‹ Le Mal qu'on a dit des médecinsChapitre 19 sur 116 · IX · texte numérisé non relu

IX

Médecins ignor

Or vien-je à l'ignorance de plusieurs se disans médecins, laquelle nous sçavons estre si grande qu'elle pourrait fournir de matière à un bien grand et bien gros volume, et (qui plus est) estre commune à nostre siècle avec les précédens : mais je di qu'elle est spécialement d'autant plus esmer veilla b le et d'autant moins excusable au nostre qu'en celuy qui l'a dernièrement précédé, que la clairté est plus grande maintenant sans comparaison : ou pour mieux dire, que les ordes ténèbres d'alors nous sont changées en belle clarté. Car s'il y a aucune sdence laquelle on trouve pourement accoustrée, voire vilanée es bouquins d'alors, il n'y a point de doute que ceste-ci ne le soit pardessus tout' S laquelle

it richement parée ■

1 honneur de

e peut asseurer c

i païen if m, depuis qu'on est venu à puiser es claires fontaines ce qu'on puisait auparavant

Ë*-ïe quelques ruisseaux troubles, et que plusieurs n'ont eu besoin de truchement pour entendre ceux par lesquels ils devoyent ît quelle honte doneques est-ce uis moy mesme honteux de le dire) qu'on oye -ortirdela bouche d'aucuns médecins ce mot cristèreî Si ce mot siet mal à un poure artisan «jui ne vit jamais ni A ni B, et prononcé par luy ofTence les oreilles de ceux qui ont un peu appris à parler : quelles sont les oreilles (sinon qu'on empruntast celles d'un asne) qui puissent porter ce vocable ainsi sonné par ceux qui font profession de cette science, et en sçavent très-bien prendre le proufit et l'honneur? Or je vous laisse penser lecteur que sont es autres mois, ceux qui sont barbares en cestuy-ci qui est si il les n ■ ■

à travers. Mais que me chaut-il (dira quelcuu| si un médecin ignore les termes, pourveu qu'il n'ignore point le fakt? Je confesse que telle ignorance des termes seroit supportable, si ainsi estoit : mais je di qu'ordinairement ceux qui sont barbares es termes de la médecine l'exercent aussi barbarement. (Toutesfois quand je parle de la barbarie qui est au language, je n'y compren pas celuy des Arabes, pourveu qu'il demeure en son entier, et qu'il ne soit point corrompu.) Et mesme d'autre part comment pourroyent bien exercer la mùdeçine ceux qui

non seulement ignorent les termes, i gnurem les choses de leur :

iceux? Car (pour exemple) quand i ne sçautoit nommer correctement, une telle ou telle herbe, il n'y auroit pas grand danger, pourveu qu'il la sçeut congnoistre et la monstrer en un besoin à i'iguorunt dpoiiiiquaire- Mais comment ceux-là ferayent ils le tout, quand plusieurs de ceux mesme qui sçavent très-bien les noms des simples, (desquels par raison on devrait avoir plus grande espérance) se contentent que les apothiqu aires les congnoissent? et au lieu qu'ils devroyent contreroler les apothiquaires en ceci, sont le plus souvent contrerolei par eux? Encores y a-il bien d'avantage, c'est que quelques-uns sont si impudens que de dire que la congnoissance des simples n'est de leur estât, et qu'il s'eu faut fier aux apothiqu aires. En quoy ils me semblent faire tout-ainsi que celuy qui donneroit un bon conseil, mais en laisserait l'exécution au premier venu, sans pouvoir congnoistre s'il aurait les moyens et serait suffisant pour l'exécuter. Car il n'y a point de doute qu'une bonne recepte d'un médecin ne soit un bon conseil qu'il donne au malade : mais quelle pitié est-ce s'il faut qu'il s'en fie a un apothiquaire, sans pouvoir juger s'il l'exécute bien ou mal? sans pouvoir congnoistre si au lieu de s'adresser à tels et tels simples, de la saveur desquels on se veut aider, il s'adresse point a autres qui sont ennemis mortels? Or leur de-

*ïiaoderoy-je volontiers (si je pensois

ssent rcspondre) quand ils se sont séparez <ec les sinipli cistes ou herboristes, aaatomistes, quel nom il leur semble qu'ils mértlent au jugement des plus compétans juges qui ayent jamais esté, à sçavoir Hippocrat "ïen. Car si desja anciennement on t estrange de séparer la chirurgie de la médecine (veu que le chirurgien proprement et selon i'étymologie du mot, n'eM autre chose qu'un médecin qui besongne de la main; q:;e sera-ce médecins qui ne veulent sçavîiir ni quelle est la fabrique et structure du corps, ni aussi quelle est la matière de laquelle sont composez les remèdes qu'ils ordonnent pour kcluyî mais laissent la charge de l'un à ceux qu'ils appellent anatomistes, la charge de l'autre à ceux qu'ils nomment simplicistes ? Lesquelles offices toutesfois je sçay n'estre en usage par tout : mais )2 croy que ceux qui voudront confesser vérité, confesseront que partout (ou peu s'en faut) se trouvent plusieurs faisans profession de l'art de rtiéderine qui auroyent besoin d'avoir ordinairement tels officier; pendus à leur queue : s'il est licite d'user ici de cette façon commune de parler.

