‹ Le Mal qu'on a dit des médecinsChapitre 111 sur 116 · Scène IX · texte numérisé non relu

Scène IX

Doris. — Nous voilà bien embarrassez sur le choix d'un métier. Qu'Esculape luy enseigne la médecine, Phaeton y gagneroit tout ce qu'il voudroit, luy qui seroit sçavant.

Momus. — Tant d'ignorans s'y enrichissent.

Esculape. — Noire métier étoit bon autrefois, mais il est aujourd'huy trop décrié ; personne ne donne plus dans nos mots spécieux,

tous les enfans savent que l'oxicrat n'est que de l'eau avec du vinaigre, et le quinorodoa du

Mohus. — Joint que chacun a la malice de vous frauder; l'un va se faire luer à l'armée sans le secours du Médecin ; l'autre crevé en vingt-quatre heures des excès qu'il a faits, sans attendre vos ordonnances. Et dans les maus extraordinaires, charlatans pour charlatans, on a recours aux empiriques.

Phaeton. — Et dans les maladies familières, qui étoient autrefois pour vous un fretin sûr et journalier, la moindre garde eu sait autant que vous, tout le monde s'ingère A faire chez soyles remèdes, et le premier meuble de toutes les bonnes maisons est une seringue.

Momus. — Voilà entrer dans la chose en vray allié de la Faculté : les fièvres leur restoient, dernière ressource pour se saisir d'un malade tant qu'il conservoit une goutte d'humeur dans le corps, et de sang dans les veines, ils ont beau prendre tout le soin imaginable pour proscrire le quinquina, en vain avez- vous conseillé aux apotiquaircs de le falsifier, le mortel entêté de ce maudit fébrifuge le fait venir de la source, avant que ces fidèles supôts de la pharmacie ayent pu en altérer la vertu.

Phaeton. — Elle a parbleu raison, je..., mais ne m'enrichirais-je pas de reste, en ne traitant que les maladies secrètes? je feray courir

des billets, j'afficheray que je voy les hommes et que Madame Phaeton voit les femmes.

Momus. — Fy donc, c'est un métier trop vil... Oui, mais si Ton remédie aux tricheries des apotiquaires, je ne donnerais pas un clou à soufflet du métier de Médecin.

LA FILLE DE BON SENS Comédie en trois actes, 1692.

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