. Il n'en reste pas moins entre votre drame et le nôtre une coïncidence assez fâcheuse pour nous, dont j'ai tenu à vous avertir dès aujourd'hui, afin d'éviter qu'on nous accuse un jour de nous être inspirés de vous.
Cordialement,