VARIA
Érasme dit d'un pauvre malade qui avait eu dix médecins en consultation, et qui ne laissa
(i) Voir la note 4 de la page 12.
(2) Voir la note i de la page $6.
à quelques-uns, que puis quon Vempesclwit de Vexercer, il en cousteroit la vie à plus de cent hommes. Un sien ennemy l'accusa là-dessus, si bien qu'estant amené devant le juge, afin qu'il cust à s'expliquer, le n'ay rien mis en avant, dit-il, que ie ne sois prest dWxecuter, Car si Von m'empesche d'estre ministre, ie me feray médecin, et ainsi ie m'asseure que ie seray cause de la mort de plus de cent hommes (i).
CCXXII. — Le docteur Jonson met trois choses matérielles en ce qui touche les maux du corps, à sçavoir : le mededn, la maladie et le malade. Il dit là-dessus, que s'il y en a deux
(i) Cette anecdote a été imitée dans un RecuHl d'apophtegmes anciens et modernes, mis en vers français ^ dédié d Monseigneur le Duc de Bourgogne, 164$ :
Un Ministre protestant
Par trop aimer et trop boire
Scandalisa tant et tant
Le severe Consistoire, Qu'on alloit procéder à le destituer.
Mais si Ton lui fait cette injure
Le Predicant menace et jure
D'empoisonner et de tuer.
C'est bien là pis que du scandale :
Les graves Surveilïans en ont le coeur gelé :
Toute la Chambre Synodale
Criant sur lui toile! toile!
De peur qu'il ne lui prenne envie De jouer des couteaux ou donner du poison.
On songe à l'enfermer le reste de sa vie Sous bonne et seure garde en étroite prison.
Voyant qu'à le coffrer la Reforme conspire
Comme présomptif assassin, Le Pasteur s'écria, Frères, j'ai voulu dire
Que je me ferais Médecin.
qui viennent à se joindre, alors la victoire leur demeure, pour ce qu'Hercule mesme ne peut rien contre deux. Si le médecin et le malade se mettent ensemble, la maladie s'en va et le malade guérit; comme au contraire, si le médecin et la maladie se rendent conformes, c'est-à-dire, s'il advient que le médecin n'ordonne pas comme il faut, en tel cas le malade est hors d'espérance de guérison; que si le malade et la maladie se liguent, alors, adieu le mededn, car il est mis hors de réputation.
DIONITÉ ET ACCROISSEMENT HES SCIENCES {0 Liv. IV, ch. IL
... Ainsi la médecine, comme nous nous en sommes assuré, est tellement constituée qu'on peut dire qu'on l'a plus traitée que cultivée et plus cultivée qu'augmentée, attendu que le résultat de tous les travaux dont elle a été l'objet a été pluiât de tourner dans un cercle que de faire des pas en avant; car j'y vob assez de répétitions, mais j'y vois peu de véritabl«s additions.
... De même, dans cette autre recherche qui
(iJTriiiactiDii de Rliui.
a pour objet les maladies, il en est qu'ils déclarent incurables, les unes dès le commencement de l'attaque, les autres après une certaine période révolue; en sorte que les proscriptions de Sylla et des triumvirs n'étaient rien auprès de celles des médecins qui, par leurs très iniques arrêts, dévouent à la mort un si grand nombre d'hommes dont la plupart, en dépit des docteurs, échappent plus aisément que ne le firent autrefois les proscrits de Rome.
... J'avoue que les médecins de notre temps suivent assez bien les directions générales des cures. Quant aux remèdes particuliers qui, en vertu d'une certaine propriété spécifique, conviennent à telle ou telle maladie, ou ils ne les connaissent pas assez, ou ne s'y attachent pas assez scrupuleusement; car les médecins, grâce à leurs décisions magistrales, nous ont fait perdre tout le fruit des traditions et de l'expérience bien constatée, ajoutant une chose, en retranchant une autre, et changeant tout par rapport aux remèdes, sans autre règle que leur caprice, et faisant des espèces de quiproquos d'apothicaire. Mais en commandant si orgueilleusement à la médecine, ils ont fait que la médecine ne commande plus à la maladie... Voilà pourquoi nous voyons des empiriques et des vieilles femmes réussir mieux dans les cures que les plus savants médecins, par cela même qu'ils se sont attachés avec plus de scrupule et de fidélité à la composition de remèdes bien
éprouvés. Je me rappelle un certain médecin, praticien célèbre en Angleterre, lequel, quant à la religion, tenait un peu du juif, et qui, par sa prodigieuse lecture, était une sorte d* Arabe; il avait coutume de dire: «Vos médecins d*Europe, il est vrai, sont de savants hommes, mais ils n'entendent rien aux cures particulières. » De plus, raillant sur ce sujet avec assez d'inconvenance, il ajoutait : « Vos médecins ressemblent à vos évêques; ils ont les clefs pour lier et délier, et rien de plus. »
... A voir les peines que se donnent les médecins en visitant les malades, en se tenant fort longtemps auprès d'eux, en leur prescrivant des remèdes, ne dirait-on pas qu'ils n'épargnent aucun soin pour assurer la cure, et que, dans le traitement, ils sont guidés par une méthode certaine ? Mais si vous regardez d'un peu près tous ces remèdes qu'ils prescrivent, vous ne verrez dans toute leur marche qu'inconstance et irrésolution.
GOLDAST DE HEIMINSFELD (1576-1636)