‹ Le Mal qu'on a dit des médecinsChapitre 14 sur 116 · TRAITÉ DE L'OR POTABLE · texte numérisé non relu

TRAITÉ DE L'OR POTABLE

. . . l'en ay bien veu de plus fines en une petite ville de Poitou où il y avoit un médecin aussi peu sçavant qu'il y en eut en tous le pays, et toutesfois par une seule finesse il se faisoit quasi adorer (1). Il avoit une estude secrète bien près de la porte de sa maison, et par un petit trou, il voyoit ceux qui luiapportoyent des urines, et estants entrez en la court, sa femme, bien instruite, se venoit assoir sur un bois près de l'estude, où il" y avoit une fenestre fermée de châssis, et interrogeoit le porteur d'où il estoit, et que son mari estoit en la ville, mais qu'il viendroit bien tost, et le faisoit assoir auprès d'elle, les interrogeoit du iour que la maladie print au malade, et en quelle partie du corps estoit son mal, et consequemment de tous les effects et signes de la maladie; et pendant

(1) Suivant Gobet, Palissy aurait voulu désigner Sébastien Colin; ce médecin de Fontenay-le-Comte, en Poitou, est l'auteur du livre intitulé : Déclaration des abus et tromperies que font les apothicaires (Tours, x 5 $ 3) , plusieurs fois réimprime sous le pseudonyme de Lisset Benattcio, anagramme de son nom. C'est à cet ouvrage que répondait la Déclaration des abus tt ignorance des médecins (Lyon, 1557), composée par un apothicaire de Lyon, Pierre Braillier, et faussement attribuée à Palissy.

que le messager respondoit aux interrogations, Monsieur le médecin esc ou toit tout, et puis sortoit par mie porte de derrière, et rentroit par la porte de devant, par où le messager le voyoit venir. Lors la dame lui disoit : voyla mon mari, parlez à lui. Ledit porteur n'avoitpassi tost présente l'urine, que Monsieur le médecin la regardas! avec fort belle constance, et après il faisoit un discours de la maladie, suyvant ce qu'il avoit entendu du messager par son estude; et quand ledit messager estoit retourné au logis du malade, il contait comme un grand miracle le sçavoir de ce médecin, qui avoit conneu toute la maladie, soudain qu'il avoit veu l'urine, et par ce moyen le bruit de ce médecin augmentait de iour à autre.

. . . Une autre histoire racompte qu'il y eut jadis un médecin qui se voyant destitué d'argent et de practiques, s'avisa de ieltcr quelques drogues dans le puits de la ville de son habitation, qui fut cause que tous ceux qui beuvoyent de l'eau estoyent pris d'un fluï de ventre, qui les tormentoit à merveilles, et les faisoit courir après le médecin, lequel estant îoyeun de l'opération de ladite médecine, consoloît hardiment les malades, et feindant leur bailler des médecines bien chères, il leur bailloit de bon vin ù. boire, leur

malice de

de boire de l'eau, et par lel moyen la l'eau s'en alloit, et la nourriture du

mance iic 1 eau s en anost, et la nourriture au vin demeurait, et le médecin gaignoit beaucoup.

ANONYME (XVI" siècle)

LE MÉDECIN COURTIZAN, OU PLUS COURTE MANIÈRE II VKAVE ET SOLIDE MÉDECINE (l).

A limiri Dorbttno.

Lpîuchants les secrets de ]p Philosophie?

Acravanter nos ans de cent mille labeurs.

Pour un art mensonger, jiIjs son vont destournéc 4 contempler les corps de ce ™nd Univers, Le mouvement du Ciel, ou droit ou de travers, Les vens, les tourbillons, la neige et les orages, Et les impressions des célestes images!

Que sert de distiller uostre cerveau pensif, Quarante ou cinquante ans, pour un inestier tardif; Chercher et rechercher l'accordante harmonie

Snnder au plus profond des secrets arrache!

Du cœur de la Nature, où \h. csroyent cachez;

Accorder le discord sï quelque guerre esmue

(1) Cent pièce, qui date de 1 du Bellay (ijn-nÉo), auteur du mil, mmniiit d, tmrt un pnujpt d,

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Nos' Cou De ce dont les p

tiip -r.h.

rop faillie et trop humain,

n'apportent qu'ignor.

Les causes, les effects de tout le firmament,

Soubs l'ombre que l'on est Docteur en Méde Et qu'on a, feuilletant l'œuvre de Galîen, Ou du vieil Hippocrate, appris l'art Délien fr Tout cela ne nous fait que misérables v

dilir

a livre

:rcr, Dorbuoo, comme, il fault y n'avoir jamais défault De réputation et de bonne appa tance Entre les plus fameux de cette heureuse France. Je te veux par ces vers descouvrir le moyen Qui fait sans Hippocrate et sans un Galîen Et sans l'escript i.isciseus d'uni: l'ia;ique indigne, D'Egintte (2) ou Gûurdrjn (j> scavoir la Médi

Il 1ohj;:l-!]i[-s reiuasclier i.

e faull veiller, :

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Te lever du matin une heure avant l'aurore; Ce soin" est trop lui^heux. indigne du cerveau De eeluy qui s'efforce à fuir le tombeau, li sul'St bien d'avoir un scavoir pédantesque Un peu eutremeslé de la langue TudcsqoG I |)- Quand donques tu auras espluché du Latin Quelques mots njus toniiuuiis, comme un riche 11 te les fault garder Cl ne faire largesse

Fui

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a que bon

Devant les Courtisans alléguer un Platon, Eneot' que n'en aies leu que la première pi El, ce faisant, il fault quelque estrauge lanj Pour plus heureusement entrelarder tes mol Et palier à demi, de la teste et du dos.

