‹ Le mal qu'on a dit des femmesChapitre 28 sur 31 · CASSIO · texte numérisé non relu

CASSIO

Il parle avec une franchise grossière, madame; le métier de soldat lui va mieux que celui de pédagogue. »

Mais quelle satire plus sanglante contre les femmes que la scène de Richard III, où ce monstre^

souillé de crimes et élincelant d'esprit, arrête lady Anna accompagnant le corps de son mari le r^i Henry VI, assassiné par lui, et là, en présence du cadavre de sa victime, trouve moyen, par l'ironie, par l'insinuation, par la flatterie, par l'éloquence, de tourner peu à peu en amour la haine de cette veuve indignée !

Chose singulière! si l'on y prend garde, c'est, peu s'en faut, la même donnée que celle de /a Mortrône d'Êphèse, que la Fontaine imita de Pétrone; mais dans quel autre ton î dans quel autre registre! et élevée à quelles proportions tragiques ! Au fond, cependant, même idée, même ironie, même satire contre la fragilité féminine, et contre ces emportements des sens que rien n'arrête, au sein même de la douleur.

N'est-ce pas assez? Est-il nécessaire, après Shakspeare, de parcourir toute la littérature anglaise, pour arriver jusqu'à VÊcole de la médisance de Shéridan, ou jusqu'à cette Ironie de lord Byron citée plus haut, ou jusqu'à ce proverbe anglais : « Les vieilles pucelles conduisent les singes en enfer; » ou jusqu'à cette pensée de Hayley, dans son livre intitulé : Essai philosophique, historique et moral sur les vieilles filles, par un de leurs amis :

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fl Je conseilie aux vieilles fiiles d'éviter toutes ces espèces de décorations extérieures que ia jeunesse s'est appropriées, et surtout l'usage des rubans roses, pour lesquels elles ont beaucoup de penchant. Un vaurien de ma connaissance déclarait que toute vieille fille qui se montre décorée d'ornements de cette couleur lui semblait être un vaisseau en danger qui déployait ses signaux de détresse, invitant le premier aventurier à venir à son secours. »

Dans une charmante nouvelle, intitulée la Princesse Mary, Lermontof, auteur russe contemporain, chez lequei on remarque quelques-unes des qualités d'Airred de Musset et de Balzac, Tait parler ainsi son héros, Petchorin :

« L'esprit femelle est un paradoxe à mille Taces. Rarement vous persuadez une Temme; il faut ramener à vouloir.

» L'ordre des preuves au moyen desquelles les femmes triomphent de leurs préjugés est ce qu'i y a au monde de plus or\g\ï\a\. Vowv se mettre a' courant de leur dialectique, \\ laiwl e.ot«\Tsv^ti^w \

renverser toutes les règles de l'école ; prenons un exemple :

» En suivant le sens logique, une femme se dira : — Cet bomme m'aime, mais je suis mariée ; donc, je ne dois pas l'aimer.

» Dans sa logique à elle, voici comment elle raisonnera : — Je ne dois pas l'aimer, car je suis mariée; mais il m'aime... donc...

» Il y a ici une suspension, parce que le raisonnement n'a déjà plus rien à formuler. C'est alors le tour de la langue, des yeux et du cœur, si toutefois elle en a un.

» Et si ces mémoires viennent à tomber entre les mains d'une femme.. .—Quelle calomnie ! s'écrierat-elle.

» Depuis que les poêles écrivent et que les femmes lisent (ce qui est méritoire de la part du sexe), on les a si souvent comparées à des anges, qu'elles ont fini par se persuader, dans la naïveté de leur amour-propre, que le compliment était fondé, sans se rappeler que ces mêmes poètes avaient fait de Néron... un dieu.

» Je devrais cependant parler d'elles avec plus de ménagements, moi qui n'ai aimé qu'elles au monde, moi qui, dans toutes les circonstances^ n'ai jamais bésité k leur s^wXto m^^w x^v^'^ ^'^'^'^ ambition et même ma nVc.

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DES IKHMBS.

Ainsi done nous venons de traverser en courant six ou sept littératures, expressions de six ou sept peuples et d'un plus grand nombre de civilisations très-diverses ; et de toute part nous n'avons entendu que les plus violentes ou les plus amères satires contre les femmes.

A peine trois ou quatre apologies ont-elles essayé d'y répondre dans cette longue suite de siècles. Honneur au courage malheureux!

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Une réfutation est-elle nécessaire? et, contre tout ce qu'on vient de lire, ne suffit-il pas d'écouter la réclamation de notre cœur en faveur de ce sexe féminin tant accablé, et à qui cependant nous sommes redevables ^d'abord de la vie, — ensuite des rares moments beureux que nous y goûtons, — de ce sexe en On qui nous donne, pour tout résumer en quatre mots, nos mères, nos sœurs, nos femmes, nos enfants, tfeaV-^-^Ve^ V^^ "^^x^^ nx^^ biens de cette viel

t08 LE MAL qu'on A DIT

J*ai réservé, pour !a placer ici, la délicieuse fantaisie de Stabi, qui a pour titre : Opinion de mon ami Jacques sur les femmes. Celte boutade estelle pour, est-elle contre les femmes? Est-ce une invective ou un éloge? Est-ce l'un et l'autre?

Que nos lectrices en soient juges.

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