‹ Le Mal qu'on a dit des medecins (volume 2)Chapitre 67 sur 88 · IS · texte numérisé non relu

IS

Comment Hippocrate et quelques aotzes^y sont pris pour gu^r, nous rignoroos, i nioins que nous ne soyons forcés par hasard d'ajoater loi i Galien, son disdple, qui l'exalte par-desns ks nues, ou qu'il nous faille crcnre qu'Escolape a ressuscité Hippolyte d'entre ks morts. QpeUe que soit Topinion que nous ayons des ^w^*— *, que Téloignement des temps et des fienx permet de se figurer tels qu'on k irondra, pour ne parler que des médecins de notre temps et de notre pays, tout ce que je puis dite, c'est que f es ai connu quelques-uns d'assez éloquents, mais que pour le reste de leur science, il est plospoli de n'en rien dire. Je ne sais, en effet, par qad hasard ou par quel choix coupabk ils connaissent toutes choses mieux que celles de leur métier. Pour ce qui est de guérir les maladies mortelles, nul mieux que toi, j'en suis sûr, ne sait de quelle efficacité ils sont ; nul ne les attaquerait là-dessus plus volontiers, car l'ignorance n'est aussi odieuse à personne qu'au véritabk savant. Si je ne croyais pas cela de toi, je ne t'aimerais, je ne t'estimerais pas tant que je k fais. Tu gardes le siknce néanmoins, non par magnanimité sans doute, mais par prudence, de peur de te rendre haïssable à tes coll^^ues; cependant, ne devrais-tu pas affi'onter non seulement l'inimitié de ces gens-là, qui sont en petit noriibre, mais celle du monde entier, et ne pas avoir peur de les prendre à parti, de les houspiller, de l'écrier : « Pourquoi trompez- vous

[QUI le genre humain? Pourquoi, abusant de la crédulité et de l'ignorance des pauvres diables, leur veudez-vous des mensonges pour de la vérité? Pourquoi, seuls d'entre tous, recueilleivDus un bénélice de l'homicide, crime qui, pour tous, est puni du supplice, et dont l'impunité ne doit être assurée i personne? n Comme ces paroles sonneraient bien et auraient de la gravité dans ta bouche 1 Mais tu veux échapper à la haine; la crainte ou l'ignorance rend muets les autres; je suis seul i ctier, et on ne m'écoute pas; le vulgaire fait la sourde oreille, les savants font comme toi et fuient toute dbpute... Le Médecin assassine, et nul ne l'accuse; il ne lui sulfit pas d'assassiner, il accuse lui-même : l'un, c'est le froid; l'autre, c'est le jeûne qui l'a tué; celui-ci mangeait des fruits, ce! autre buvait de l'eau : c'est de cela qu'ils sont mons. Nul ne trépasse sans que ce soit par sa très grande faute; nul ne guérit sans que tout le mérite en revienne r à b médecine!...

IXIGGIO BRACCIOLINI (,1380-1459)

tKE LjV UËDBCINB ET LA JUHISPBUDENCE (l) BiHCdello réjiond o Xicceld

... Comme Niccolô achevait, Benedetto d

rc/zo prit la parole, c Par ses calomnies, s'écrîat-il, Niccolô fait injure à la dignité et à FezccUciicc des lois; il insulte à leurs ministres, c*cst-ù-dire aux docteurs... Mais de mépriser, de vilipender les légistes, cela n'appartient certes pas aux médecins, étant donné qu'il y a largement de quoi leur rendre la pareille. Ce n'est assurément pas la faute des Lois ou du Droit dvil s'il est des gens d'un esprit obtus et paresseiii ou si quelqu'un abuse du droit plus que de r.iison : toute terre n'est pas fertile, et dans ks blés mêmes nous voyons pousser l'ivraie. Mais, Niccolô, que penserons-nous de tes pratidens? Qjj'y a-t-il de plus nuisible? Grâce à la sottise de lu multitude, ils tuent plus de monde qu'ils n'en guérissent, et aux risques et périls des malheureux ils font des expérimentations de leur art. l;st-ce que leur absurdité, leurs abus, ne coiulaument pas votre art et votre science? Nos erreurs, comme tu les appelles, sont légères, en comparaison des vôtres ; nos imbéciles, dont tu parles, ne se trompent qu'au détriment des biens et des richesses de leurs clients ; les vôtres mettent la vie en danger. Nous ne frappons qu'à la bourse; vous, vous causez la destruction du corps et la perte des biens, en ôtant la vie au défunt et prenant l'argent de ceux qui survivent. Nous ne lésons qu'en choses de peu d'importance, et

Fulgino, célèbre médecin de Florence, et Benoît d*Arezzo, grand jurisconsulte.