Je vien à quelques autres façons de faire de ces ignorans médecins, non moins pernicieuses qu'impudentes. Aucuns pratiquent avec les apothiquaires de leur garder les receptes de quelques sçavans médecins, et de marquer à chacune

pour quelle sorte de maladie ell' a esté baillée ; puis sans regarder si la maladie de la personne: qu'ils ont à penser, est procédée d'une mesme cause, si la personne est d'une mesme température, et d'un mesme aage, et si elle use d'une; mesme façon de vivre, voire mesme sans regarder si ell' est du mesme sexe, luy font avaler la mesme médecine. Les autres se servent des receptes des anciens médecins sans avoir esgard à la région et à la manière de vivre totalement dirférentcs. Les autres suyvent leur appétit quant à commander ou défendre quelque viande aux malades : tellement que ccluy qui naturellement aimera ou hayra telle ou telle viande, l'ordonnera ou la défendra aux malades qu'il pense.

Les autres, craignans de perdre leur réputation, ordonnent incontinent qu'ils ont regardé une urine, sans demander dequoy le patient ou la patiente se plaind : combien que plusieurs bons médecins confessent qu'on ne se doit guères asseurer sur les indices que donnent les urines, mais seulement s'en aider en les adjoustant au* autres. Que si les sçavauts ne voyent guère clair aux urines, par leur confession même, que pensons-nous qu'y voyent les ignorans? Il est â présumer qu'ils n'y voyent du tout goutte : et toutesfois sont ceux-là qui après avoir jette les yeux sur une urine, mettront incontinent la main à la plume pour ordonner : sans s'enquérir des choses qui les peuvent conduire i la congnoissance de la maladie. Pour le mo"

: bien confesser de n'y voir goutte, ou ir mal chaussé ses lunettes, un certain médecin, auquel ayant esté portée l'urine d'un me, et lui ayant esté dict qu'ell' estait e femme qui se doutoit d'estre grosse, respondit qu'il congnoissoit bien à l'urine qu'elle "t, et qu'elle s'en devoit tenir toute as-

Sur Us barbiers et Us chirurgiens.

Je laisseray leurs autres tours à ceux qui ont meilleur loisir d'y penser : et diray un t des barbiers aussi et des chirurgiens ; non i de nouveau toutesfois, ains ce que nous oyons tous les jours estre reproché à plusieurs d'eux, a sçavoir qu'ils gardent pour le vintième ou trentième appareil ce qu'ils pourroyent faire des le troisième ou quatrième, entretenans les playes, voire les rafraîchi ssan s quelquefois, au lieu de les consolider : et que leur vilaine ignorance est souvent cause qu'il faut couper le bras, ou la jambe. Au demeurant quant a la barbarie, j'aurais ton si je ne leur en atiribuois autant pour le moins en leur endroit qu'aux médecins desquels j'ay tantost parlé. Sur quoy il me souvient d'un barbier lequel m'ayant ventouse par l'ordounance du médecin pour me divertir un catarrhe, me demanda si je voulois point estre sacrifié. Comment, di-je, sacrilié? Ce médecin vous a-il parlé de cela? Nennî (me

rujpondit-H) mais j'ay sacrifié plusieurs autres qui s'en sont bien trouvez. Alors ayant un peui pensé a moy mesme, luy vins à dire, vous vous abusez : et dites sacrifier pour scarifier. Par— donnez-moy, monsieur, (me repliqua-i!) j'ay toujours ouy appeler cela sacrifier ; mais de scarifier je n'en ouy jamais parler que maintenant- Bref, je ne luy sçeu jamais oster de la tesie que ce ne fust l'office des barbiers de sacrifier les personnes : et onq depuis ne vi homme entre les mains d'un barbier qu'il ne me souvint de ce sacrificateur. Or comme aiusi soit que pattelles fautes leur ignorance puisse estre asscn descouvene, je ne poursuyvray point plus avant ce propos : maïs repéteray ce que j'ay dict par ci devant, que je mets au nombre des larrons tous ceux qui estaus igaorans de leur mestier, ne font conscience de prendre le salaire de ceux, qui le scavent bien. Et a dire la vérité, si nous considérons la chose de près, nous trouverons qu'ils ne sont point simplement larrons, veu que pat leur ignora-vc lis d ;•■>:: >'.';;ent en fin la vie a. cens ausqtids ils ont desrobbé l'argent. Lesquels propos j'enieu devoir tedonder au proufit de ceux qui auco^'.r^irc sont expers ea.

leur art, et l'exercent fidèlement (tant médecins que chirurgiens, et barbiers, et aussi apothiqu aires a-fin que, comme j'iy dict, < les cherche tant plus songneusement, et a

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