‹ Le mal qu'on a dit des femmesChapitre 9 sur 31 · L 82 LE MAL QU ON A DIT · texte numérisé non relu

L 82 LE MAL QU ON A DIT

Tout le inonde sait qu*à lort ou à raison, le lion représente la force et le courage, comme le chai représente la ruse et la lâcbelé.

Un des deux poètes du Roman de la Rose, Jean de Meung, continuateur de Guillaume de Lorris, maltraite fort les femmes dans ce poëme. Un jour, l\ elles voulurent se venger, à ce que raconte Bran-

tôme, et faire à cet impertinent un mauvais parti. Elles l'attrapèrent pour le fouetter : « Eh bien.

dit-il, que la plus p commence! » Elles ne

bougèrent ; il se sauva.

Les fabliaux, œuvre du moyen âge, ont poni principale matière les fourberies et les débauches des femmes, et celles des clercs.

11 suint, en ce qui regarde le premier point, d( citer au hasard ces titres :

La femme gui fait trois fois le tour de Véglise.

Les chanoinesses et les bernardines ,

Les trois bossus, Frère Denise cordeliety Etc.

Et tout ce que la reine de Navarre, et Bonaventure Desperriers, et Boccace, et la Fontaine, et Voltaire tireront de celte mine inépuisable.

XXXYII

Vous n'ignorez pas comment cette aimable et gentille Marguerite, la sœur de François l^^, l'amie de Clément Marot, déflnit son Heptaméron :

a C'est, dit>elle, le recueil de totis les tours d'adresse joués par les Temmes à leurs maris et à leurs amants. >

Tous? c'est beaucoup ! Et cependant son secrétaire Bonaventure, glanant après elle, en ajoutera encore un bon nombre ; et Brantôme, une multitude inflnie.

81 LE MAL Oïl'ON A DIT

Ce que Brantôme appelle les Vies des dames ' galantes, dont il remplit les tomes II et lit de ses

If œuvres, ce ne sont pas Ieur3 biographies, mais des

chapelets d'anecdotes étranges. L'érudition de cet

l| abbé est d'une espèce singulière. Ce sont les aven-

tures licencieuses de tous les pays et de tous les temps. Rien de plus effronté, ~ ni déplus monotone ; — pourtant rien de plus bigarré. Les citations du a vénérable Panurge » et de Jean de Meung, avec celles de Juvénal et de Suétone, s'entremêlent d'histoires religieuses tirées de la Bible ou des Pères, et toujours sur le même sujet.

Il disserte copieusement en quel endroit do monde il y a le plus de maris trompés, se servant de l'expression de l'époque, — et passe en revue, à- cette occasion, les femmes de tous les pays : Italiennes, Espagnoles, Grecques, Flamandes, Suisses,' Allemandes, Ecossaises: il semble, un instant, qu'if va donner aux Françaises la palme de la galanterie; mais il se reprend, et conclut que a la chasteté n'habite pas en une région plus qu'en l'autre. »

Au bout de ce chapitre, qui lient un volume, il dit!

« J'easse pu l'allonger mille fois plus que Je n'ai fait, ayant matière si ample et si longue, que, si tous les cocus, et leurs femmes. qui les font, se tenaient tous par la main, et qu'il s'en pût former un cercle, je crois qu'il serait assez baslanl pour entourer el clrcuïr la moitié de la terre. »

11 raille la vertu de Lucrèce et la continence de Scipion.

Ce goût de licence, celte soif de luxure, avait passé d'Italie en France avec les Médicis.

Lorsque Brantôme débute par ces mots, •— et li varie très-peu ses formules : — « J'ai ouï conter qu'une fort honnête et grande dame... » — on peut s'attendre à quelque chose de très-épicé. Le mot honnête a pour Brantôme un sens particulier.

