‹ Le mal qu'on a dit des femmesChapitre 6 sur 31 · LE MAL QV'ON A UIT · texte numérisé non relu

LE MAL QV'ON A UIT

Venons à Juvénal.

C'est dans sa sixième salire qu'il résume tout ce que ses compatriotes ont pu dire de plus fort contre le sexe féminin.

Le su/et est celui-ci : Sous prétexte de dégoâter du mariage un certain Posthumus, le poète lui peint les défauts, les vices et les crimes des femmes de son temps.

Elles sont fantasques, chicanières, gourmandes, orgueilleuses, pédantes, impérieuses, superstitieuses, débauchées, empoisonneuses, infanticides. Chacune de ces qualités a son développement particulier dans le poëme.

A vrai dire, les traits généraux de ces peintures de la fangeuse époque impériale ne tombent pas moins àur les hommes que sur les femmes. Et, si l'on voulait aller au fond des choses, on trouverait que, à i'insu même du poète, ils frappent beaucoup plus sur ceux-là que sur celles-ci, puisque les hommes ne sont pas seulement les complices, mais les auteurs de tant de honte et de tant de mal, les femmes étant ce que les a faites le régime d'iniquité et de barbarie que les hommes ont institué.

Voici quelques détails de celte satire^ — non les plus vifs, — car c'est à propos de ce poëte que Boileau a dit :

Le latin dans les mots brave Thonnèteté ; Mais le lecteur français veut être respecté.

Les autres crimes, dit le poëte, ne vinrent qu'au siècle de fer, l'adultère date du siècle d'argent. « Les femmes ne sont courageuses qu'à se déshonorer. »

Fortem animum prœstant rébus quas turpUer audent.

Nobles ou plébéiennes, toutes sont également dépravées. Votre femme est elle musicienne, elle a pour amants tous les musiciens. Quelques-unes choisissent des histrions, quelquefois très-laids. D'autres, des eunuques qui leur donnent du plaisir sans peur. La femme de l'empereur Claude, Messaline, quitte, pendant la nuit, l'oreiller impérial pour le grabat du lupanar. Il y a là un vers fort beau, mais fort vif, que Marie-Joseph Ghénier a paraphrasé ainsi :

Elle étale aux Romains sur un lit effronté, Noble Britannicus, le flanc qui Va porté (

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La poêle ialin a pu dire dans sa concision étincelante :

Ostenditque tuum^ generose BritannicCy ventrem !

Votre femme est-elle par hasard noble et vertueuse, elle ne cessera de vous rebattre les oreilles de sa noblesse et de sa vertu.

Une épouse est un tyran domestique. La couche conjugale est un théâtre éternel de discordes renaissantes, le sommeil en est banni. Et quand est-ce qu'une femme tourmente le plus son mari? C'est lorsqu'elle a quelque perfidie à dissimuler, et qu'elle veut donner le change.

Quel fardeau qu'une femme coquette! Elle se peint et s'empâte le visage : « Le mari qui l'embrasse se graisse les lèvres après ce museau pommadé. A-t-elle un rendez-vous avec un amant, elle se lave le visage ; mais, au logis, à quoi sert de plaire?»

Elle vit avec son mari sur le pied de voisine : toute son intimité se réduit à le tourmenter, lui, et ses amis, et ses esclaves, à le ruiner par ses folles dépenses, surtout en faveur des prêtres avides qui ont su la circonvenir et s'emparer de son esprit, et des juives diseuses de bonne aventure, et des astrologues chaldéens.

Si elle n'a pas passé la nuit à son gré, malheur

à tous ! malbcurà rinlendante ! malheur à la coiffeuse! manieur aux esclaves! elle les fait battre jusqu'au sang. « Pendant ce temps, elle se peint le visage, reçoit ses amies, ou examine l'or et le dessin d'une robe nouvelle. Les coups de fouet vont leur train ! Elle parcourt les apticles d'un long Journal. On frapperait toujours, mats les forces manquent aux exécuteurs : « Sors! crie-t-elle à ce malheureux, quand elle a fini sa lecture. ^

Le satirique, chemin faisant, passe en revue les femmes-hommes,— les bloomerlstes de ce tempslà ; la femme-athlète, qui se plaît à lutter ; la femmemiiilaire, qui fait des armes; la femme politique, discutant les nouvelles ; la femme savante, simple crayon que développeront Boileau et Molière.

