‹ Le mal français 1514Chapitre 15 sur 36 · I. V. note XVI · texte numérisé non relu

I. V. note XVI

Le premier comprend trois indications à remplir: 1° instituer un régime propre à engendrer des humeurs de bonne qualité et à corriger celles de qualité mauvaise; — 2* digérer la matière antécédente et levacuer après digestion; — 3* résoudre et dissiper la matière conjointe.

Première indication : régime, — Il est trèsessentiely dans les premiers temps de l'infection, de ne fournir aux malades que des aliments propres à régénérer et à purifier le sang. Dans ce but on recommandera des viandes bouillies ou rôties de veau, de chevreau, de poulet, de poule, de perdrix et d'oiseaux divers (avec la précaution, pour ces derniers, de se restreindre aux espèces qui vivent sous la feuillée, dans les prairies, les bois, les montagnes] ; — les potages gras, les panades, les bouillies; — le riz; — les œufs assaisonnés avec un filet de verjus; — les grenades, le vin de grenades, les raisins confits, etc. On proscrira, au contraire, comme aliments de mauvaise qualité, les viandes de vache, de porc domestique, de cerf et de lièvre; — les oiseaux aquatiques à long bec et à long cou, dont la chair est particulièrement nuisible en ce qu'elle engendre un sang épais^ impur et effervescent; — les légumes de toute sorte, les racines, les plantes à tige herbacée, etc.

Tout au plus pourra- t-on permettre comme légumes la laitue, la bourrache, la bette blanche, les épinards cuits dans le bouillon des viandes précitées avec addition d*un peu de persil, de menthe et de mélisse. On bannira encore de la table des malades les poissons de tout genre (sauf toutefois les petits poissons rouges cuits sur le gril; encore faut-il en être très-réservé) ; — le laitage et les fromages, détestables et pernicieux aliments; — Pail, les oignons, les poireaux, les condiments acides, salés ou poivrés, propres seulement à brûler le sang; — et enfin les fruits de toute espèce, qui fermentent dans Testomac et engendrent dans l'économie des humeurs malsaines. Exceptons seulement de cette proscription les prunes bien mûres, les pêches, les melons et les cerises sauvages, dont on pourra tolérer l'usage de temps à autre et en quantité très-modérée*.

I. Q.ue l'on ne s*étonne pas de ces détails minutieux sur TaUmentation. A une époque où les idées humorales les plus exagérées jouissaient d'une pleine faveur, où chaque substance, médicamenteuse ou alimentaire, était dotée des vertus les plus merveilleuses, la question du régime dans les maladies devait tenir une place importante dans la thérapeutique. Tout ce qui était ingéré par les voies digestives était réputé modifier dans un sens quelconque la composition des humeurs. Sur ce chapitre, il n'était rien d'indifférent, et le moindre ingrédient culinaire était recommandé ou proscrit à l'égal du remède le plus actif, suivant qu'on lui attribuait une action favorable ou nuisible sur la crase humorale de telle ou telle affection. Chaque maladie avait son menu; et comme, plus que toute autre, le mal français se prêtait aux fantaisies

Seconde indication : digérer la matière antécédente* et l'évacuer après digestion. — On satisfait à cette indication par l'ensemble des moyens suivants :

En premier lieu, après avoir eu le soin de déterminer une évacuation par les voies inférieures, il convient de pratiquer une émission sanguine, si toutefois Ton y est autorisé par l'âge et les forces du malade, et surtout si Ton a affaire à un sujet de constitution pléthorique. Pour cela, saigner la veine commune ou la basilique du bras droit. — La saignée est habituellement suivie, dans le traitement du mal français, des plus heureux résultats*.

Cela fait, digérer la matière pendant une semaine par l'administration du sirop suivant:

Pr, Sirop de fumeterre une once.

Sirop de suc d'endive 6 drachmes.

humorales , on ne se fit pas défaut de composer en son honneur les régimes les plus complexes et les plus minutieux Il est curieux de trouver dans tous les auteurs de cette époque des pages entières consacrées à Palimentation des malades « affectés du nouveau mal ». — Tout cela nous semble à juste titre aujourd'hui puéril et ridicule; mais tout cela, qu'on ne l'oublie pas, avait au XVI*' siècle son explication et sa raison d'être dans un ensemble de croyances, dans une doctrine thérapeutique — C'est à ce titre que j'ai cru devoir conserver intégralement ce passage de notre auteur.

1. C'est-à-dire la cacochymie propre au malade, antérieure à l'infection.

a. V. note XVII.

Eau d'endive,

Eau de capillaire, [ ana une once.

Eau de fumeterre,

Purger ensuite le malade avec la préparation suivante * :

Pr. Diacatholicon, ) /r j u

i^i * • 1^ %r \ ^^^ ^ drachmes.

Electuaire lenitif , )

Infusion de rhubarbe dans eau d'endive I drachme.

Mêlez et faites une potion avec q. s. de

décoction de fruits cordiaux et de fleurs

cordiales.