£t ne croyez pas qu'il y ail, ni dans ce mol, ni dans aucune page de ce livre, une ombre d'ironie quelconque. Non, c'est l'expression ingénue d'une corruption qui s'ignore. Ce perroquet de cour répèle ce qu'il a toujours entendu, — sans le juger, sans le comprendre. De sens moral, chez lui, il n'en est pas vestige. Il n'a conscience ni de ce qu'il dit, ni de ce qu'il fait, car sa vie est comme sa plume, aventureuse, folie, ébouriffée. Il est de son temps, il en a les mœurs, 11 les "éfléchittout bonnement, comme le trumeau d'un

86 LE MAL QV'ON A niT

boudoir. Pour ce valet de chambre de rhistoirc. elle est toute dans les cabinets et les alcôves. D( tous les pays et de tous les temps, il n'écréme ou n'écumc que les galanteries lubriques. Tel est son goût, tel est son instinct; telle est aussi la seconde nature que lui a faite l'habitude , et la cour dans laquelle il vit. Il ne se croit, avec tout cela, ni effronté, ni indécent, ni indiscret ; car, après deux volumes farcis de ces anecdotes au piment sur les femmes de fous les siècles, il écrit, toujours avec la même naïveté, un chapitre intitulé :

« Discours septième, sur ce quMl ne faut jamais parler mai des dames. »

. Il est vrai qu'il entend par là seulement que,

:■ lorsqu'on a obtenu quelque chose d'elles, il ne faul

j jamais les nommer. A cela se réduisent toute sa

i morale, toute sa pudeur et tout son respect.

j Je dis que Simonide d'Âmorgos, avec ses grosses

i comparaisons brutales, n'est pas si insoient, ni si

injurieux.

Les jurisconsultes français du moyen Age abon-

DKS FEMMES. 87

dent en raisonnements singuliers sur la nature do la femme et ses imperfections.

— 11 n'est, disent-ils, chose plus légère à muer cl à tourner que le cœur d'une femme.

— Une femme, de sa propre nalure, procure son dommage.

— Les femmes sont très-avares.

— Leurs volontés sont très-soudaines.

— Les femmes font toujours le contraire de ce qu'on leur commande.

— Les femmes sont' réputées fausses, et, selon le droit civil, une femme ne peut être reçue en té~ moignage au testament.

Au XVI" siècle, Jean Bodin, dans son livre sur les sorciers, intitulé la Démonomnnîe, pose ces deux poinls-ci entre autres:

« Que deux femmes, en témoignage, ne valent qu'un bomme;

» Que les femmes , communément, sont plutôt sorcières et démoniaques que les hommes, joint aussi que Satan, par le moyen des femmes, attire les maris et les enfants à sa cordelle. »

\\ Si les jurisconsultes ont, sur ce chapitre, tant de

sévérité et d'injustice, à plus forte raison les poètes ^ et les ptiilosopbes.

Guillaume Coqulllard, ni dans ses Droits nouveaux , série de problèmes drolatiques, ni dans V Avocat des dames de Mris allant aux pardons y ni dans le Monologue de la hotte de foin, — qui , \ raconte à peu près, je crois, ce que racontera plus

î ' tard le Sofa de Crébillon fils,— ni dans le Plaidoyer

d^entre la simple et la rusée, ne dit pas non plus trop de bien de la vertu des femmes. Voici un des passages les plus décents échappés à la plume do ce joyeux Champenois qui fut surnommé le cornposeur gaillard. G*est une des questions de ce recueil des Droits nouveaux :

Un galant mignon, certain soir.

Se présenlanl à l'huis derrière {àla porte dérobée)

Pour sa douce amie aller voir,

Ne trouva que la chambrière.

La chambrière, qui fui belle,

Bien usa de rcecaslon :

DBS FEMMBS. 89

Elle prit ce bieu-là pour elle Et eut cette provision.

A savoir si punition

Doit souffrir comme larronnesse,

El quelle restitution

Elle doit faire & sa maîtresse.

C'est d'anecollecllon de problèmes de cette sorte, mais beaucoup moins chastes, que se compose tout le livre.

Thomas Sibilet, dans ses Rimes en écho, a écrit ces quatre vers :

* Réponds, Écho, et, bien que tu sois femme,

— Femme I

Dis vérité : Qui fit mordre la femme?

— Femme!

Qui est la chose au monde plus infAme?

— Femme I

Qui plus engendre à Thomme de diffame ?

— Femme I

On connaît, cbez François Villon, les Regrets de la belle IJeaitmière jà païucnue à sa vieillesse, et sa Doctrine aux filles de joie,.* cela me dispense (le les citer.

Le poëte énumère ensuite ceux que IcS femmes ont rendus raallieureux, et finit par ce refrain :

Bienheureux est qui rien n^y a !

