‹ Le mal qu'on a dit des médecins (volume 3)Chapitre 74 sur 106 · AUSONE · texte numérisé non relu

AUSONE

Épigrammes

Ép. 71. — CONTRE ALCON, MÉDECIN (l)

Languenti Marco dixit Diodorus haruspex.

Ad vitam non plus sex superesse dies.

(i) Épigrammes imitées de Nicarque (voir pages 27, 28). Montaigne, qui ne perdait aucune occasion d'être désagréable

Sed medicus divis satUque potentior Alcon Falsum convicit illico haruspicium,

Tractavit que manum victuri, ni tetigisset.

Illico nam Marco sex periere dies,

L'aruspice Diodore dit à Marcus, dont la maladie avait affaibli les forces, qu'il n'avait plus que six jours à vivre. Mais le médecin Âlcon, plus puissant que les destins et les Dieux, convainquit sur-le-champ Diodore d'imposture : il tâta le pouls du malade, qui aurait vécu, si le médecin ne l'avait pas touché, et dans un instant furent écoulés, pour Marcus, les six jours qu'on lui avait promis.

Ep. 72. — CONTRE ALCON, MÉDECIN

Alcon besterno signum Jovis attigit; ille, Quamvis marmoreus, vim patitur medici.

Ecce hodie jussus transferri ex cède vetusta; Effertur (i), quamvis sit Deus, atque lapis,

Âlcon toucha, hier, la statue de Jupiter, et tout marbre qu'il est, le Dieu a éprouvé la vertu du médecin. Voici qu'aujourd'hui on le tire de son vieux temple et qu'on l'emporte les pieds devant, quoiqu'il soit Dieu et qu'il soit en pierre.

aux médecins et les accusait d'avoir tué son ami, Estienne de la Boëtie, « qui, dit-il, valoit mieulz que touts tant qu'ils sont, » a cité répigftmme 72, avec éloge, dans ses Essais, liv. II, ch. XXXVII.

(i) Ausone joue ici sur le moi effertur : efferrt signifie tmporter et porter en terre

Ep- 73- — CONTRE EUNOME, MÉDECIN (l)

Languentem Cajum moriturum dixerat olivi

Eunomus. Évasit fati ope, non medici.

Paulo post ipsum videt, aui videsse putavit

Pallentem, et multa mortis in effigie.

Quis tu? — Cajus, ait. — Vivisne ? Hic abnuit . — At quid

Nunc agis hic} — Jussus Ditis, ait y venio.

Ut quia notitiam rerwnque hominumque tenerem,

Accirem medicos. Eunomus ohriguif, Tum Cajus : Metuas nihily Eunome. Dico ego et omnes,

Nullum qui saperet^ dicere te medicum.

Eunome dit un jour que Cajus, son malade, ne pouvait pas en réchapper. Cependant il ne mourut pas de cette maladie, plutôt par le. secours des Dieux que par celui du médecin. Peu de temps après, Eunome l'aperçut, ou crut le voir en songe, pâle et semblable à un spectre : « Q.ui étes-vous? s'écria-t-il. — Je suis Cajus. — Quoil vous vivez encore? — Non, sansdouie. — Mais que venez- vous faire ici ? — Comme j'ai conservé la mémoire des choses et des hommes que j'avais connus dans ce monde, j'y suis venu par ordre de Pluton pour chercher les médecins. ' A ces mots, Eunome se glaça de peur. Cajus lui dit alors : « Ne craignez rien; tout le monde assure comme moi qu'il n'est personne de prudent qui osât vous donner le nom de médecin. »

(i) Imitée de Babrius (voir la fable du Métieciu ignorant, page so).

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