‹ Le Mal qu'on a dit des medecins (volume 2)Chapitre 43 sur 88 · FOUR LA MÈRE CONTRE LE PÈRE · texte numérisé non relu

FOUR LA MÈRE CONTRE LE PÈRE

... Maintenant, elle ne peut pas résister à sou

déplaiàr; elle est inconsolable, lorsqu'elle songe qu'elle a perdu un fils qui pouvoic estre cooservé. Elle ne sçauroit se persuader que sa maladie fùE mortelle, puisqu'on a découvert eu luy les moyens de rendre la santé i un autre. Quelque raison que puisse alléguer ce cruel vieillard pour couvrir son parricide par la crainte d'un plus grand malheur, ie n'en trouve point i soustenir qu'ils seroieai tous deux morts, puisque nous n'avons perdu que celuy qui a esté tué.,. Un père qui lue son fils, ne peut pas dire qu'il l'ait perdu. Il se console en disant qu'il a fait beaucoup d'en conserver un. Mais la condition de la mère est différente, elle n'adjousta point de foy aux promesses du médecin, et ne voulut iamais consentir i une opération si funeste... Le père vous doit sembler aussi criminel que s'il les avoit tués tous deux, puisqu'il les abandonna tous deux au choix du médecin, et qu'il a donné la vie de l'un au hasard de sauver celle de l'autre.

... Qji'importe que les médecins soient tombez d'accord qu'ils en dévoient mourrir l'un a l'autre, puisque c'esioit une mesme maladie?

L'événement a fait voir qu'ils se Irompoient; nous n'avons neantmoins pas sujet de non:

plaindre de leurs advis, ayant désespéré de leur santé, ils les abandonnèrent à nostre conduite.

C'est u

e de désespérer n connoist pas les remèdes.

du mal, quand oi

l'aime bien mieux cette ignorance; et

premiers médecins sça voient celuy dont o

MTVy, ie ies iouè infinii

i prouver qu'ils s'abusoient, ib iugerent incurable le mal, dont un autre a trouvé le remède, au moins si nous en croyons le père. Car, Messieurs, soit que le dernier ait voulu couvrir son ignorance par sa vanité, ou qu'il ait voulu passer pour plus habile que les autres, en proposant quelque chose de nouveau, il crût que le pins seur estoit de promettre la guerison de l'un de nos enfans par un remède que personne ne devoit iamais expérimenter : Il advoûa qu'il ne connoissoit pas la cause de leur mal, mais qu'il en sauverolt un, pourveu qu'on luy permist d'égorger l'autre, de l'ouvrir, et de considérer ses entrailles. lugez. Messieurs, si la piété et le soin qu'un père doit avoir pour ses enfans s'en devoit rapporter à. cet homme là, qui promeitoit le remède à un mal qu'il oe connoissoit pas; et pour i que le père n'a point agy par u d'affection, il n'en dit rien à la mère. Il ne prit point conseil de ses parens, ny de ses amis; mais se contentant de la persuasion du mededn et de la sienne, il eust bien le cosur de choisir l'un des ses enfans pour le destiner à la mort; ce qui est encore plus cruel que s'il l'avoir tué luy-niesme. Qpe ce parricide nous die maintenant pourquoy dans son désespoir a-t-il plustost choisi l'un que l'autre, puis que leur maladie estoit si semblable? S'il estoit indifférent au mededn de tuer l'un ou l'autre, on trouvera