Il rappelle ce qu'il a eu lui-même à souffrir d'une certaine Catherine Vauselles, éperonnière; et il revient à son refrain :

Soyent blanches, soycnt bruncltcs, Bienheureux est qui rien n*y a !

D'ailleurs, Il se sent maintenant trop vieux 'et trop roqiiartf dit-il, pour s'aventurer à l'amour.

Dans son Grand Testament, son principal poëme, il lègue à une abbaye de filles , située à Montmartre, un monastère d'hommes du mont Valéricn.

Cela ne serait-il pas l'idée première du fameux

DES FEMMKS. 01

projet de Panurge conceruanl les forlilications de Paris î

Lorsque Henri IV assiégeait cette ville, c'est dans cette abbaye de Montmartre quM! allait chercher des distractions. Il finit même par enlever l'abbesse.

Combien Rabelais tout entier nous offrirait de traits et même de chapitres, s'il avait la langue un peu moins épaisse de dive purée septembrale, et qu'il fût possible de le citer î

Et Clément Marot, dans ses épigrammes ou dans ses coq-ù-l'âne !

Et tout le théâtre du moyen âge, dans ses malicieuses satires et ses farces grasses, retournant en mille manières et continuant les fabliaux. Il sulïira de rappeler ces titres :

DS LE MAL Qu'on A DIT

Les hommes qui font saler leurs femmes^ à cause qu'elles sont trop douces^ La farce de faire et de dire, Etc.

On n'en aurait jamais fini avec les gausseries de tous ces bons compagnons, illustres ou anonymes, qui ont dit tant de mal des femmes, et qui leur ont s! peu pardonné, parce qu'ils les ont beaucoup aimées.

Quant à Montaigne, c'est autre chose : il est froid pour elles, et dédaigneux comme un Romain. Lorsque ces bons Gaulois battaient leurs femmes, c'était une marque d'amour; Montaigne ne les bat même pas. Hélas ! non ; il leur accorde des éloges ironiques.

Ainsi, donnant divers exemples de fermeté dans la douleur :

« Meslons-y les femmes, dit-il. Qui n'a ouï parler à Paris de celle qui se fit escorcher pour seule-

ment en aequérir le teint plus frais d'ane nouYelIe peau!»

On peut douter que le moyen fût bon. Et on est tenté de prendre T^necdole pour une gasconnade du seigneur de Montaigne. Aussi se hâte-t-il de mettre sa véracité à i'abri sous une citation de Tibulle, cliez qui peut-êlre il a péché ce conte :

€ Il s'en trouve, dit le poète latin, qui ont le courage d'arracher leurs cheveux blancs et de s'enlever la peau du visage pour s'en refaire une nouvelle. »

Vellere quels cura est albos a stirpe capillos Et faciem, dempta pelle, referre novam.

Montaigne ajoute :

c Que ne peuvent-elles, que craignent-elles, pour peu qu'il y ait d'agencement à espérer dans leur beauté? J'en ai vu engloutir du sable, de la cendre, et se travailler à point nommé de ruiner leur estomac, pour acquérir les pasies couleurs. Pour se faire un corps bien espagnole, quelle géhenne ne souffrent-elles, guindées et cenglées, à tout (avec) de grosses coches sur les côtés, jus-

9i LK MAL QU UN A DIT

ques à la chair vive ? oui, quelquesrois à en mourir. »

Ce que Cosle interprèle ainsi : « Des éclisses, qui, pressées fortement sur les côtés par des ceintures, y rendaient la chair insensible et aussi dure que la corne ou le cal qui vient aux mains de certains ouvriers; ce sont les corps venus d'Italie et d'Espagne, auxquels ont succédé les corsets, beaucoup moins barbares déjà. »

Montaigne, dans un autre endroit, affirmant que les femmes ont toujours du penchant h contrarier leurs maris, et qu'elles en saisissent. tous les prétextes, s'exprime ainsi :

« Il est toujours proclive aux femmes de disconvenir à leurs maris; elles saisissent à deux mains toutes ouvertures de leur contraster. Le vieil Gaton disait que « autant de valets, autant d'ennemis; » voyez si, selon la distance de la pureté de son siècle au nostre, il ne nous a pas voulu advenir que femme, fils et valets, autant d'ennemis à nous. »

Ainsi voilà la femme et le flis mis par le philosophe au même niveau que les valets et les esclaves !