VOUS autres vous lésez en ce qui importe le plus. Les rois, les princes, les seigneurs périsseni par votre incurie : nous ne mettons en péril que quelque legs, quelque héritage; vous, c'est la ruine complète des États, ceux qui s'adonnent à votre métier étant souvent beaucoup plus aptes à remuer des mottes de terre qu'à exercer la médecine. C'est chose ridicule que de voir des lourdauds, des rustres, sans littérature, sans savoir, sans intelligence, n'ayant pour eux que leur impudence, faire profession dei'an de guérir; la sottise humaine a confiance en eux et les amène au chevet des malades, non pour soulager, mais pour empirer la maladie; de sorte qu'il serait bien plus profitable à notre existence que de telles gens ne fussent jamais nés, puisqu'ils ne semblent être au monde que pour la perte de tous. Dans notre profession, nul n'est admis i en exercer le ministère, à défendre une cause, s'il n'a d'abord pris tous ses degrés dans la science des Lois; vous autres, vous laissez pénétrer dans vos rangs le premier venu, toute la cUque, toute la tourbe des arti-

Z^j niMtàn! châssis di Ronu

Ce n'est doue pas sans raison qu'autrefois les médecins ont été, par décret public, chassés de Rome, et il arrive naturellement, ce métier

étant ignoble, que de vils et méprisables individus s'y adonnent pour gagner de l'argent.

Qji'a-t-il, en effet, de glorieux et d'admirable? Vous inspectez les urines, les déjections, les crachats des malades; vous les observez d'un regard oblique, d'un front plissé de rides, comme si cette grave maladie exigeait une cure exceptionnelle. Ensuite vous touchez le pouls, où vous connaissez les forces de la nature. Puis, vous réunissant en conciliabule, après bien des disputes, vous en venez à la pharmaceutique, comme vous dites, et le plus souvent vous êtes en un tel désaccord, si éloignés de pouvoir sauver le malade, que votre science, que vous prétendez stable, certaine, toujours identique à elle-même, apparaît au contraire on ne peut plus mobile, variable et inconsistante. Si votre potion, par hasard plutôt que par vertu, fait quelque bien, vous portez aux nues cette cure; si elle est funeste, toute la faute en retombe sur le malade.

Facétie d'Angelo, évSque d'Arezzo, envers les médecins.

Je vais rapporter ici une aventure arrivée à notre Angelo, feu l'évèque d'Arezzo, qui appartenait à la famille des Ricasoli. Il souffrait d'une grave indisposition ; les médecins appelés près de lui lui enjoignaient de prendre leurs drogues,

F'qu'autremetit il courait péril de mon. Lui qui ■ail naturelletnenl horreur, s'y refusait, mais entïn, touché des prières de ses amis, il promît d'obéir auK prescriptions des médecins. Suivant leur habitude, ils envoyèrent donc durant quelques jours leurs potions âl'évêque, quiles versa dans le pot de chambre et le fourra sous son Ut, Les médecins reviennent, le lendemain matin, visiter le malade et voir l'effet de leurs médecines, comme ils les appellent; ils s'aperçoivent qu'il est tout à fait délivré de la fièvre, attribuent le résultat i leurs remèdes, et lui reprochent de n'avoir pas voulu prendre plus tôt leurs potions, qui l'auraient immédiatement rétabli. L'évêque leur répond qu'elles sont, en effet, d'une puissance et d'une vertu admirables, puisqu'il lui a sufG de les mettre sous son lit pour recouvrer la santé. < Qji'auraient'dles fait, ajouta-t'il, si je les avais bues ! pour silr, elles m'auraient reodu immortel! n II ordonna de prendre toute la fourniture des médecins et de la jeter dans le

/'/aùi.

médica

W B y a bien d'autres histoires de médecins tout

* aussi risibles, sans parler des fous qui ne !ai:iseat

pas de faire merveille, comme celui qui, s'étani

mis en tête d'exercer l'art de guérir, fit retrouver

un âne perdu en donnant à avaler des pilules,

et CCI autre qui accusa son malade d'avoir mangé un âne (i); aussi ces anecdotes ont-elles été, non sans esprit, placées par notre ami dans ses confabulations (2). Je pourrais rapporter encore une foule d'autres ridicules prodiges de vos charlatans, mais je ne veux pas en dire jusqu'à satiété.

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