qu'ib pouvoient vivre tous deux; et s'il ne l'estoit pas, on trouvera que ce n'estoit pas la mesme maladie. Tout le monde se peut aisément imaginer quelle fut cette operatîOQ dans laquelle le médecin cherchoit le remède d'un jeune homme par la mort d'un autre. lesçay bien que si ie raconte les douleurs qu'on lui fit souffrir, ie renouvelleray celles de la mère. Il faut toutes fois que ie vous représente en peu de mots l'encez d'une longue cruauté. La mort fut la plus légère de toutes les peines qu'il endura, Qii'il ne s'excuse point par le succe/ de cette opération, et qu'il ne se vante point d'avoir guery l'un des frères. Il est bien asseuré que le médecin en a tué i'un; mds il est fort incertain qu'il ait guery l'autre. Cette pauvre mère affligée redouble ses plaintes et demande à son mary et au médecin, ce cher dépost qu'elle leur avoit confié. Voila, dit-elle, celuy que vous m'avez laissé; voila cet incurable dont la mort, à ce que vous disiez, estoit infaillible; voila celuy que vous aviez abandonné à la volonté du médecin, qui l'auroit tué s'il avoit voulu. Vous voyez comme les vœuï d'une bonne raere ont esté exaucez, et comme mes soins ont reiissy. Après l'avoir long-temps pressé contre moa sein, pour rappeler la chaleur naturelle; après l'avoir r'aniraé par mes baisers, après l'avoir excité par mes plaintes, luy avoir déguisé et prorais beaucoup de choses ; surlout après luy avoir asseuré que son frère estoit guery, il s'efforça de vivre,

et revint en convalescence. le ne veux point faire icy parade de ma piéié, ic ne veux point m'attribuer le succez de sa guerison. Voulezvous sçavoir en peu de mots comment il est guery? c'est par la mesme voye qu'ils le pou-

... Ce père dénaturé tasche d'excuser sa témérité sur consentement des médecins qui iugeoient le mal incurable. Laissons sa cruauté, pour nous plaindre au nom de tous les hommes des gens de cette profession, qui n'est establie que sur nostre crainte. Le destin gouverne les aSaaes du monde, c'est luy qui nous donne k vie, le mal, la santé, la mort. La médecine ne fait autre chose que de nous flatter d'une vaine espérance; qu'elle nous abandonne, ou qu'elle nous secoure, tout cela est indiffèrent. Si nous considérons les premiers hommes qui estoient si robustes et si vigoureui, nous trouverons qu'ils ne se servoient point des mededns, et qu'ils ne laissoient pas de guérir leurs playes et leurs maladies, non pas par de vaines subtilitez, mais par des observations et par l'expérience de sera- ■ blables evenemens. Ce n'est pas la médecine qui guérit, mais tout ce qui guérit s'appelic médecine. N'est-ce pas une chose insupportable, que cet art que l'on dit qui a esté inventé pour la conservation de la vie, s'attribue insolemment la prévoyance de l'avenir, qu'il annonce la mort, et que ne pouvant pas apporter de remède à nos maux, il veuille s'authoriser par l'ignorance?

Qjjoy, faut-il abaBdaaner un homme qui res^nre^B qui parle, qui connoist, comme si c'estoic i corps privé de sentiments? et faut-il croire q □ostre vie ait les mesmes bornes qu'une scieoce si trompeuSE et si mal ssseuriie?... Il y a de l'injustice de croire qu'une maladie fort incurable, parce que la médecine n'en connobt pas le remède, et de vouloir rendre les destins coupables de k foiblesse de noslre esprit. Il n'y a rien de plus important pour tous les hommes, que de faire durer l'espérance autant que la vie. C'est pour cela que l'on retarde les funérailles et que nous les faisons avec des cris et des larmes. 11 ne faut pas mesme croire si légèrement à la mort. On en voit revenir du tombeau, les uns ont esté guéris par une heureuse négligence, les autres par la témérité du desc^spoir, et par des choses qui en apparence leur dévoient estre mortelles. Qjtand la médecine auroit la connoissance de la maladie, et qu'elle ordonneroit des remèdes salutaires, comment peut-elle discerner les qualitez différentes que la nature a mis dans le cceur et dans les entrailles d'un chacun? Nos corps ne sont pas si differens dans l'extérieur, . comme ils le sont au-dedans... Messieurs, ie vous laisse à iuger si on devoit adjouster fby aux médecins qui désespéraient de la vie de ces deux malades, leur opinion s'est trouvée fausse en celuy qui en est eschappé, et en celuy qui n'est pas mort de sa maladie... Les médecins, dit-il, en avoient désespéré. Qu'importe, il ne

les ^oii pas en croire... Qj:oy, 1

aui paroles des mededas, qu'u

d'ignorance et de mensonge el

laisses emporter â k persuasion d'un seul contre

tous les autres?

