I. V. note XXIV
peutique : « Lorsqu'une maladie ne compte qu'un seul moyen de guérison , il n'importe que ce moyen soit pénible ou dangereux ; quel qu*il soit, quoi qu'il puisse en coûter au malade^ il faut le mettre en œuvre, il faut y avoir recours. » Je ne comprends pas d'ailleurs pourquoi certains médecins se déchaînent avec tant d'emportement contre l'intervention des remèdes mercuriels dans une maladie aussi dangereuse, aussi épouvantable que le mal français, alors que l'on trouve le mercure préconisé dans une foule d'écrits anciens ou modernes contre toute une série d'affections bénignes et faciles à guérir. Ceux qui condamnent le mercure dans le traitement du mal français sont les premiers à le prescrire contre la scabie, le phlegme salé, le serpigo, l'impétigo, etc. On le trouve bon et on en fait usage contre des maux légers; pourquoi se priver de son utile secours dans une maladie grave ^?
I . Quoi de plus simple et de plus persuasif dans sa simplicité que ce court passage où Vigo combat les injustes préventions qui commençaient déjà à s'élever contre l'emploi du mercure dans le traitement du mal français? Le bon sens y parle d'or, et comme le bon sens est de tous les temps, les arguments de notre auteur conservent tout leur poids aujourd'hui et portent aussi juste qu'autrefois. Tout le procès des adversaires du mercure est condensé dans ces quelques lignes : a ... Ceux qui condamnent ce remède dans le traitement du mal français sont les premiers à le prescrire contre toute une série d'autres affections, voire même contre des maladies bé- -njgnes et faciles à guérir... On le trouve bon et on en fait
Le mercure agit à la façon des médicaments répercussifs^ car il semble faire refluer à l'intérieur du corps les humeurs des parties externes. Or, c'est là précisément ce que lui reprochent ses adversaires. Cette objection ne repose que sur une appréciation erronée de l'action répercussive propre aux composés mercuriels, et il nous sera facile de la réfuter en quelques mots.
Il est deux modes de répercussion. L'un consiste à refouler la matière morbide vers une partie centrale, à Ty tenir prisonnière et à la châtier là, sur place, à force de remèdes. Ce premier mode n est pas exempt de tout danger. Comme le dit Avicenne (chap. De apostemate calido)^ il expose la partie sur laquelle sont appliqués les agents répercussifs à des accidents divers, notamment à l'invasion de vives douleurs. — Le second mode agit différemment. Il appelle les humeurs morbides de la circonférence au centre, mais en même temps il les résout et il les évacue, en leur préparait des voies multiples d'élimination par l'urine, les selles, la salive et les sueurs. Or, cette variété de répercussion est précisément celle que détermine le mercure. Elle agit sur le mal français et le guérit par les évacuations qu'elle provoque,
usage contre des maux légers; pourquoi se priver de son utile secours contre une maladie grave? .. »
Certains médecins de nos jours auraient certes grand profit à méditer ces sages paroles de notre vieil auteur.
mode habituel de résolution pour la plupart des maladies. Elle constitue, en conséquence, le plus sûr traitement qu'il convienne d'opposer à ce mal L'expérience, d'ailleurs, confirme ces données théoriques. Cent fois, en effet, pour ma part, j'ai vu, sous la seule influence des frictions mercurielles et sans le secours d'aucun autre remède^ cent fois, dis-je, j'ai vu la matière conjointe du mal français se résoudre, les douleurs se calmer, les tumeurs se fondre et disparaître, les indurations se ramollir, les ulcères de tout genre se dé** terger et entrer dans une voie rapide de cicatrisation. Q.ue de tels résultats soient le fait d'une répercussion, je le concède volontiers, puisque le remède semble agir en appelant les matières morbides de la circonférence au centre; mais c'est là du moins une répercussion éliminatrice dont le propre est d'expulser de l'économie les humeurs peccantes. Quoi qu'il en soit^ c'est dans ce mode de traitement, je l'affirme, que les malades trouvent salut et guérison.
Mais abandonnons les théories pour revenir à la pratique.
Voici d'abord la formule du merveilleux onguent auquel j'ai fait allusion dans ce qui précède, et dont l'action s'exerce avec une égale puissance à toutes les périodes de la maladie : .
Pr. Graisse de porc liquéfiée une livre.
Huile de camomille, \
— d*aneth, / *
— de mastic, 1 ""» • «■>« »"«.
— de baies de laurier, )
Styrix liquide lo drachmes.
Racine d'aunée concassée, )
- d'yèble, (""*• '^ *>"«*•
Jonc odorant, )
Stœchas, ) ^
Euphorbre pilée une demi-once.
Vin aromatisé une livre et dem.
Faites bouillir jusqu'à évaporation complète du vin; passez; puis ajoutez, au moment où le mélange est encore liquide :
Lilharge d'or 8 onces.
... * ! ana 6 drachmes.
Mastic , )
Résine de pin . une once et demie.
Térébenthine claire ...... une once.