S'il faut en croire ce sceptique, la pudeur, c'est coquetterie.

«Pourquoy inventa Poppea de masquer les beautés de son visage, que pour les renchérir à ses amants? Pourquoi a-t-on voilé jusqucs au-dessous des talons ces beautés que chacune désire montrer, que chacun désire voir? Pourquoy couvrent-elles de tant d'empcschements, les uns sur les autres, les parties où logent principalement notre désir et le leur? Et à quoi servent ces gros bastions, de quoi les nostres viennent d'armer leurs flancs, qu'à leurrer notre appétit, et nous attirer à elles en nous csloignant?

Et fugit ad saliceSt sed se cupil ante videri ^. Interdtim tunica duxil operla moram *.

» Aquoy sert l'art de cette honte virginale, cette froideur rassise, cette contenance sévère, celte profession d'ignorance des choses qu'elles savent mieux que nous qui les en instruisons, qu'à nous accroître le désir de vaincre, gourmander, et fouler à notre appétit toute cette cérémonie et ces ob-

^ « La bergère fuit vers les saules, mais, en fuyant, désire être aperçue. » Virgile, Églogue ill.

* Souvent elle a opposé sa robe à mes impalients désirs, a Properce, Élégie XY.

Stades? car ii y a non -seulement du plaisir, mais de la gloire encore, d'affoler et desbaucher celte molle douceur et celte pudeur enfantine , et de ranger à la merci de notre ardeur une gravité froide et magistrale : c'est gloire de triompher de la modestie, de la cliasteté et de la tempérance ; et qui déconseille aux dames ces parties-là, il les trahit et soi-même : il faut croire que le cœur leur frémit d'effroy, que le son de nos mots blesse la pureté de leurs oreilles , qu'elles nous haïssent, et s'accordent à nostre importunlté d'une force forcée. La beauté, toute-puissante qu'elle est, n'a pas de quoi se faire savourer sans cette entremise. »

Dans son chapitre de r Amitié, il prétend que les femmes sont incapables d'un tel sentiment, et que ce sexe, « par le commun consentement des escholes anciennes, en est rejeté. »

Au diable les écoles anciennes!

L'auteur des Essais no montre que sur uii seul point quelque Justice envers les flemmes : c'est lorsqu'il prouve avec quelle iniquité les hommes prétendent exiger d'elles plus qu'ils ne savent observer eux-mêmes. Il accumule les histoires les plus drôles du monde sur ce dont les uns ou les autres sont ou ne sont pas coupables. Le bon de l'affaire est que ce chapitre, le cinquième du livre 111, est Intitulé : Des vers de Virgile.

Ah! que Régnier, le bon Malhurin, est- bien d^une aatre bumeur que Montaigne, et d'un plus heureux naturel, et d'un plus riebe tempérament! Il ne peut s'empêcber d'aimer toutes les femmes î Lui en voudront-eiies, s'il les salirise à ce propos? Il découvre en elles cent défauts, et celte variété même le charme et le ravit :

En cela Ton cojinait que la Nature est sage,

Que, voyant les défauts du féminin ouvrage,

QuMl serait sans respect des hommes méprisé,

L'anima d^un esprit et vif et déguisé ;

D^une simple innocence elle adoucit sa face.

Elle lui mit au sein la ruse et la fallace ;

En sa bouche, la foi qu^on donne à ses discours,

Dont ee sexe trahit les cieux et les amours !

Et selon, plus ou moins, qu^elle élail belle ou laide.

Sage, elle sut si bien user d*un bon remède.

Divisant de Tespril, la grâce et la beauté,

Qu^elIe les sépara d'un et d'autre côté ;

De peur qu'en les joignant quelqu'une eût l'avantage,.

Avec un bel esprit, d'avoir un beau visage.

La belle, du depuis, ne le recherche point ;

Et l'esprit rarement à la beauté se joint.

Quant à lui, il les aime toutes, aussi bien les belles sans esprit que les spirituelles sans beauté ; (le façon ou d'autre, il y trouve toujours son compte. Et tous les hommes, dit-il, sont ainsi :

.11 n'est homme ici-bas

Qui soit exempt d^amonr non plus que du trépas. Ce n^cst donc chose étrange, étant si naturelle. Que cette passion me trouble la cervelle, M'empoisonne resprit, et me charme si fort.

