‹ Le Mal qu'on a dit des medecins (volume 2)Chapitre 6 sur 88 · PINDARE (520-440) (I · texte numérisé non relu

PINDARE (520-440) (I

PYTHIQUES. — Ode ^.

... Mais l'appât du gain est un écueil pour le sage même. Séduit par une riche récompense (2), par l'attrait de l'or offert devant ses

(2) Ce poète mourut à quatre-vingt-six ans, un jour qu'il assistait aux exercices du gymnase. Il s'éteignit doucement, penché sur les genoux du jeune Théoxènes, son disciple. Chapelle avait oublié sans doute cette mort paisible, lorsqu'à la suite d'un repas copieux, fait en compagnie de Bachaumont, il répondait à sa servante, étonnée de les voir tous deux en larmes : « Hélas ! nous pleurons le fameux poète Pindare que d'ignorants médecins ont assassiné à la âeur de^ l'âge! »

(2) Platon reproche à Pindare, dans sa République, d'accuser le fils d'Apollon de recevoir un salaire pour rendre la vie à un mort et de faire punir son avarice par Jupiter. Il est, en effet, plus logique d'admettre, avec la plupart des auteurs, que le roi de l'Olympe agit seulement à la sollicitation de Pluton, inquiet du préjudice porté à son empire par l'habileté d'Esculape. Le fait est que, depuis ce châtiment exemplaire, jamais aucun mé-

yeux, Esculape ressuscita un mortel (i) déjà expiré : soudain Jupiter lança sur eux ses traits enflammés, tous deux furent percés, et la foudre brûlante leur apporta la mort.

Mortel, apprends à te connaître : que tes désirs

decin ne s'est exposé à ressusciter les morts. Voici commen Sénecé raconte cette fiction dans ses Travaux d'Apollon :

Pour complaire à Diane, il ranime Hippolyte ; Et forçant de fléchir l'inflexible destin, Des griffes de la mort il ravit son butin .

Alors de l'Âchéron le monarque barbare, D'un coup de son trident entr'ouvre le Ténare, Et sur un tourbillon de bitume et de poix, Pousse au ciel obscurci sa foudroyante voix.

« Est-ce de ton aveu qu'on me fait cet outrage, Jupiter ? N'es-tu pas content de ton partage ? Et cet audacieux, superbe de son art.

Vient-il me déclarer la guerre de ta part?... Ah! si je le croyais!... » La nature tremblante, A ce en menaçant, frissonne d'épouvante ; Jupiter, d'un souris, rassérénant les airs :

a Cesse de t'alarmer, dit-il, roi des enfers. Pour un qu'ôte Esculape à ton empire sombre, Bientôt ses successeurs t'en enverront sans nombre. » Mais pour calmer l'esprit de son frère irrité, Il lance un coup mortel au dieu de la santé.

L'atteinte en est certaine, et la brûlante foudre Prend à sa longue barbe et le réduit en poudre.

La version de Virgile, tirée de l'Enéide, est moins malicieuse :

L'art puissant de Péan le rendit k la vie.

Jupiter, indigné que cet art criminel Osât aux lois du sort arracher un mortel, En plongea l'inventeur dans ce même Cocyte Dont le fils d'Apollon affranchit Hippolyte.

(i) Lucien veut que ce soit Tiudare, d'autres disent Capanée ou Glaucus; Virgile, comme nous venons de le voir, nomme Hippolyte.

soient d'un homme, qu'ils soient conformes à tes destins.

ARISTOPHANE (v siècle) (i)

PLUT us. — Comédie,

Blepsidème. — Ne faut-il pas aller chercher un médecin ?

Chrémyle. — Des médecins à Athènes ! Il n'y a pas d'art sans salaire (2).

Blepsidème. — Cherchons bien.

Chrémyle. — 11 n'en existe pas un seul.

Blepsidème. — Le fait est que je n'en connais pas.

Chrémyle. — Mais j'ai bien réfléchi à la

(i) Les médecins furent plus d'une fois raillés dans la G)médie grecque. Antiphane, et après lui Philetœrus, semblent avoir représenté une sorte de Sganarelle dans leur Esculape, Le même Antiphane, Aristophon, Philémon, avaient composé des pièces intitulées : lalros ou le Médecin; et d'après un fragment de son Médecin, Théophile paraît avoir mis au théâtre quelque praticien semblable à celui que Cervantes attache à Sancho Pança, gouverneur de Barataria.

(2) A Athènes, les médecins ne recevaient qu'un très mo> dique salaire ; aussi les plus habiles exerçaient-ils leur art dans d'auues cités.

chose, et le mieux est de faire coucher Plutus dans 'le temple d'Esculape (i).

La femme de Chrémyle. — Et le dieu ne venait pas.

Carion. — Il ne tarda guère, et quand il fut près de nous, oh! la bonne farce! mon ventre tout ballonné lança un pet des plus sonores.

La femme. — Le dieu sans doute fit la grimace?

Carion. — Non, mais laso (2) qui l'accompagnait rougit un peu, et Panacée (3) se détourna en se bouchant le nez ; car mes pets ne sentent pas la rose.

La femme. — Et le dieu ?

Carion. — Il n'y fit pas la moindre attention.

La femme. — C'est donc un dieu bien grossier?

Carion. — Je ne dis pas cela, mais il a l'habitude de déguster les excréments (4).

(1} Les malades étaient amenés dans le temple d'Esculape et y passaient la nuit ; on croyait que le dieu les visitait sans ètre^ vu, à la faveur des ténèbres, et préparait leur retour à la santé.

(2) laso (de latrOai, guérir), fille d'Esculape, déesse de la gùèrison chez les Grecs.

(3) Panacée (de icàv, tout, et ixiTaOat, guérir), autre fille d'Esculape .

(4) Aristophane appelle Esculape Àfaw^^-m... (ntaxoçayoç. Le Scholiaste explique ainsi ce mot : « C'est, dit-il, que les médecins se font payer pour examiner les déjections du corps et

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