ÉPIGRAMME SUR LE MÉDECIN NICOLAS
Nunc video baud rerum tantum^ sed et ipsa virorum
Nomina^ non temere sed ratione dari.
Nicolaus nomen medîci est; — Qui convenif? inquis,
Hic potius nomen dehuit esse ducis; — Dux populos armis vincit\ sed et iste venenis
Et populum et fortes sternit uterque duces.
Sape ducem hello repetunt, bis nemo rebellât;
Huic uno die, vero est nomine Nicolaus.
Je le vois maintenant, c'est la raison, non le hasard, qui a imposé leurs noms aux hommes comme aux choses : Nicolas (i) est le nom d*an médecin. « C'est pas naturel, dis-tu : ce devrait être plutôt le nom d'un général. — Un général triomphe des nations par les armes ; mais le médecin, par ses drogues, ahat à la fois peuples et généraux, même les plus vaillants. Souvent le général se voit menacé à son tour, le médecin ne trouve jamais de rehelles. Oui, en vérité, le médecin seul mérite le nom de Nicolas ! »
CLENARD (1495-1542)
Ce philologue flamand traite, dans un passage de ses ouvrages, les médecins de sanicides.
PALINGENIUS MARCELLUS (ManzoUi) (xvr siècle) (2)
Zodiacus vita. — Léo, lib. V.
Consulte item, si opiis est, medicum, vel cîinicus ilU, Vel sit chirurgus; chirurgi certior est ars; Nam quid agat certum est, et apei'ia Juce videtur : Cîinicus ipse autein, qui nunc pbysicus quoque fertur, Dum lotium infelix spectans^ inde omina captât, Dnm tentât pnlsum vena, dum stercora versât,
(i) Le victorieux, de vu^i, victoire.
(2) Suivant plusieurs lexicographes, ce poète fut quelque temps médecin du duc de Ferrare, Hercule d'Esté, troisième du nom.
Fallitur et fallit : sed non discriminis aqna Conditio : ilU miser moritur, causamque canendi Linigeris calvis prabet, calvisque cucullis : Hic alius, contra sceleris mer cède receptOy Causatur Superos, ac fatis imputât ipsis Si quis obity latusque implet vtulto are crumenam. Heu mihi, pêne omnes casu, non arte medentur: Quippe aliquam quicunque ariem hene novit, agendo Aut nunquam, aut saltem raro peccahit : at isti, De quitus est sermo, de cenlum vix erit unus Quem sanare queant, quem non fartasse trucident. Unde istud ? nisi quod pars horum maxima nescit Quid faciat, quid sit prorsiis medicina : sed ipsi Dum tantum incomhunt Sophice, et dialectica discunt Vincla, quitus valeant indoctum nectere vulgus, Vix elementa artis viedica et primordia litant. Sic latyrentheis amtagitus ad sua tecta Instructi redeunt, atque enthymemata vitrant; Hinc tumidi incedunt, hinc putlica pramia poscunt : Id satis esse putant (nec decipiuntur) ad hoc, ut Carnifices hominum sut honesto nomine fiant.
O misera Leges 1 qua talia crimina fertis :
O caci reges, qui rem non cernitis istam I Vos quitus imperium est, qui mundifrana tenetis, Ne tantum toléra te nef as, hanc tollite pestevi, Consulite humano generi, quod nocte dieque Horum carnificum culpa mittuntur ad arcum, Vel perfecte artem discant, vel non medeantur, Nam si alia peccant artes, toleratile certe est : Hac vero nisi sit perjecta est plena pericli. Et sœvitf tanquam occulta atque domestica pestis. Non multum est igitur tutuin his committere se se, Quorum doctrina est, pretiosa in veste videri, Gemmatoque auro digitos ornare cynœdos.
Gjnsultez donc, s'il le faut, l'homme de l'art, médecin (i) Ou chirurgien : la science du chirurgien est pins sûre, Ce qu'il fait est certain et se voit au grand jour,
(i) Traduction de M. A. Bonneau
Triste condition que celle de ces gens, dont le salut dépendait de la chance et non de la raison.
POGGIANA
Un grand disait un jour qu'il y avait trois sortes de gens dont on se passerait bien dans le monde. Les théologiens, parce qu'ils ont gâté la religion; les jurisconsultes, parce qu'ils ne font que brouiller la société au lieu de la régler; les médecins, parce que, sous ombre de nous guérir, ils nous tuent le plus souvent. Un théologien, un avocat et un médecin ayant entendu ce propos : « Qu'on nous ôte, dirent-ils, les grands, nous nous contenterons du reste du monde, et le reste du monde se passera bien d'eux. »
J'apprends de M. Darcier qu'Antonius Musa avait tué le jeune Marcellus .par ses bains froids. On appelait ceux qui se baignaient dans l'eau froide psychrolytes. Sénèque était de ce nombre. Pline n'approuvait pas ce traitement. « Il ne faut pas douter, dit-il, que tous ces médecins ne trafiquent de notre vie pour acquérir de la réputation en inventant quelque chose de nouveau. »
JOVIANO PONTANO (i) (1426-1523)
DIALOGUES
Charok. — ... Mais dis-moi, Mercure, je t'en prie, les hommes à présent vivent-ils plus gaîment et plus librement?
Mercure. — Les prêtres vivent plus gaîment; ils chantent à tue-tête aux funérailles ; les médecins vivent plus librement, puisqu'il leur est permis de tuer en toute impunité.
Charon. — Est-ce que le parricide n'est pas puni de la peine capitale?
Mercure. — Sans doute ; mais pour les médecins, non seulement la loi les absout, elle fixe de plus leurs émoluments.
Charon. — Quelle iniquité !
Mercure. — Mais non ; la loi a raison de les absoudre ; ce n'est pas le médecin qui tue, c'est celui qui invoque le secours et l'assistance du médecin, et qui le paye fort cher.
Charon. — Et les lois civiles permettent cela?
Mercure. — Elles le permettent.
(i) En fatin Jovianus Pontanus, homme d'État et diplomate, auteur de traités moraux, de poésies et de dialogues d'une élégante latinité.
TRITHEME (1462-1516)
Faire d'un ignorant un médecin, cest accrocher une enseigne qui n'enseigne rien, c'est mettre un cercle de tonneau à la porte d*ane maison où Ton ne vend point de vin.