‹ Le mal français 1514Chapitre 2 sur 36 · I. V. notamment J. de Béthencourt et Thierry de Héry · texte numérisé non relu

I. V. notamment J. de Béthencourt et Thierry de Héry

J. de Béthencourt : « Le mal vénérien est une diathèse..., se révélant à son début par des ulcères qui se produisent soit sur les organes génitaux, soit sur les parties où la contagion s'est exercée, altérant ensuite les hu-

Mais patience, car vous n^n ave^ pas encore fini avec moi. — Je poursuis.

Une des questions qui ont le plus agité votre

meurs et se caractérisant alors par des éruptions, des tumeurs, des ulcères et dçs douleurs. » — Après avoir parlé dans son livre des a premiers ulcères qui succèdent à la contagion », J. de Béthencourt énumère les différents • symptômes qui caractérisent le mal vénérien, tels qu'éruptions, douleurs, ulcérations, tumeurs, etc., et il spécifie très-catégoriquement que ces derniers phénomènes ne se produisent qu'à la suite des premiers, ultérieurement ^ consécutivement. Il va même plus loin, et, parmi ces accidents consécutifs, il en distingue qui se produisent à courte échéance après les « premiers ulcères de contagion M (tels que les éruptions, les douleurs), et certains autres qui ne se manifestent qu^après un temps asse\ long, «c lorsque la maladie est déjà ancienne, lorsqu'elle a vieilli », tels que lésions osseuses, ulcérations profondes, altérations viscérales, cachexie, etc. — N'est-ce pas là une ébauche de classification chronologique introduite dans la symptomatologie du mal français?

De même Thierry de Héry : « Les symptômes de cette maladie sont plusieurs, desquels les uns précèdent, les autres suivent, les autres surviennent. Ceux qui précèdent font ulcères de diverse nature en la verge, ardeur d'urine ou pisse-chaude, bubons ou poulains..., lesquels servent quasi comme à^avant-coureui's. — Les autres , que nous appelons suivants ou consécutifs, sont pustules et ulcères naissans par tout le corps, principalement aux parties honteuses, au siège, à la bouche, à la teste, au front et aux émonctoires. Pareillement cheute de poil, communément dite pelade, douleurs articulaires, etc.. — Les derniers, que nous appelons survenants , sont douleurs fixes de toute la teste, des bras, des jambes, principalement avec nodositez, où souvent sont les os cariez et corrompus, ulcères virulents et phagédéniques , scissures ou dartres aux mains, aux pieds, et autres parties du corps, vice provenant de chacune des concoctions avec marasmation et amaigrissement d'iceluy. » ( La Méthode cura^ toire, etc., p. i33.)

siècle est celle de la contagiosité propre à chacun des groupes d'accidents qui composent le mal français. Cette question, vous Vave\ résolue y en partie du moins, et résolue — soit dit incident' ment ^ par certaines expériences qui ne sont guère à votre honneur. En fin de compte, à quoi avej{^ vous abouti ? Vous save\ que les accidents primi* tifs sont contagieux; vous save\ que certains ac* cidents secondaires le sont également; et pour les tertiaires,.*., vous ne save{ rien. Vous présume:^ aussi, d'un accord presque unanime, que la con* tagiosité de la maladie s'affaiblit avec Vdge et s* épuise par degrés à mesure que vieillit Vinfec-tion. Or laisse:(-moi constater, non sans une certaine satisfaction d'amour-propre, que cette solution, dernier mût de la science actuelle, est exactement la nôtre> la nôtre, entende:{'le bien. Nous ne disions pas autre chose au XV t" siècle, et nous le disions dans les mêmes termes, comme vous alle^ le voir. Personne tout d'abord ne met^ tait en doute la contagiosité des accidents initiaux; celle des accidents consécutifs ne nous semblait pas plus discutable, et dans maints enr droits de nos livres vous nous verre:^ fournir des exemples de nourrices infectées par des nourrissons ou de nourrissons infectés par des nourrices. Quanta F atténuation progressive du pouvoir contagieux de la maladie à des périodes de plus en plus éloignées de son début, nous y avons cru

comme vous, et l'un de nous entre autres a écrit textuellement ceci :

« Le mal vénérien est un mal. contagieux .. Mais les accidents qu'il produit à une époque avancée semblent dé~ powvus de tout pouvoir contagieux. Nous savons par expérience que des malades affectéis de ce dernier ordre d'accidents ont pu avoir rapport avec des sujets sains sans leur communiquer le moindre symptôme vénérien *. »

Et, tene:[, puisque je suis sur ce terrain de la contagion, je ne le quitterai pas sans relever encore quelques imputations peu charitables à notre adresse. Vous nous raille^, pauvres vieux , de notre prétendue crédulité à ï^endroit des origines de la maladie. A vous entendre, nous aurions sérieusement admis que le mal français pût déri-

ver des causes les plus absurdes^ se contracter par infection simple et sans contact, se développer spontanément, résulter ^intempéries atmosphériques, d'influences sidérales, d^aliments insalubres, etc. Que ces sottises aient pu trouver créance dans les premiers temps où un mal inconnu fit son apparition première, quelles aient survécu dans Vesprit dun public ignorant, qu'elles aient même trouvé tm écho complaisant dans les écrits

I . J. de Béthencourt, Nouveau Carême de pénitence. — Voir de plus ce que j*ai écrit moi-même sur le pouvoir contagieux du mal français à ses diverses périodes.

de quelques médicastres de notre temps, cela se peut; mais c'est nous faire, en vérité, bien peu d'honneur, à nous, médecins sérieux, que de nous présenter à la postérité comme les complices de telles erreurs. Sachej^-le bien, nous étions pleinement édifiés, dès notre époque, sur le caractère vénérien, sur les origines vénérieùnes dumal français: Nous savions parfaitement que la cause presque invariable de ce mal, c'était runion sexuelle d'un sujet sain avec un sujet infecté^. Ai-je dit autre chose, pour ma part, dans mon étiologie? Et le fait même était si patent, il était d'évidence tellement notoire de nos jours, que Pun de nos contemporains proposa d'appliquer au mal français, comme la dénomination qui lui convenait le mieux, l'appellation nouvelle de mal vénérien, morbus venereus *. Ce néologisme a bien sa signification, je pense.

1. Je ne cite personne ici, parce qu'il faudrait citer la plupart de mes contemporains, de mes prédécesseurs et de mes successeurs. N'allez pas, du reste, tomber à ce propos dans une confusion trop souvent commise à notre préjudice. Certains d'entre nous, je le confessé, ont émis des hypothèses plus ou moins ridicules sur la genèse première de là maladie; mais ils ne se faisaient pas pour cela la moindre illusion sur les causes de son développement ultérieur, sur sa nature essentiellement vénérienne. Genèse première d'un mal et mode ultérieur de propagation de ce mal sont choses fort différentes, que bien à tort vous avez assimilées. Distinguons, je vous prie, pour être justes; ou plutôt distinguez.

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