‹ Le mal qu'on a dit des femmesChapitre 30 sur 31 · LE MAL QD'ON A DIT · texte numérisé non relu

LE MAL QD'ON A DIT

faire ce qu'elle ne doit pas être. C'esl qu'au lieu de se mettre à côté de celui qu'elle aime pour l'aider dans la bataille de la vie ; c'est qu'au lieu de lui faire voir le chemin, elle le lui barre, n'imaginant pas que, arrivé jusqu'à elle, il puisse lui rester nn pas à faire.

Je ne médis point de l'amour, mais du rang qu'on lui donne et de l'usage qu'on en fait. Pour une femme qui comprend que la place du devoir doit être faite avant celle de l'amour, dans le cœur d'un homme digne d'être aimé, il en est mille qui mesurent la tendresse de leur amant à ses faiblesses; si bien, que telle qui s'est éprise d'un homme pour sa valeur, est capable/ ô singulière perversité! de lui demander comme preuve suprême d'amour une lâcheté t

L'histoire d'Hercule n'est pas d'hier. Si ce demidieu a accompli ses travaux, c'est qu'il n'avait pas encore filé aux pieds d'Omphale. Croit-on que, s'il eût commencé plus tôt son métier de fileur, il eût jamais conquis sa place dans l'Olympe?

Hélas! quel est le devoir qu'on n'a pas renié pour une femme? quel est le parjure qoi n'est pas sorti d'une poitrine humaine, pour une femme? quel est le crime que la folie de l'homme n'a pas commis pour une femme? à quoi une femme n'at-e/Je pas été préférée*! Cotft\iVftw ft\i t?\A\ ^\w\t-

VU à leurs pieds, sous leurs pieds, les dons de ia jeunesse, les richesses de l'âge mûr et la dignité même de la vieillesse,et qui,au lieu de les relever d'une main confuse et attendrie, les y ont ingénument laissées , faisant sans rémords litière de tous ces biens perdus?

Quel tort n'ont pas fait les femmes, dans leur criminelle innocence, aux plus belles, aux plus saintes choses, à Dieu, à la patrie, aux sciences, aux arts, à tous progrès?

On me dira qu'il y a de beaux poèmes cependant, et de beaux tableaux, et de la musique quasi céleste, et que l'histoire n'est pas pleine seulement de crimes, et que, parmi ces chefs-d'œuvre comme parmi ces grandes actions, il en est que l'amour a inspirés : est-ce que je le nie?

Mais que sont ces chefs-d'œuvre qui existent et qu'on peut compter à côté de tous ceux qui n'existent pas et dont le sacrifice a été fait aux pieds d'une femme aimée? que sont-ils à côté de ces choses éblouissantes, splendides, inexprimées, sublimes certainement, que les grands hommes qui ne nous ont laissé peut-être que des échantillons de leur savoir-faire ont perdues ou dépensées dans un soupir, dans une alarme, dans un regret, daiis un gémissement, aux genoux de leurs maîtresses?

Le dernier mot des génies doivl ^''cw^i^^^^ w^manilé, dernier mot qu'ou 0[i^tt\ia «wîss^^ ^^^'^

tii L8 MAL QO'OH A DIT

leurs œuvres et qui y manque, si grandes qu'elles soient, voulez-vous savoir où il se trouve? Cbercbez-le dans cet abime toujours béant que creuse l'amour autour de ses idoles.

Il y a une chose qu'on ne sait pas assez : c'est qu'un bomme amoureux, encore qu'on prétende le contraire, n'est bon à rien, si son amour est sincère, qu'à faire l'amour t Est-ce qu'on aime à bon marché ? est-ce qu'on aime à demi? est-ce que l'amour laisse un loisir, une pensée à celui dont II s'empare? est-ce que c'est un maître bumain, facile, commode? est-ce qu'il sait ce que c'est qu'une transaction seulement? est-ce que ce n'est pas le plus absolu des dominateurs? est-ce qu'il peut trouver son aise ailleurs que là oà n'y a rien, si ce n'est lui-même? est-ce que son premier soin n'est pas de refouler tout ce qui le gêne? est-ce que le désert, est-ce que le vide qu'il fait autour de lui l'embarrasse jamais? est-ce que son candide et féroce égoïsme ne remplit pas tout, ne suffit pas à tout, n'absorbe pas tout ? est-ce que l'amour qu'ont l'une pour l'autre deux créatures, quelque infimes qu'on les suppose, ne les élève pas plus baut que tout à leurs propres yeux? est-ce que pour celui qui aime, enùn, il y a une misère possible, soit en lui-même, soit en celle qu'il aime*!

Croyez-moi , nous i\'a\0Tvs fv\i^ \^% \^^\ftsi '

DES FJSMMfiS. titt

Tamour, nous ne vivons que de ce qu'il nous a laissé.

Que de batailles perdues, que dis-je? non livrées! que de monuments qui sont restés dans la tête de leurs architectes, ou dont nous n'avons pour toute représentation qu'une bicoque! que de croquis pour une grande page 1 que de sonnets pour un poëme ! que de madrigaux pour un sonnet ! que de néant enfin en place d'œuvres superbes, par la seule faute de l'amour !

On cite comme une grosse affaire un astronome tombé dans un puits, pendant qu'il cbercfaait au ciei une étoile : qu'on essaye donc de compter ceux qui, sans être astronomes, ont fait la même chute en cherchant une femme, soit au ciel, soit sur la terre !

