Le mal français 1514
Les communications sont difficiles et rares entre votre monde et celui que j’habite depuis plus de trois siècles. Une occasion toutefois se présente pour mettre en défaut la surveillance de mes sévères gardiens. Je la saisis, et j’ai quelque espoir que cette missive puisse arriver en vos mains, si elle parvient à franchir les lignes de notre sombre empire.
Aussi bien, depuis longtemps je désirais causer
avec vous , autant pour rendre un hommage mérité aux hommes et aux travaux de votre siècle que pour vider de vous à moi une petite querelle, pour vous demander compte du dédain en lequel vous semble \ tenir nos écrits, pour élever en faveur de nos droits, de nos droits à nous, pauvres vieux oubliés, une aussi tardive que juste revendication.
N' aile \ pas vous méprendre, toutefois, sur l’objet et le but de cette lettre d’outre-tombe. Notre intention, à moi comme à mes contemporains au nom desquels je vous écris, notre intention, disje, n’est pas de vous amoindrir à notre profit et de nous approprier ce qui est votre légitime bien. Détachés dans notre monde des intérêts et des vanités terrestres, n’ayant en vue que le respect du cuique suum, nous ne réclamerons strictement, soyeyen sûrs, que la justice qui nous est due.
Cela dit, j’entre aussitôt en matière.
Une de vos plus chères prétentions, Messieurs du XIXe siècle, c’est d’avoir introduit l’ordre et la méthode dans ce que vous appeler le chaos pri-
mit if des affections vénériennes, d’avoir distingué « dans ce pêle-mêle oh tout n était que confusion avant vous » des espèces morbides différentes, et surtout d’avoir reconnu l’essence propre, V individualité pathologique du mal français. A vous entendre, tout n'était avant vous que ténèbres et ignorance ; mais vous êtes venus, et la lumière s’est faite, et la science s’est constituée. Si bien que notre lot, à nous comme à tous ceux qui vous ont précédés, c’est de n avoir rien compris à ce que nous observions, c’est d’avoir tout confondu, c'est d’avoir vécu scientifiquement dans une anarchie profonde. Par Esculape, notre patron en ces lieux, la prétention est trop forte et V accusation trop injuste pour ne pas exiger de notre part une riposte sévère. L’occasion se présente de faire revivre nos droits méconnus ; je ne la laisserai pas échapper.
Ah! que votre siècle, jeunes confrères, ait trouvé les affections vénériennes dans un désarroi véritable, qu’avec un peu d’ exagération vous ave% qualifié du nom de « chaos », cela je vous l’ac corde. Qu’un chirurgien justement illustre de votre temps ait rétabli l’ordre dans ce pêle-mêle, ait distingué ce qu’on avait eu tort de confondre et divisé ce qu’on avait arbitrairement réuni, cela encore, je le reconnais, et nul plus que moi n’applaudit à cette restauration scientifique qui a valu
à son auteur un grand et légitime renom. Mais respect à l’histoire, je vous prie. Plusieurs siècles se sont écoulés de nous à vous, plusieurs siècles, entendez-vous bien. Chacun d'eux a produit son œuvre et chacun a ses droits. Pourquoi les confondre tous, comme vous le faites, dans une réprobation générale? Distinguez, s’il vous plaît. Condamnez les erreurs de l’un sans les attribuer à un autre qui n en peut mais , et rendez à chacun en particulier la justice qui lui est due. Cette récrimination vous paraît-elle vague ou obscure? Soit, je vais essayer de la rendre plus précise et plus claire.
Vous avez sauvé de l’anarchie les affections vénériennes, c’est entendu. Mais cette anarchie estelle notre fait à nous , à nous les médecins du XVe et du XV P siècles, à nous les ouvriers de la première heure? Il vous plaît de nous l attribuer , ou du moins de nous en faire partager la responsabilité commune avec tous ceux qui vous ont devancés. Or, cette responsabilité, permettez~nous de la décliner énergiquement et de la laisser à qui de droit ; à qui de droit, c'est-à-dire à nos successeurs, aux siècles qui nous ont suivis, voire même au vôtre pour une certaine part. Loin d’être coupables, en effet, des confusions et des erreurs dont vous nous gratifiez injustement, nous tenons à honneur d’ avoir compris et distingué les pre-
miers ce que vous ave\ compris et distingué plus tard , et ce que d’autres après nous eurent le tort de méconnaître et de confondre. Nous tenons à honneur, pour spécifier nos prétentions, d’avoir compris la diversité des affections vénériennes , d’avoir distingué dans ce groupe complexe des espèces morbides différentes, et plus particulièrement encore d’avoir affirmé V êssentialité propre de la maladie nouvelle que nous vîmes surgir de notre temps, le mal français.
