Voyez encore ce que dit J. de Béthencourt à ce su
Et cela même ne veut pas dire, veuille { le re marquer encore, que nous ayons ignoré la possibilité de contagions différentes , s exerçant en dehors du commerce sexuel . Loin de là. Nous avons connu et signalé les contagions non vénériennes, celles, par exemple, des nourrices par les nourrissons, comme toutes celles aussi qui peuvent résulter d’un contact accidentel et innocent. Nous avons même connu ce que vous appeler aujourd’hui la contagion médiate, celle qui se transriiet par un intermédiaire inanimé, tel quun vêtement, un verre, un drap de lit, un linge souillé de pus virulent l. Et vous voye% qu'en somme notre étiologie du mal français était, pour nous du moins, médecins et chirurgiens sérieux, tout aussi exacte et je dirai même presque aussi avancée que la vôtre. Trêve donc à vos injustes railleries sur ce sujet.
jet : « Nous autres médecins, nous ne doutons pas que cette maladie (le mal français) ne soit un résultat de la débauche... Nous croyons que c’est un mal d’essence vénérienne. » — L’origine vénérienne de la maladie était même appréciée du public intelligent de notre époque, des « gens du monde » . comme vous dites au XIXe siècle. C’est pour cette raison que J. de Béthencourt (il nous l’apprend lui-même) ne voulut offrir la dédicace de son livre à aucun de ses contemporains; « car, dit-il, celui qui accepterait le patronage compromettant de mon opuscule encourrait, par cela seul, un trop fâcheux soupçon. »
i. Voy., par exemple, J. Bénédict ; — G. Torella; — - N. Massa; — A. Lecoq ; — J.-B. Montanus, etc...
J'arrive à notre symptomatologie. Méritet-elle davantage votre inattention et vos dédains? Loin de nous, certes, la prétention d’ avoir improvisé et parfait ce qui ne peut être l'œuvre que d’une observation prolongée. Mais si nous n'avons pas connu tous les accidents du mal français , avoue ^ que nous en avons découvert et signalé bon nombre, et bon nombre des plus essentiels , des plus importants. Lésion primitive constituant ce que vous appeler aujourd'hui le chancre, éruptions cutanées multiples et diverses, érosions superficielles des muqueuses, alopécie, pelade, douleurs articulaires ou péri-articulaires , douleurs musculaires ou osseuses, névralgies, adénopathies de forme froide et indolente , exostoses, caries , nécroses , tubercules cutanés ou muqueux , gommes, ulcérations profondes et destructives, perforation du palais, affaissement ou disparition du ne{, etc., etc , tout cela nous l'avions observé et nous l'avons décrit dans nos livres. Et je vous fais grâce encore d'une foule d'autres symptômes que rions avons seulement entrevus et signalés à nos successeurs, tels que les inflammations oculaires, la fièvre, les paralysies, la chlorose, les troubles nerveux, etc... Il y a plus, c'est que les accidents viscéraux du mal français ne nous ont pas échappé. Les premiers nous avons parlé des lésions spécifiques du foie, du larynx, de la trachée , du poumon, de l'intestin , etc. Les
premiers encore nous avons décrit et cet accident local si redoutable que vous appelé { le phagédénisme, et cet état général si grave auquel vous ave^ donné le nom de cachexie syphilitique. Nous ne vous avons pas davantage laissé le soin de constater le caractère remarquablement polymorphe de la diathèse, la diversité singulière de ses formes, tantôt bénignes, tantôt graves et tantôt même malignes, son évolution d’allure essentiellement chronique, sa faculté surprenante de récidive et de récidive à longue échéance, voire même sa transmission par hérédité et la gravité propre de ses formes héréditaires .
Mais je m arrête, car s il fallait tout dire je n en finirais pas, et cette lettre dépasserait de beaucoup l’étendue que je veux lui donner. Je m’arrête, car si je descendais aux détails, si je prenais en particulier chacun des symptômes ou des groupes de symptômes que je viens d' énumérer , je vous montrerais, — et cela m entraînerait loin — que bon nombre de prétendues découvertes modernes ne sont que des redites, des emprunts faits au bon vieux temps. Entendons-nous bien toutefois. Je ne vous conteste en rien vos découvertes, car on découvre à vrai dire ce qu'on trouve.... quand on ne le connaît pas. Ce que je vous reproche seulement, c’est d’avoir pris la peine de découvrir ce
qui était déjà trouvé, ce que d'autres avaient dit avant vous. Cela n’attaque en rien votre mérite ; votre seul tort est d’être venus trois ou quatre siècles après nous
Des preuves, des preuves, alle^-vous dire peutêtre. La suivante entre autres, je l’espère, sera de nature à vous satisfaire.
L’induration du chancre, sur laquelle vous ave\ tant discouru , et dont un des vôtres , illustre entre tous, a tiré un si utile profit séméiologique, l' induration , dis-je, vous semble \ vous l’approprier, et, à quelques réserves près, vous la donne^volontiers comme une invention de votre siècle. J’accorde que vous l' ayeçmieux comprise, mieux interprétée que nous comme symptôme , mieux analysée surtout comme lésion. Mais, plus de trois cent cinquante ans avant vous, cette induration avait été vue, remarquée, décrite. C’ était chose connue parmi nous que Vulcère calleux du mal français. Nous disions : ulcère dur, ulcère calleux ; vous dites aujourd’hui : chancre induré. Les mots seuls ont changé; mais que font les mots à la chose ? Soye % sûrs que le symptôme ne nous avait pas échappé sous une appellation différente, et, si vous en doutie\, veuille \ vous reporter aux textes suivants :
J. de Vigo : « ... Les premiers symptômes de la ma-
ladie apparaissent presque invariablement sur les organes génitaux. Ils consistent en de petits boutons ulcérés... Ces boutons sont circonscrits par un bourrelet d'une dureté calleuse. »
Pierre Maynard : « Le signe essentiel du mal français consiste en des boutons qui se produisent sur les parties génitales... Ces boutons s’ulcèrent le plus habituellement,.. Je les ai vus sur plusieurs malades devenir aussi durs qu’une verrue, qu'un poireau, qu'un cor au pied L »
N. Massa : « Très-souvent, au début de la maladie, il se produit à la verge des ulcères de mauvais caractère, d’une dureté calleuse et d’une durée assez longue, etc.1 2 »
A. Lobera : ci .. Il se produit parfois sur la verge des ulcères durs et calleux. Gela est un signe certain du mal français... 3 4 »
Thierry de Héry : « Les premiers et plus communs signes de ceste maladie sont ulcères calleux en la verge ou en la vulve... Bien est vray que les plus certains signes de la maladie sont quand, après ou pendant les ulcères des parties honteuses ( spécialement calleux et durs en leur racine), apparaissent tumeurs aux aynes, etc... * »
Des symptômes passons au traitement, et voyons encore si, sur ce dernier point, nous avons étéasse\
1. Pétri Maynardi Veronensis, De morbo gallico, tr. I, cap. IV.