‹ Le Mal qu'on a dit des medecins (volume 2)Chapitre 12 sur 88 · BORDELON · texte numérisé non relu

BORDELON

ATHÉNÉE (ni* siècle)

LE BANQUET DES SAVANTS (l)

... Par Minerve 1 Ménécrate de Syracuse n*a pas eu cette jactance (2), lui qu'on avait surnommé Jupiter, et qui était si orgueilleux; disant que par son art iatrique, il était l'arbitre de la vie des hommes. Il exigeait de ceux qu'il traitait de maladies regardées comme incurables (3), de s'engager par écrit à le servir, comme

(i) Traduction de Lefévre de Villebrun.

(2} Athénée vient de parler de l'orgueil d'un cuisinier qn* se vantait d'avoir trouvé le moyen de rendre immortel .et de ressusciter les morts à la seule odeur de ses plats.

(3) Le texte dit sacrées, parce que les maladies rebelles à tous les moyens curatifs étaient regardées, dans l'antiquité, comme un mal dont on devait rapporter la cause à la divinité. L'épilçpsie était au nombre des maladies sacrées, et elle était souvent simulée, comme de nos jours, pour exploiter la charité et la pitié des passants. Ménécrate avait sans doute affaire à de semblables imposteurs qui se jouaient habilement de son orgueil et savaient en tirer profit.

SCS esclaves, lorsqu'ils seraient guéris, et réellement ces sujets ne le quittaient plus. Tel fut, entre autres, un Nicostrate d'Argos, qui l'accompagnait sous l'extÉrieiic d'Hercule, dont i! avait pris le nom après avoir été guéri. Ephippus en fait mention dans son Pellasle : n Mais Ménécraie disait ainsi qu'il était dieu ; et Nicostrate d'Argos, qu'il était un autre Hercule. »

Un autre de ces sujets guéris, prenait la chlamyde eC le caducée de Mercure, un autre y ajoutait ses talonnières et les ailes de son chaperon, comme fit Nicagoras de Zclée, qui fut tyran de sa patrie, selon ce que dit Baiton, dans ce qu'il raconte des tyrans d'Ephëse.

Hégésandre rappotte que Méuécrate, ayant guéri Astycréon, lui fit prendre le nom d'Apollon. Un autre, qu'il avait pareillement traité avec succès, prit l'habit d'Esculape, et l'accompagna partout. Quant d Ménécraie, il portait; sous le nom de Jupiter, une robe de pourpre, une couronne d'or sur la tête, le sceptre à la main, des crépides aux pieds, et allait partout avec son cortège de divinités. Il écrivit un jour i Philippe une lettre conçue en ces termes :

MinkraU Jupiter, à Philippe, saint.

naladif, jasqui dans l'ex

ceux gui st portent bien, s'ils suivent mes ordres. Si tu as donc des gens à ta solde pour garder ta personne et ta vie, j'ai, pour garder la mienne, tous ceux que f aurai arrachés à la mort; car c*est moi, Jupiter, qui leur donne la vie,

Philippe répondit à ce fou par ces quelques mots :

Philippe à MénkraU, santé (i).

Ménécrate écrivait presque dans les mêmes termes à Archidamus, roi de Lacédémone, et à d'autres dans l'occasion, n'omettant jamais son titre de Jupiter,

Philippe l'invita un jour à souper, lui et les dieux qui lui appartenaient. Il les fit placer sur le lit du milieu, dont les ornements, très élevés, étaient de la plus grande magnificence, et avaient l'appareil de la pompe la plus sacrée. On leur présenta par ses ordres une table où l'on avait placé un autel; les prémices de tous les fruits se trouvaient dessus, et lorsqu'on servait de toutes sortes d'aliments aux autres convives, les esclaves ne présentaient que l'odeur des parfums et des libations à Ménécrate et à sa suite. Enfin, le nouveau Jupiter, devenu la

(i) Élien raconte, dans ses Histoires variées, que ce prince ajouta : « Je te conseille de te rendre & Ântycire », la patrie classique de l'ellébore, plante qui avait la réputation de guérir la folie.

risée de la cptnpagaie avec ses serviteurs dieux, s'enfuit du repas, selon le rapport d'Hégésandre. Alexis rappelle aussi Ménécrate dans son Minos,

HÉDYLE (iir« siècle) (i)

ÉPIGRAMME

Agis n'a point donné de clystère à Aristagore, et il ne lui a pas tâté le pouls; mais à peine est-il entré, qu'Aristagore . est parti. L'aconit eut -il jamais une telle puissance? O vous qui fabriquez des bières, couvrez Agis de fleurs et de couronnes !

STRATON (II- siècle)

EPIGRAMME

Le médecin Capiton a lavé les yeux de Chrysès avec son élixir. Il voyait une tour à huit stades de distance, à la distance d'une stade il voyait un homme, à douze coudées une caille; un

( I } Les citations d'Hédyle^ de Straton, de Nicarque, de Macédonius, d'Agathias, de Callicter et de Lucille, sont tirées de V Anthologie grgc^ue, traduite par Fr. Jacobs.

pou, il Teût aperçu à deux palmes. Et maintenant il ne voit pas une ville à un stade, à deux plèthres il ne distingue pas les feux d*un phare, il voit à peine un cheval à une palme, et au lieu de la caille qu'il voyait naguère, il ne peut plus voir même une autruche. S'il continue son remède, il n'apercevra plus même un éléphant debout devant lui.

NIC ARQUE (ir siècle)

ÉPIGRAMMES

Passant, que demandes-tu ? — Je te demande quels sont ceux qui sont ici, enterrés sous ces tombes. — Ce sont les malades de Zopyre, ceux qu'il a privés de la douce lumière, Damis, Aristote, Démétrius, Arcésilas, Sostrate et la suite jusqu'à Parétonium (i). Ayant pour caducée un bâton et des sandales pour talonnières, nouveau Mercure, il conduit aux enfers tous ceux qu'il soigne.

Le médecin a-t-il étouffé la vieille ou lui a-t*il donné un lavement? Personne n'en sait rien.

Mais la suite a été bien prompte, surnaturelle.

(i) Ville sur la limite occidentale de l'Egypte.

Le bruit d*un clystère était encore dans les oreilles qu'on plaçait une couronne sur le cercueil, et que la famille préparait le repas funèbre.

Phedon ne m'a administré ni lavements ni frictions; mais, ayant la fièvre, je me suis rappelé son nom et me voilà mort.

Imitation.

Phœdon, dans un accès de fièvre assez légère, Ne m'a rien ordonné, ni boisson, ni clystère; . Ne m'a même pas vu. Mais qui peut fuir son sort? Le nom seul de Phœdon m'a frappé. Je suis mort.

Poan-Saint-Simon.

Socles, ayant promis de redresser le bossu Diodore, plaça trois lourdes pierres carrées sur la bosse de son épine dorsale. Ecrasé sous leur poids, Diodore mourut, mais il était devenu plus droit qu'une règle.

l'orthopédiste (i)

Socles à Diodore avait fait la promesse De le débarrasser d'une bosse traîtresse.

Sur son échine donc il entasse à la fois Trois blocs carrés d'une grosseur extrême.

Notre bossu périt écrasé sous le poids, Mais plus droit qu'une règle même.

(i) Traduction de J.*D. Chopin.

Si tu as quelque ennemi, Oenys, n'appelle pas sur lui la colère d*Isis (i), ni d'Harpocraçe, ni d'une divinité qui prive de la vue, s*U en est quelqu'une; mais c'est Simon qu'il faut invoquer, et tu sauras ce que peut un dieu, ce que peut Simon,

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