Si je voulais discuter avec vous ces divers points, ce ne serait plus une lettre, ce serait un dossier complet que f aurais à vous adresser. Limitons donc le débat, et pour aujourd'hui, si vous le vouleç bien, ne parlons que de la dernière et de la plus importante de ces maladies, celle à qui notre contemporain Fracastor a donné le nom de Syphilis.
Je conçois, chers confrères, toute la satisfaction que vous assure % à votre amour-propre en vous répétant à vous-mêmes que vous ave% été les premiers à séparer et à distinguer la syphilis, en tant qu espèce morbide, de toutes les autres affections vénériennes. Mais la prétention est étrange, en vérité. Il faut, pour l’avoir émise, que vous ne nous aye % jamais lus , et il me vient un soupçon désobligeant pour notre vanité , c’est que nos
pauvres livres doivent dormir che^ vous d’un sommeil profond et chronique sur des casiers couverts d’une poussière respectée. Si peu, en effet, qu’il vous eût pris l’envie de les feuilleter, vous aurie\ vu ceci, c’est qu’à l’époque où ce mal parut pour la première fois parmi nous, loin de le confondre avec les affections vénériennes qui nous étaient familières, nous le décrivîmes tous comme un mal absolument spécial et nouveau, dont nous n’avions ;amais entendu parler, que nous ne connaissions ni par nous-mêmes ni par les écrits de nos prédécesseurs. Ce mal ne nous parut assimilable à aucune autre maladie, et nous le considérâmes tous comme une individualité pathologique nouvelle. Ouvres nos livres, et vous verre\ la syphilis naissante qualifiée par ?ious des dénominations de morbus novus , morbus incognitus, inauditus , monstruosus, etc., toutes épithètes asse ^ significatives, je pense, et qui ne sauraient vous laisser le moindre doute sur notre pensée *. Ouvres nos livres, et vous y trouverez encore une preuve ma-
i. Voir au besoin les témoignages de : J. Grunpeck ; — A. Benedict; — J. Benedict; — F. de Villalobos; — C. Gilini; — A. Montagnana; — P. Pinctor; — J. Widman; — Nicolas Léonicène; — G. Torella; — A. Beniveni; — W. Hockde Brackenaw; — J.Catanée; — Cl. Clementinus ;
— P. Trapolin ; — M. Brocard ; — P. Bembo ; — P. Maynard ; — Ulrich de Hutten ; — Jacques de Béthencourt;
— L. Phrisius; — P. A. Matthiole ; — A.. Ferry; — J. Fracastor; — J. -B. Fulgose, etc.
térielle de la distinction profonde, radicale, que nous avions établie d’emblée entre la maladie nouvelle et les autres affections vénériennes préexistantes ; vous y trouverez des chapitres absolument distincts consacrés d’une part à la description du mal français, et à celle des autres affections vénériennes d’autre part. Cette preuve matérielle , typographique, est-elle de nature à vous convaincre, et que voulez-vous de plus probant?
Je n’insiste pas ; l’évidence est formelle. Donc, longtemps avant votre siècle, nous connaissions la multiplicité des affections vénériennes ; et longtemps avant vous, notamment , nous sûmes distinguer 1 individualité nosologique de la vérole. Vous n’avez pas été les premiers à dire: «. Les maladies vénériennes sont multiples aussi bien que différentes ; et, pour être Vune de ce maladies, la vérole n’en est pas moins distincte de toutes les autres comme caractère et comme nature. » Cela, vous avez eu à le redire dans votre siècle, à le redire après nous et à le soutenir contre de nombreux opposants ; mais cela, sachez~le bien, nous l’avions vu et dit avant vous $ et sur ce point en particulier nous étions tout aussi avancés en l’an 1 5oo que vous Vêtes au XIXe siècle, veuillez ne pas le méconnaître.