Mercure éteint dans la salive. 4 onces.
Cire blanche une once et demie.
F. s. a, un onguent*.
Mode d'emploi : étendre cet onguent avec la paume de la main sur les régions indiquées précédemment; — avoir soin de pratiquer la friction devant le feu; — recouvrir ensuite les parties fric-
I. Cet onguent contenait environ un peu moins du dixième de son poids en mercure. Il est donc irès-inférieur, comme dose du composé mercuriel, aux onguents qui sont d'un usage commun de nos jours, soit à l'onguent gris, qui contient environ un huitième de mercure, .soit surtout à l'onguent napolitain, dans lequel le mercure et l'axonge entrent à parties égales.
tionnées de compresses chaudes que l'on fixera par quelques tours de bande.
Cette médication est suivie des résultats les plus satisfaisants. Dans l'espace d'une semaine, elle guérit le mal français et fait justice de tous les accidents mentionnés dans le chapitre qui précède *. Merveilleux effet d'un remède dont la vertu propre est d'évacuer par les sueurs^ la salive et les selles la matière morbide antécédente d'où dérivent les ulcères, les douleurs, les tubérosités et toutes les autres manifestations de la maladie !
Pour satisfaire aux mêmes indications, on peut encore avoir recours à un emplâtre composé par moi, dont jai bien souvent fait usage dans ma pratique avec honneur et profit. En voici la formule :
I . Les frictions hydrargyriques, en effet, constituent le mode le plus actif d'administration du mercure, et sont souvent suivies de résultats merveilleux d'une apparition très-rapide. Dans les cas graves, où il y a urgence d'exercer sur la maladie une action à la fois énergique et hâtive, c'est là, sans contredit, la méthode à laquelle il convient d'avoir recours.
Pr. Huile de camomille^
— d'àneth,
. . > ana. . . 2 onces.
— de nard,
— de lis, .
— de safran une once.
. Graisse de porc une livre.
— de veau une demi-livre.
Euphorbe 5 drachmes.
Oliban 10 drachmes.
Huile de baies de laurier .... une once et demie.
Graisse de vipère 2 onces et demie.
Grenouilles vivante^ n** 6.
Vers de terre lavés dans du vin. 3 onces et demie.
Suc de racines dVèble, )
./ / \ ana. a onces.
. — d'aunee, 1
Jonc odorant,
Stœchas , I ana ..... une poignée.
Matricaire, )
Vin aromatisé 2 livres.
F'aites bouillir jusqu^à évaporation du vin; passez, puis ajoutez :
Litharge d'or une livre.
Térébenthine claire 2 onces.
Cire blanche q. s.
Faites un emplâtre en forme de sparadrap, en ajoutant, vers la fin de la cuisson, une once et demie de styrax liquide. Retirez du feu et agitez le mélange avec une spatule jusqu'à ce qu'il soit à moitié refroidi. Ajoutez alors :
Mercure éteint dans la salive .... 4 onces Agitez de nouveau avec la spatule jusqu'à incorporation complète du mercure*.
Excellent remède, d'un effet plus sûr que les I . Telle est la formule originale du fameux Emplâtre
onguents et d'un emploi plus facile pour les malades. Il soulage très-efficacement les douleurs du mal français et cicatrise à bref délai toutes les variétés d'ulcères dérivant du même maP.
Lorsqu'on a recours soit aux frictions, soit à ce dernier emplâtre pour traiter une ulcération, il
de Vigo, qui a joui pendant longtemps d'une vogue immense , et qui , de nos jours même , est encore très-fréquemment prescrit.
Composé d*après cette formule, il constitue* ce qu'on appelle l'emplâtre de Vigo cum mercurio» Non additionné de mercure, il prend le nom d'emplâtre de Vigo simple.
Le lecteur n'y verra pas sans étonnement figurer quelques remèdes étranges, tels que la graisse de vipère, les vers de terre et les grenouilles. Ces trois remèdes étaient en grande estime au temps où écrivait notre auteur. La vipère notamment était considérée comme jouissant de propriétés merveilleuses ; c'était à la fois un alexipharmaque, un antiputride, un antiscorbutique, un atténuant, un incisif, un désobstruant, et surtout un dépuratif, ce qui la rendait particulièrement utile dans le traitement « des galles, des rognes, de la lèpre, de la teigne, des dartres et de toutes les maladies de la peau ». On disait d'elle qu'elle constituait un remède « presque universel, n'ayant d'égal comme vertus que le crâne humain ». Les vers de terre, de leur côté, étaient diaphoréiiques, anti-acides, résolutifs, etc.. Les grenouilies, enfin , ne jouissaient pas de propriétés moins remarquables comme tempérantes, émollientes, apéritives, dissolvantes, humectantes, détersives pour les plaies, etc., etc.. C'était à elles que l'on attribuait principalement les effets salutaires de l'emplâtre de Vigo, lequel pendant longtemps porta le nom di emplâtre de ranettes ou exemplaire de grenouilles. (V. note XXV.)