Et je parie ici des gens à qui l'amour n'a pas tout pris, qu'il n'a pas submergés comme c'est son droit, à ce qu'il paraît, à l'âge où nous sommes, qui ne lui ont pas tout abandonné. Que serait-ce si je parlais de ceux pour qui l'amour est tout, à qui il tient lieu de tout, qui le mettent au-dessus de tout, et qui, plus païens que les païens, lesquels ne faisaient du moins de leur amour qu'un dieu inférieur, en font leur seul dieu, leur dieu unique, et se font ses i^TèVtçis», ^rs» \s«x^:\'t^^ ^ss^ vkUmesî

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On dit qu'il n'y a pas de génie Incompris, qu'il n'est point de génie méconnu. C'est mon avis. Tout bomme de génie qui a parié, est ou sera entendu. Mais il y a, qu'on ne le nie pas, les génies ignorants ou dédaigneux d'eux-mêmes, les génies oublieux ou peu désireux de la gloire, les génies muets, ou encore les génies bumbles et dévoués qui, après s'être demandé quelle serait leur fonction sur cette terre, se sont répondu que cette fonction ne pouvait guère avoir pour salaire sérieux que leur avantage personnel, et qui ont jugé qu'un tel but ne méritait pas un effort. Voulez-vous savoir ce qu'ils font, ceux-là, et où vont leurs trésors à enrichir un siècle? Hélas t encore, et toujours, dans l'oreille, dans les bras d'une femme, ou sur ses lèvres, entre deux baisers.

Jolie place, sans doute; mais après? est-ce que

le baiser serait moins bon pour être payé moins

cher? Donnons à l'amour, comme le comprend

notre époque, à cet amour qui stérilise au lieu de

féconder, donnons-lui son vrai nom : temps perdu.

El reprochons aux femmes, dont la tâche était plus

belle cependant, de n'avoir su le dégager de la

triste prétention qu'il a d'être une passion, et de

n'être qu^une passion, que pour souffrir qu'il de-

v/enne celte chose bêlasse ^V %t^^^\^t^ <^u'on

/tomme le plaisir, Reproc\ioi\s-\w\ ^'wqVc \a\\. ^

DES FEMMES. «i7

monde, de ce vieillard encore robuste, en quête, en travail d'une vie nouvelle comme iEson, an vieux sociétaire dérouté, s'efforçant de jouer, à quatre mille ans, des rôles d'amoureux de mélodrame ou de vaudeville.

« Crains la femme et le tonnerre, » disait mon grand-père. Mon grand-père avait raison.

Il est vrai que mon grand-père n'avait pu entendre Arnal, à la fin de je ne sais quelle pièce où ii avait été très-malheureux pour avoir trop aimé, adresser au parterre, avec un soupir élégiaque, cette exclamation qui suffit à venger les Temmes de tout ce qu'on a pu dire contre elles :

Et cependant il en faut !

CONCLUSION. S'il faut une conclusion, je dirai :

Premièrement, la plupart des diatribes qui ont passé sous nos yeux sont ou des éptgrammes innocentes ou des calomnies injurieuses. Les unes sont trop faciles à rétorquer •,\eî&wyVt«^\v^^»fe^'^^Kf5^.^s?»s.

qu*on y réponde.

Ht LE MAIi QV'OH A DIT

DeBxièmeinent, en te qui regarde le reste de& imputations sar le compte du sexe féminîD, c*est ao sexe mascnlin, qui les lui adresse, à s'accuser d'abord lui-même, puisque, directement ou indlrectemeot, les hommes sout presque toujours les complices, et certainement toujours les auteurs des fautes des femmes, soit indiYiduellement, par leurs instigations personnelles, au profit de leurs passions, soit collectivement et socialement par leur oppression hypocrite, au profit de leurs privilèges. Corrigez d'abord le miHeu social, nous verrons après.

« Les femmes, en général, valent beaucoup mieux que les hommes, dit Montgaillard : et, en effet, nos vices font les défauts des femmes : presque tous leur vices nous appartiennent, tandis que leurs vertus et leurs bonnes qualités sont bien à elles et à elles seules. »

Troisièmement, ce qui compense bien des choses, les femmes aiment naturellement le dévouement et le sacrifice. Je dis le sacrifice, pour parler comme tout le monde ; mais, à vrai dire, le mot sacrifice, soit en amour, soit en politique, est inexact et bas : le dévouement à ce que l'on croit et à ce 7ue l'on aime n'est-il pas toujours un bonheur et un

besoin irrésistible? Or, les femmes croient et aiment plus que nous, et, par conséquent, se dévouent plus que nous. Et plus un être se dévoue, plus il est grand. Voilà la supériorité des femmes.

Mon avis est donc qu'il faut dire, avec cet aimable Sterne, -— et ce passage n'est pas dans un de ses sermons :

« Que Dieu bénisse tout le beau sexe; personne ne l'aime plus que moi. Après toutes les faiblesses que j'ai vues aux femmes, toutes les satires que j'ai lues contre elles, je les aime toujours. Je suis fermement persuadé qu'un homme qui n'a pas une espèce d'affection pour elles toutes, n'en peut aimer une seule comme il le doit. »

Et avec Bernardin de Saint-Pierre :

« Les femmes sont les fleurs de la vie , comme les enfants en sont les fruits. »

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