Seconde querelle. Vous vous flatte { d’avoir été les premiers à découvrir ce que vous appelé \ les grandes lois, les lois primordiales de la vérole, à savoir : le début de la maladie par une lésion d’ apparence locale au point même où s'est exercée la contagion, en ce point seul et non ailleurs ; — l’isolement consécutif de cette lésion, qui, pour un certain temps, constitue 1 expression unique de la maladie ; — /’ explosion à terme fixe, après cette période en quelque sorte muette, d'accidents multiples et divers , témoignant par leur dissémination d’une sorte d’ empoisonnement de l’organisme, d’une disposition morbide générale ; — et enfin la distribution de ces accidents suivant un certain ordre , lequel établit entre eux une véritable hiérarchie chronologique et divise la maladie en une série de stades ou périodes. — Toutes ces vérités, vous vous attribue ^ complaisamment le mérite de les avoir découvertes et promulguées. Eh bien, soit dit à votre grande surprise, tout cela nous le connaissions dès le XVe et le XV T siècle; tout cela nous l’avions énoncé dans nos écrits. Vous en doute \? Force m’est alors d'entrer dans les détails et de produire mes preuves.
Tout d'abord, nous avons connu et décrit l’accident spécial auquel vous réserve dans votre nomenclature moderne, la dénomination de chan-
cre. Que nous ne lui ayons pas donné ce nom, peu importe ; l’essentiel est que nous en ayons spécifié la nature et les caractères ; l'essentiel est que nous l’ ayons reconnu comme le symptôme initial de la maladie , se produisant et se localisant au lieu même où s'est exercée la contagion. Or, en maints endroits de nos livres, vous trouverez signalée cette lésion locale, locale d' apparence au moins , comme préludant aux autres accidents de la maladie et se manifestant là seulement, exclusivement là où la contagion s’est portée. Exemples :
« Le mal français, dit Torella, débute le plus souvent par les parties génitales, et cela, pour une raison bien simple, parce que ces parties ont été exposées à la contagion... Si toute autre partie était touchée par le contagium , ce serait elle qui subirait l’infection la première. Voyez, comme exemple, ce qui se produit chez les nourrissons; le mal chez eux débute par la bouche et par le visage... Nicolas Valentin, mon ami , eut rapport avec une femme affectée de pudendagre (mal français ; il fut aussitôt frappé du même mal, qui tout d’abord se porta sur la verge, comme cela arrive le plus souvent en pareil cas... 11 se produisit sur la verge un ulcère sanieux et virulent , avec une sorte de callosité qui rayonnait longitudinalement vers les aines, etc... »
P. Maynard : « Le mal français débute le plus habituellement par les parties génitales... Il se produit là des boutons qui s'ulcèrent le plus souvent... J’ai vu ces boutons sur plusieurs malades devenir aussi durs qu’une verrue, qu’un poireau, etc.... »
J. de Béthencourt : « Si la contagion résulte du commerce vénérien (ce qui est le cas de beaucoup le plus habituel), les premiers symptômes de la maladie apparaissent toujours sur les organes génitaux où se produisent des ulcères virulents et sanieux... Si la maladie a été contractée d’une autre façon , indépendamment par exemple de tout rapport vénérien, des ulcères semblables se manifestent sur les parties qui ont été exposées à la contagion. C’est ainsi qu’on les voit se développer sur la bouche des nourrissons qui ont été infectés par leurs nourrices. »
N. Massa : « L’infection se gagne le plus souvent par le coït... Il se produit à la verge des ulcères de mauvais caractère , d’une dureté calleuse , longs et difficiles à guérir, etc. »
J. -B. Théodose : a ... Ce qui me porte à croire que ce malade était affecté du mal français, c’est qu’il présenta comme première manifestation de sa maladie un ulcère de la verge. Or, tous les médecins qui ont traité de ce mal sont d’accord sur ce point, qu'il fait son apparition première sur les parties génitales , et qu’ensuite seulement il se répand dans tout le corps- »
P. Jove : « Le nouveau mal se gagnait surtout dans les rapports sexuels. Il faisait son apparition première sur les parties génitales, qu’il ulcérait, qu’il corrodait, pour s’insinuer dans le corps. Puis il se portait-de là sur d’autres points, etc... »
J.-B. Montanus : « Ce mal se prend le plus souvent par le coït... C’est une petite pustule ou un petit ulcère qui infecte tout le corps L »
Etc., etc.
i. V. de même S. Aquilanus , Léonicène, A. Beniveni , Alménar» Matthiole, A. Lecoq, etc., etc...
2e Nous ri avons pas méconnu davantage la particularité curieuse de cette période muette succédant à l’accident originel de la maladie, période qu aujourd’hui vous appelé { la seconde incubation. Nous l’avons même si peu méconnue, cette période, que j'ai cru moi-même pouvoir en fixer la durée à six semaines environ ; évaluation qui, je le constate avec plaisir, est précisément celle que vous lui attribue % de vos jours. — Encore une découverte que vous vous seriez épargné la peine de faire si vous n’avie { pas dédaigné nos vieux écrits.