Il n'est iey mestler savoir l'Anathomie, La nature, VerTect de toute maladie:

Encore moins nous sert cognoistre les raïso Du divers changement des temps et des saï:

Et le pays enclin au foudre et au tonnerre.

Le Heu marécageux, on bien, pour estre obj Au climat du Midi, i la peste snbject (l); Il ne fault, curieux, sur les plaines salées, Sur les monts raboieui et aux humbles val] Arrester ton esprit, pour avec mille maux Chercher le naturel des divers animaux; 11 ne fault point ouvrir de la terre le ventre Pour chercher les métaux qu'elle tient eu 50: ; point courir tout au long d'un e:

il la veri

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1 orgue.

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i ongles jusqu'aux doits.

Il n'y fault «quérir uu estomac pinthois Pour, courant çà et là, se mettre hors d'halaine, Cratutc de s'acquérir de nos maistres U haine : Lesquels ces pauvres sots redoublent comme Dieu. Soubs l'ombre seulement d'avoir le premier lieu. Il fault tant seulement, fuyant teste misère. Hanter pour quelque temps chei un apoticaire,

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peu les effects de leurs tempén i tu veux qu'en la Court personne ne te ] Le diaphéuicon, la rbeubarbe, la casse, Et le catholicon, et si sera bien faict De mille Rccipcx faire uu commun ejtraict, Affin que, s'il advient qu'un malade langui:

(i) Allmion au traiBi d'Ulppocrate De ait ,1 I,

Longtemps dedans s Des breuvages prem

n lia sans qu

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ers tu ne fac-

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De brouiller le papier tant qu'il fa

Puis il fault par sur

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Encore faudra il tes

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Afin qu'en admirai

Comme chose sacrée

il prise ton esprit

Et

i telle;

Voyla le meilleur point de mes meilleurs prêt

De te jeter eu Court, et, pour plus finement Te faire croire à tous, mets toy premier en grâce De quelque Courtisan, qui aura long espace. Servi au bon vouloir et bonneste plaisir De celles qui ont pris soulns de leur désir; Car il sçaura toujours si, en telle brigade De cabas enfriclie/, l.i nirii>ne (r) ou la pelade Auront l'tjîn t Jl-1;i!-'l- Liutjiiiit; buisson fascheus Pour le juste loyer des faicls chevaleureux.

Tu auras ccpcu.lasir l] ■.;..'.. pu: pliiole preste, Quelque onguent embosniL- pour parfumer leur t

.ppri, r..:;-n™,

u il n y a que l.n .|iu sache cei secrcl-

i: Jus escripts el fascheuses lectures auteurs anciens, et partie des cures

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En faveur d'un chascun faictes heureusement.

Ainsi donque advancé, il te fault contrefaire Du grand et du sçavant, et toutesfois complaire . A ceux desquels tu peux arracher du profict, Avoir toujours en main du gingembre confict Pour en fin du repas le présenter à table, Et le monstrer ainsi honneste et serviable, Avec une cuiller en donner à Monsieur Et à sa mieux aimée, affin qu'en sa faveur Tu sois le bien-venu, quand tu auras affaire De l'argent et support de son Prothenotaire.

Si tu es appelé pour aller visiter Un malade, il te fault, pour mieux le contenter Et pour mieux arracher profict de son dommage, Ayant veu son urine, ordonner un potage, Qu'il fault mignardement toy-mesme assaisonner, Taster s'il est salé, toy-mesme luy donner De l'aesle du poulet que ta auras faict cuire (i) Toy-mesme le couvrir, toy-mesme le conduire A la selle persée, et dans les excréments Priser les beaux effets de tes médicaments.

11 fault dire aux parens que pour la maladie, Or que ce ne fust rien, le danger de la vie Est fort à soupçonner, mais que tu penses bien Qu'avecque ton moyen le tout ne sera rien.

Ainsi ont devant nous leur richesse augmentée Mille et mille Tuscans, dont la grandeur vantée Apporte la bravade à leurs Coyons nepveux, Qui sçavent finement ensuyvre leurs ayeux Et ont desjà si bien endormi nos Syraines, Et faict siller les yeux de nos raisons humaines, Que nous n'estimons rien sinon que ce qu'ils font, Ores qu'ils facent naistre une souris d'un mont, Et, à nostre dommage essayants leur folie,

(i) Pour comprendre ce trait malicieux, il faut se reporter aux pratiques et aux prescriptions d'une époque où la direction du régime, le choix des aliments et des boissons étaient, de la part du médecin, l'objet d'une attention méticuleuse, d'une surveillance ridicule à force d'être exagérée.

Il orgueil de quelque Comédie.

: hou Veau (i), et qui cherche ;

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l'avoir sçtu prendre; soin les elleets et les moyens plus beaux e Dieu a déparii seulement jus bons Veaux.

Jusqu'icy, d'Orbuno, j'ny monstre l'artifice De pouvoir acquérir la S

:t que :

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r du loisir paresseux,

>urt, j'ay descript le me l sans Claude Galien.

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