Que j'aimerai, je crois, encore après ma mort !

En faisant la satire des femmes, peut-on célébrer leur pouvoir avec plus de verve et plus d'énergie?

La Macelle du même poëte, type de la dévote hypocrite, voulant corrompre une jeune flilc, lui débite ces affreuses maximes : *

Ces vieux contes d'honneur dont on rcpalt les dames Ne sont que des appàls pour les débiles Ames. Qui, sans choix de raison, ont le cerveau perclus. L'hoiMieur est un vieux saint que Ton ne chôme plus. Il ne sert plus de rien, sinon d'un peu d'excuse. Et de sot entretien pour ceux-là qu'on amuse,

Ou d'honnête refns, qnantl on ne veut aimer.

II est bon en discours, pour se faire estimer ; Mais au fond c^est abus, sans excepter personne. La sage se sait vendre où la sotte se donne.

Ma fille, c'est par là qn'il vous en faut avoir.

Nos biens, comme nos maux, sont en notre pouvoir

Fille qui sait son monde a saison opportune ;

Chacun est artisan de sa bonne fortune :

Le malheur, par conduite, au bonheur cédera.

Aidez-vous seulement, et Dieu vous aidera.

Combien, pour avoir mis leur amour en séquestre,

Out-elles en velours échangé leur limestre,

Et dans les plus hauts rangs élevé leurs maris !

Ma fille, c'est ainsi que Ton vit à Paris,

Et la veuve aussi bien comme la mariée.

Celle est chaste^ sans plus, qui n'en est point priée.

Toutes, au fait d^amour, se chaussent en un point :

Jeanne, que vous voyez, dont on ne parle point,

Qui fait si doucement la simple et la discrète.

Elle n'est pas plus sage, ains elle est plus secrète ;

Elle a plus de respect, non moins de passion,

El cache ses amours sous sa discrétion.

En amour, l'innocence est un savant mystère, Pourvu que ce ne soit une innocence austère.

Mais qui sache, par art, donnant vie et trépas. Feindre avecque tlouceur qu'elle ne le sait pas.

II faut aider ainsi la beauté naturelle ; L'innocence autrement est vertu criminelle.

On retrouve dans ravaot-derniejr yers une des pensées de Montaigne que je viens de citer, et une autre d'Ovide dans ce vers :

î Celle est cbasle, sans plus, qui n'en est point priée. ^ Catta est qnam nemo rogavit.

XLYII

Le poêle Malherbe, adversaire de Régnier en tout le reste, ne se trouve d'accord avec lui que sur le chapitre des femmes :

u II n'y a que deux belles choses au monde, écrit-il, les femmes et les roses, et que deux bons morceaux, les femmes et les melons. »

Assurément, ce n'est pas dire du mal des femmes. Mais la singulière façon d'en dire du bien t Est-il beaucoup de femmes qui fussent satisfaites d'être louées ainsi ?

Passe encore pour la première comparaison, — les roses! mais la seconde! les melons! Fi!... ce grand poêle normand était bien matérialiste.

DES FEMMES. iOl

Il ne faisait, du reste, que répéter les Grecs. On raconte que les sages de la Grèce, assemblés chez Périandre, tyran de Gorinthe, après avoir agité plusieurs questions de politique et de morale, en vinrent à des propos moins sérieux : on parla des femmes, et tous convinrent qu'ils ne voyaient dans l'univers que deux belles choses, les femmes et les roses, et deux bonnes, les femmes et le vin.

Passons à mademoiselle de Scudéry.

« Rien n'est plus propre, dit-elle, à augmenter une inclination naissante dans le cœur de la plupart des femmes, que d'apprendre que ceux qu'elles aiment sont aimés. »

Faut-il en conclure que les femmes, aussi bien que les hommes, ont ordinairement plus d'amourpropre que d'amour?