3° A ce singulier stade d'élaboration silencieuse succède une explosion d' accidents aussi multiples que variés, lesquels, loin de se borner au siège primitivement affecté, se portent sur tous les systèmes et attestent par leur généralisation qu’une diathèse a pris possession de l’organisme. Or, cette évolution, nous lavons signalée. Ces accidents, nous les avons décrits, sinon tous, du moins le plus grand nombre. Cette diathèse enfin — et c'est là le point essentiel — nous l'avons comprise et affirmée. Voyeqnos textes 1 et dites-moi si dans l'espèce nos prétentions sont mal fondées.
i. Inutile de citer aucun texte relativement à la généralisation des accidents qui se produisent à un moment
4° Enfin, est-il plus vrai que nous vous ayons laissé le soin de reconnaître les lois qui président à révolution générale de la maladie, la hiérarchie chronologique à laquelle semblent soumis ses accidents, la division possible de la diathèse en un certain nombre de stades successifs? Nullement, et sur tous ces points encore nous avons devancé vos découvertes. Je ne prétends pas certes que nous ayons, comme vous, formulé la chronologie delà vérole ; mais , à coup sûr, nous lavions pressentie , nous l'avions énoncée en principe, nous l'avons même, je puis dire, ébauchée l.
donné. — Quant au caractère diathésique de l’affection, voy. Gasp. Torella, J. Catanée, J. de Béthencourt, N. Massa, etc., etc...
J. de Béthencourt entre autres, et plus qu’aucun autre, est très-explicite sur ce dernier point :
« Le mal vénérien, dit-il, est une diathèse reconnaissant comme origine le commerce sexuel et la contagion , se révélant à son début par des ulcères qui se produisent soit sur les organes génitaux, soit sur les parties où la contagion s’est exercée; altérant ensuite les humeurs, et se caractérisant alors par des éruptions, des tumeurs, des ulcères et des douleurs Ce mal offre bien plutôt les al-
lures d’un affection chronique que d’une affection aiguë... Il est sujet à des récidives qui se produisent d’une façon presque fatale lorsque les malades ont fait usage de mauvais remèdes, ou ne s’astreignent pas à un régime convenable... Il reste quelquefois latent dans l’organisme pendant de longues années pour reparaître tout à coup alors qu’on s’y attend le moins, etc. . »
i . V. notamment J. de Béthencourt et Thierry de Héry.
J. de Béthencourt : « Le mal vénérien est une diathèse..., se révélant à son début par des ulcères qui se produisent soit sur les organes génitaux, soit sur les parties où la contagion s’est exercée, altérant ensuite les hu-
Mais patience , car vous n'en ave\ pas encore fini avec moi. — Je poursuis.
Une des questions qui ont le plus agité votre
meurs et se caractérisant alors par des éruptions, des tumeurs, des ulcères et des douleurs. » — Après avoir parlé dans son livre des « premiers ulcères qui succèdent à la contagion » , J. de Béthencourt énumère les différents symptômes qui caractérisent le mal vénérien, tels qu’éruptions, douleurs, ulcérations, tumeurs, etc., et il spécifie très-catégoriquement que ces derniers phénomènes ne se produisent qu’à la suite des premiers, ultérieurement , consécutivement. Il va même plus loin, et, parmi ces accidents consécutifs, il en distingue qui se produisent à courte échéance après les « premiers ulcères de contagion » (tels que les éruptions, les douleurs), et certains autres qui ne se manifestent qu’a^rès un temps asseq long, « lorsque la maladie est déjà ancienne, lorsqu’elle a vieilli », tels que lésions osseuses, ulcérations profondes, altérations viscérales, cachexie, etc. — N’est-ce pas là une ébauche de classification chronologique introduite dans la symptomatologie du mal français?