... Mais, Messieurs, iugez un peu de Tir litude de k mededne. Voila u qui confesse ÎQgeDuèmeat qu'il ne connoïsE pas la maladie, et toutesfois il promet un remède, qui ne devoit pas mesme esire permis, quand il en auroit eii une parfaite connoissance. l'en tuèray l'un, dli-il, et ie gueriray l'autre. Souviens-toy, père barbare, qu'il ne promet de guérir, qu'après avoir tué... Peuses-tu que ce soit un secret de l'art qu'il te propose, parce qu'il parle obscurément, el qu'il couvre son inesperience? Comment pourra-t-on sçavoir si un homme que l'on assassine fut mon de sa maladie? Il l'avoué qu'il ne la connoist pas. Apres cela, tu ne devoispas seulement mettre en usage le moindre de ses remèdes. Mais, dit-il, s! vous me permettez d'ouvrir les eatrailles de l'un de vos enfans, et d'en faire la dissection, peut-estre trouveray-je quelque rernede pour l'autre. Certes, Messieurs, ces paroles douteuses rendent en quelque façon ce médecin excusable, il ne s'imaginait pas qu'on adjousiat foy à. une proposition si estrange... Je "

genre humain, que cette sorte de remède ne doit point esire receue. Nous sommes entièrement perdus, si notis avons besoin de la n

homme pour en sauver un autre; et si la médecine destruit autant qu'elle conserve, nous n'avons pas sujet de rechercher la santé. Un hom.me n'est-il pas insuportable, de demander à voir dans le corps d'un autre, pour y trouver des remèdes salutaires? Ne peut-on pas connoistre les maladies qu'à ce prin-ià?

Cependant on laschoit de le fortifier par des potions cordiales, on l'entretenoit de discours, on luy arrestoit le sang, on luy remeitoit les entrailles, et on Iny refennoit les ouvertures qu'on lui avoit faites. Jamais homme n'a souffert de pareilles inventions de la cruauté; on le tua, comme si on l'eust voulu guérir, lugez maintenant s'il ne pouvoit pas vivre par les remèdes ordinaires, puisqu'il a mesme si long-temps vescu durant qu'on le tuoit. Vous croyez peut estre que le médecin ne chercha pas pour lors que les causes de la maladie, il chercha à s'instruire dans tout ce qu'il ne sçavoit pas, et se servant d'une occasion si rare, il en voulut profiter en toutes manières. O Dieux immortels, combien ce ieuue homme avoit-il de force, de sang et de vie, puis qu'il supporta le cours d'une si longue opération ? Il eut de la peine  mourir, et son ame luy fut arrachée par les tourmens. Vous croyriez peut-estre qu'on trouva la cause de son mal? on trouva qu'il en pouvoit eschapper. Toutesfois ce père a sujet de se glorifier de son invention ; il peut se vanter i tout le monde, qu'il a rendu un médecin plus homme de bien

parricide. Messieurs, quand ie fay reflexion es deux frères, il me semble de voir d*un un pauvre languissant, qui loin d'avoir esté : par des mains salutaires, et selon les i j*un art qui a esté inventé pour la vie, lI c saouler la faim des bestes et des oyseaux; 1

: l'autre, un homme qui reprend de nou- '■

forces, et qui se remet de iour en iour.

•ulcz-vous sçavoir d'où vient une si grande :iice? C'est que le père a pris soin de u, et la mère de celuy-cy, qui avoit de ;>iou pour les remèdes.

O Médecin, que ton imposture parois t .aient touchant ce malade! Non, npn^ il .v^it pas mort de cette maladie, puis que la . :j:>me de son frère ne l'a pas tué. O cruel ..J, comment oze-tu regarder ce visage?

.. .isnge de ton ûh qui est guery, nonob- ..,.!tes les conjectures des médecins...

Page 1