Ninon de l'Enclos, qui compta parmi ses amants

< iùi LE MAL qu'on à DIT

' le grand Condé, le duc de la Rochefoucauld, 1<

maréchal d'Ëstrécs, le marquis de Sévigné, Villarceaux, la Châtre, —à qui elle fit un si bon billet, — et parmi ses amies, mesdames de Maintenon, de la Sablière, de la Ferlé, de la Fayette, a écrit, entre autres pensées sur les femmes, ces deux-ci :

« Il n'est pas toujours nécessaire que l'amoui . s'en mêle pour faire succomber une femme : il esl de malheureux instants où la plus vertueuse est la plus faible. La raison de cette bizarrerie esl que la nature veille sans cesse et tend toujours ^ sa fin. Le besoin d'aimer fait dans une femme une partie d'elle-même ; sa vertu n'est qu'une pièce de rapport. »

i^}j « Le mal que les prudes disent de l'amour, la

jii résistance qu'elles lui opposent, le peu de goût

I qu'elles affectent pour ses plaisirs, la peur qu'elles f ' en ont, tout cela est de l'amour ; c'est s'en occujt; per, c'est lui rendre hommage à leur manière. Il

II sait prendre chez elles mille formes différentes : .' comme l'orgueil, il vit de sa propre défaite. »

Un des plus jolis sonnets de la langue français

DES FEMMES. i03

est celui-ci, adressé par Sarrasin à son ami M. de Charleval :

Lorsque Adam vit cette jeune beauté Faite pour lui d^une main immortelle, 11 Taima fort ; elle, de son côté (Donlbien nous prend), ne lui fut pas cruelle.

Cher Charleval, alors, en vérité, Je crois qu^il fut une femme fidèle.

Mais comme quoi ne Taurait-elle été ?

Elle n^avait qu^un seul homme avec elle !

Or, en cela, nous nous trompons tous deux :

Car, bien qu^Adam fût jeune et vigoureux, ■ Bien fait de cœur et d'esprit agréable.

Elle aima mieux, pour s'en faire conter.

Prêter Toreille aux fleurettes du diable, Que d'être femme et ne point coqueter.

Ce Sarrasin est le contemporain de Richelieu, celui à qui Scarron a adressé Tépitre burlesque :

Sarrasin, Mon voisin.

Etc.—

On n'a jamais écrit contre les femmes rien de

iOi LE MAL qu'on A DIT

plus gracieux ni de plus élégamment tourné que ce sonnet armé de deux pointes pour une.

Un petit livre latin, impriiné en i64i, prouve par les Écritures « que les femmes ne sont point hommes ; que, par conséquent, le Christ n'est pas mort pour elles et qu'elles ne peuvent être sauvées : Mulieres scilicet non esse homines , Christum ergo pro iis non esse passum^ nec eas salvari.

C'est, ce me semble, un petit pamphlet ironique sur la manière dont quelques sectes religieuses interprétaient les Écritures.

Il est suivi d'une réfutation, également en latin, par Simon Gedic, docteur en théologie, lequel, selon toute apparence, est l'auteur de l'un et de l'autre.

LU

Chez Molière, la satire des femmes — celle des hommes aussi !— se trouve à chaque page. Comme

DES FEMMES. i05

Aristophane, il a consacré à la peinture des caprices, des ridicules et des péchés féminins, plusieurs comédies entières : le Dépit amoureux, les Précieuses, V École des Maris, V École des Femmes, la Critique de VÉcole des Femmes, les Femmes savantes, sans parler des caractères et des portraits qu'il a placés dans ses autres pièces, tels que la coquette Célimène et la prude Ârsinoé dans le Misanthrope, et d'autres encore çà et là. Le raisonnement que fait Gros-René à son maître, au quatrième acte du Dépit amoureux, est presque aussi sublime que celui de Sganarelle à don Juan, en forme de sorite :

GROS-REIfé.

II faat apprendre à vivre à ce sexe volage,

Et lui faire sentir qoe Ton a du courage.

Qui souffre ses mépris les veut bien recevoir !

Si nous avions Tesprit de nous faire valoir,

Les femmes n^anr aient pas la parole si haute :

Oh ! qu'elles nous sont bien fiëres par notre faute 1

Je veux être pendu si nous ne les verrions

Sauter à notre cou plus que nous ne voudrions,

Sans tous ces vils devoirs dont la plupart des hommes

Les gâtent tous les jours dans le siècle où nous sommes.

Vous reconnaissez là une des Idées d'Ovide.

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