De même Thierry de Héry : « Les symptômes de cette maladie sont plusieurs, desquels les uns précèdent, les autres suivent, les autres surviennent . Ceux qui précèdent font ulcères de diverse nature en la verge, ardeur d’urine ou pisse-chaude, bubons ou poulains..., lesquels servent quasi comme d 'avant-coureurs. — Les autres, que nous appelons suivants ou consécutifs, sont pustules et ulcères naissans par tout le corps , principalement aux parties honteuses, au siège, à la bouche, à la teste, au front et aux émonctoires. Pareillement cheute de poil , communément dite pelade, douleurs articulaires, etc... — Les derniers, que nous appelons survenants , sont douleurs fixes de toute la teste, des bras, des jambes, principalement avec nodositez, où souvent sont les os cariez et corrompus, ulcères virulents et phagédéniques , scissures ou dartres aux mains, aux pieds, et autres parties du corps, vice provenant de chacune des concoctions avec marasmation et amaigrissement d’iceluy. » ( La Méthode curatoire, etc., p. 1 33 . )
siècle est celle de la contagiosité propre à chacun des groupes d’ accidents qui composent le mal français. Cette question, vous l'ave \ résolue , en partie du moins, et résolue — soit dit incidemment— par certaines expériences qui ne sont guère à votre honneur. En fn de compte, à quoi ave%vous abouti ? Vous save\ que les accidents primitifs sont contagieux ; vous save\ que certains accidents secondaires le sont également ; et pour les tertiaires,.... vous ne save s rien. Vous présume ^ aussi, d'un accord presque unanime , que la contagiosité de la maladie s affaiblit avec l'dge et s’épuise par degrés à mesure que vieillit l'infection. Or laisses-moi constater, non sans une certaine satisfaction d'amour-propre, que cette solution, dernier mot de la science actuelle, est exactement la nôtre, la nôtre, entende\-le bien. Nous ne disions pas autre chose au XVIe siècle, et nous le disions dans les mêmes termes , connue vous ailes le voir. Personne tout d'abord ne mettait en doute la contagiosité des accidents initiauxj celle des accidents consécutifs ne ?ious semblait pas plus discutable, et dans maints endroits de nos livres vous nous verres fournir des exemples de nourrices infectées par des nourrissons ou de nourrisso?is infectés par des nourrices. ( fiant à ! atténuation progressive du pouvoir contagieux de la maladie à des périodes de plus en plus éloignées de son début, nous y avons cru
comme vous , et l’un de nous entre autres a écrit textuellement ceci :
« Le mal véne'rien est un mal contagieux .. Mais les accidents qu’il produit à une époque avancée semblent dépourvus de tout pouvoir contagieux. Nous savons par expérience que des malades affectés de ce dernier ordre d’accidents ont pu avoir rapport avec des sujets sains sans leur communiquer le moindre symptôme vénérien *. »
Et, tene\ , puisque je suis sur ce terrain de la contagion, je ne le quitterai pas sans relever encore quelques imputations peu charitables à notre adresse. Vous nous raille pauvres vieux , de notre prétendue crédulité à Vendroit des origines de la maladie. A vous entendre, nous aurions sérieusement admis que le mal français pût dériver des causes les plus absurdes , se contracter par infection simple et sans contact, se développer spontanément , résulter d’ intempéries atmosphériques, d'influences sidérales, d'aliments insalubres, etc. Que ces sottises aient pu trouver créance dans les premiers temps où un mal inconnu fit son apparition première, qu elles aient survécu dans l'esprit d’un public ignorant, qu elles aient même trouvé un écho complaisant dans les écrits
i. J. de Béthencourt, Nouveau Carême de pénitence. — Voir de plus ce que j'ai écrit moi-même sur le pouvoir contagieux du mal français à ses diverses périodes.
de quelques mé die astre s de notre temps , cela se peut; mais c' est nous faire, en vérité , bien peu d’honneur, à nous, médecins sérieux, que de nous présenter à la postérité comme les complices de telles erreurs. Sache^-le bien , nous étions pleinement édifiés, dès notre époque, sur le caractère vénérien, sur les origines vénériennes du mal français. Nous savions parfaitement que la cause presque invariable de ce mal , c’était l'union sexuelle d'un sujet sain avec un sujet infecté l. Ai-je dit autre chose, pour ma part, dans mon étiologie ? Et le fait même était si patent, il était d’évidence tellement notoire de nos jours, que Vun de nos contemporains proposa d’appliquer au mal français, comme la dénomination qui lui convenait le mieux, /’ appellation nouvelle de mal vénérien, morbus venereus 2. Ce néologisme a bien sa signification, je pense.
1. Je ne cite personne ici, parce qu’il faudrait citer la plupart de mes contemporains, de mes prédécesseurs et de mes successeurs. N’allez pas, du reste, tomber à ce propos dans une confusion trop souvent commise à notre préjudice. Certains d’entre nous, je le confesse, ont émis des hypothèses plus ou moins ridicules sur la genèse première de la maladie; mais ils ne se faisaient pas pour cela la moindre illusion sur les causes de son développement ultérieur, sur sa nature essentiellement vénérienne. Genèse première d’un mal et mode ultérieur de propagation de ce mal sont choses fort différentes, que bien à tort vous avez assimilées. Distinguons, je vous prie, pour être justes; ou plutôt distinguez.