Je supprime tout ce qui a trait à Tintempérance des femmes, soit à table, soit aux bains, soit ailleurs; leurs passe-temps nocturnes entre elles pendant les mystères sacrés; — ici, la satire de Juvénal semble faire suite aux Fêtes de Cérès, d'Aristophane, et les mœurs romaines, aux mœurs grecques; enfin, leurs crimes pour cacher leurs débauches, ou pour punir celles de leurs maris, ou pour s'approprier leur fortune.

En un mot, celte satire est un cloaque; c'est la cloaca maxima de Rome.

Voilà les mœurs de l'ère des Césars.

7 LK MAL Qt'OPÎ A DIT

XXYllI

Un proverbe lalin, d'accord avec plusieurs vers de celte satire, disait : « Quiconque n'a point de débats est célibataire. » Qui non liligat cœlebs est.

Et on lisait à Rome l'inscription suivante sur le tombeau de deux époux :

« Arrête, passant, et vois la merveille! Un homme et sa remme qui ne se querellent pas ! »

L'épi taphe que Piron composa pour la sjenne est à peu près dans le même sens :

Gi-gil ma fcmiiio. Ah I qu'elle est bien, Pour son repos et pour le mien I

Est-il besoin, après Juvénal, de citer les autres satiriques, — hommes ou Temmes, — Perse ou Sulpicia?

Et les historiens?— Tacite» aiguisé et amer, dont j'ai déjà transcrit un mot? — Suétone, impassible et indifférent au bien et au mai , comme sera Brantôme?

Et les romanciers?— Pétrone, le Balzac de cette époque? — Et, plus tard, Apulée, avec son Ane d'or, d'une si prodigieuse énormité?

Mais je crois avoir montré par un assez grand nombre d'exemples que, sur le chapitre des femmes, les Romains n'eurent guère plus de justice ni plus de délicatesse que les Grecs ou que les Hébreux.

Encore deux distiques latins, pour en finir avec les impolitesses de cette langue. Le premier, que j'ai trouvé, l'été dernier, écrit sur la muraille blancbe du joli kiosque de Spa, à la place où il est dérendu de rien écrire, est en ces termes :

Quid penna levius? Pulvis. Quid ptUvere? Vèntus, Quid vento ? MuHer. Quid mtUiere ? NihiL

J'ignore quel est i'auleur de ce disUque orné d'une faule de quantité; mais en voici la traduction :

« Qu*y a-t*il de plus léger qu'une pinme ? La poussière, \\ Et de plus léger que la poussière 7 Le vent.

Et de plus léger que le vent? La femme.

Et de plus léger que la femme ? Rien. »

I Le second distique, orné de la roêflie faute de

quantité, et en vers léonins, se lit sur les gardes d'un manuscrit do moyen âge :

a Corriger une femme, c'est vouloir blancbir ^ une brique; et plus on la cbâtie, plus on la lie

. j d'amour. »

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Après les écrivains profanes, latins ou grecs, nous pourrions parcourir les Pères de l'Ëglise qui ont écrit dans l'une ou l'autre langue. A leur tour, ils nous fourniraient, dans leurs bomélies ou dans

leurs traités, plus d'an trait satirique contre les femmes.

Tertalllea, par exemple, gourmande les chrétiennes qui par lear coquetterie ressemblent aux païennes. Il leur reproche de se teindre les cheveux, pour paraître blondes comme les filles de la Germanie et de la Gaule ; de peindre leurs joues avec du vermillon et leurs paupières avec de la suie. Il les accuse expressément d'avoir eu commerce avec le démon et avec les mauvais anges, qui leur ont enseigné ces artifices : apparemment ils voulurent, dit-il, les récompenser des Taveurs qu'elles leur avaient accordées, — mercedes pro Hbidine!

Les démons, — dit-il encore, dans un autre ouvrage, — sont venus trouver les filles des hommes : lodt démons qu'ils sont, Ils en ont été favorablement reçus ; il ne manquait à la femme que cette ignominie, ut hœc quoque ignominia feminœ accideret!

Si ce ne sont là que des métaphores, il faut convenir qu'elles sont vives.

Saint Cyprien , imitateur de Tertullien , ne déclame pas avec moins d'éloquence contre les artifices et la coquetterie des femmes.

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