Ajoutez :

Sirop de violette une once et demie.

J'ai rhabitude encore, dans les premiers jours de la maladie, d'aider à la digestion de la matière

I. Cette formule et nombre de celles qui vont suivre contiennent l'indication de vieux remèdes qui, ayant joui autrefois d^une certaine célébrité, sont complètement tombés en désuétude de nos jours, et dont parfois le nom même nous est inconnu. Pour faciliter Tintelligence du texte et pour éviter au lecteur de fastidieuses et souvent difficiles recherches, je crois devoir donner d'une façon succincte la composition de ces agents oubliés de la vieille thérapeutique.

Diacatholicon (ou Catholicon, purgatif universel , etc ). Vieil electuaire, très-renommé jadis, de composition fort complexe : casse, séné, agaric, rhubarbe, tartre soluble, polypode de chêne, réglisse, raisins secs, armoise, aigremoine, capillaire, anis , miel , sucre , etc. — C'était

par lusage d'un sirop magistral préparé, d'après mes indications, de la façon suivante :

-ic 1 ^"* ""® demi-poignée.

Pr. Fumeterre, Capillaire, , Buglosse ( ^^^ ""^ poignée et demie.

Endive,

Sauge,

Polytric

Raisins secs, |

Drupes de sébestier, ( *"* * "'"' °""-

Prunes de Damas ........ n« 25.

Pommes acides écrasées n® 6.

Vin de grenades une demi-livre.

Eau d'endive, j

— de fumeterre, ( ana. . . une livre et demie.

— de buglosse, j

Faites bouillir jusqu'à réduction du tiers; passez; puis ajoutez : Sucre q. s.

F. s. a. un sirop avec :

Suc de fumeterre, )

,, .. i ana . . • . 2 onces.

— d'endive, )

— de houblon une once.

Dose : une once et demie, à prendre le matin dans une

infusion de capillaire, d'endive et de fumeterre.

Après avoir ainsi digéré la matière pendant dix

un remède considéré comme <( purgeant toutes les humeurs ».

Électuaire lénitif : Séné, tamarin, manne, raisins secs, pruneaux, polypode de chêne, spica nard, orge, sucre, etc. — Considéré comme un purgatif « un peu inférieur au catholicon, mais plus propre à ramollir et à lubrifier les conduits ».

-48-' à douze jours-à l'aîde de ce sirop, on administrera le purgatif que voici:

Pr. Casse une demi-once.

Diacatholicon une once.

Électuaire rosat 2 drachmes.

Ou bien encore^ si la maladie date déjà de plus de six mois, on pourra remplacer ce dernier électuaire par une dose équivalente de confection Hamech*.

Tous les deux mois, jusqu'à la fin de la première année de la maladie et même au delà , on devra réitérer la digestion et les purgations susdites, en

I. Vieil électuaire portant le nom de son auteur (Hamech, médecin arabe). — La composition en était des plus complexes : coloquinte, séné, myrobolans, agaric, rhubarbe, scammonée, épithyme, tamarin, casse, manne, suc de fumeterre, pruneaux, raisins, polypode de chêne, absinthe, thym, anis, fenouil, roses rouges, cannelle, gingembre, spica nard, miel, sucre, etc., etc.. — Suivant les croyances du temps, chacune de ces nombreuses substances avait, dans i*e£fet total de l'électuaire, son rôle spécial, sa destination propre, et devait modifier telle ou telle humeur, modérer ou augmenter l'effet d'un remède associé, corriger la sécheresse de celui-ci ou la chaleur de celui-là, tempérer Pastringence de Tun ou 1 acidité de l'autre, etc. De là cette polypharmacie désordonnée qui a dominé la thérapeutique naïve de plusieurs siècles.

A Tépoque où vivait notre auteur, la Confection Ha^ mech, encore fort en vogue, était considérée comme < solutive des humeurs cholériques salses et adustes. Et pour cette cause on la donne à ceux qui ont la gorre Tmal français) et à ceux qui ont ulcères virulents, chancre, lèpre, rognes et mort- mal ».

ayant toujours soin de procéder dans le même ordre, c'est-à-dire de n'administrer les* purgatifs qu'après avoir provoqué une digestion préalable. Parfois encore, dans l'intervalle de deux purgations j'ai trouvé quelque avantage à l'administration des pilules suivantes :

ana un scni-

Pr. Pilules de mastic,

Pilules de hière ou pilules de huit, > .

Pilules de fumeterre d'Avicenne, ) Pour cinq pilules. — Â prendre soit avant, soit après les

repas, suivant les indications*.

Enfin, j'ai Thabitude de prescrire âmes malades des scarifications suivies d'applications de ventouses. Ces scarifications seront faites de préférence au niveau des omoplates, des fesses et des hanches.

Elles trouveront surtout leur utilité dans le cas oti Ton aura affaire à des sujets de complexion pléthorique, chargés d'humeurs malsaines ou couverts d'éruptions*.

Page 1