‹ Le Mal qu'on a dit des médecinsChapitre 21 sur 116 · ESSAIS · texte numérisé non relu

ESSAIS

Liv. I, chap. XXIII. — 77 méprise la médecine en maladie ; à quoi il attribue ses succès.

Nous appelions les médecins heureux, quand ils arrivent à quelque bonne fin : comme s'il n'y avoit que leur art qui ne se peust maintenir

d'elle mesme, et qui eust les fondements trop frailes pour s'appuyer de sa propre force , et comme s'il n'y avoit qu'elle qui ayt besoing que la fortune preste la main à ses opérations. Je croy d'elle tout le pis ou le mieuk qu'on vouldra ; car nous n'avons. Dieu mercyl nul commerce ensemble. Je suis au rebours des aultres : car je ta méprise bien tousjours : mais quand je suis malade, au lieu d'entrer en composition, je commence encores à la haïr et à la craindre; et responds i ceuls qui me pressent de prendre médecine, qu'ils attendent au moins que je sois rendu à mes forces et à ma santé, pour avoir plus de moyen de soustenir l'effort et le hazard de leur bruvage. Je laisse faire nature, et présuppose qu'elle se soit pourveue de dents et de griffes pour se deffendre des assaults qui luy viennent, et pour maintenir cette i dequoy elle fuit la dissolution. Je de l'aller s

îen joinctes avecques i secoure son adversaire au on la recharge de nouveaux

Par3c c i S! ; change et règles

que jusques .i cette heure e ll e n - a se rV y q U 'i f a j re m0 urir les ,lor nmes. Je crois qu'il vérifiera ayseement cela : m ais de mettre ma vie à la preuve de sa nouvelle expérience, je treuve que ce ne seroit pas 8 ra nd 'sagesse.

Ch:

. Il est à croire que je doibs à mon père e *te qualité pierreuse; car il mourut merveileu senient affligé d'une grosse pierre qu'il avait

- . . Que les médecins excusent un peu ma *faerté; car, par cette mesme infusion et insinuation fatale, j'ay receu la haine et le mespris *le leur doctrine : cette antipathie que j'ay à l«ur art m'est héréditaire. Mon père a vescu boisante et quatorze ans, mon ayeul soixante et fceuf, mon bisayeul prez de quatre vingts, sans avoir gousté aulcune sorte de médecine; et, entre eulx, tout ce qui n'estoit de l'usage ordinaire tenoït lieu de drogue. La médecine se forme par exemples et expérience i aussi faict mon opinion. Voylà pas une bien expresse expérience, et bien advantageuse? je ne sçais s'ils m'en trouveront trois en leurs registres, nays, nourris et trespassez en mesme fouyer, mesme

toict, ayants autant vescu par leur conduicte. 11 fault qu'ils ra'advouent en cela, que si ce n'est la raison, au moins que la fortune est de mon party : or, chez les médecins, fortune vault bien mieuk que la raison. Qu'ils ne me prennent point à cette heure â leur advantage, qu'ils ne me menacent point, atterri: comme je suys; ce seroit supercherie. Aussi, à dire la vérité, j'ay assez gaigné sur euk par n tiques, encores qu'ils s' humaines n'ont pas tant

que cet essay nous dure, c l'an mil quatre (

exemples domeslà. Les choses

fault que dix huict, îr le premier nasquit ; deux; c'est vrayement expérience commence à me reprochent point les d cette heure a la gorge :

rame sept ans pour ma :z? quand ce sera le bout des plus longues, it la médecine a contrecœur par quelque inclination occulte et naturelle; car la veue mesme des drogues faisoit horreur à mon père. Le seigneur de Gaviac, mon oncle paternel, homme d'Eglise, maladif dez sa naissance, et qui feit toutesfois durer cette vie débile jusques à soixante sept ans, estant tumbé aultrefois en une grosse et véhémente fiebvre continue, il feut ordonné par les médecins qu'on luy dedareroit, s'il ne vouloit ayder (ils appellent secours ce qui le plus sou-

nous faillir. Qu'ils ni aulx qui

part, u est ce pas ;

de ma carrière, elle Mes ancestres

vent estempeschement), qu'il es toit infailliblement niori. Ce bon homme, tout effrayé comme ~ teut de cette horrible sentence, si respondict 'I, m J e su j s doneques mort, a Mais Dieu rendit tantost aprei vain ce prognosiique. Le dernier des frères, ils esioient quatre, sieur de Bussa- S ue t> et de bien loing le dernier, se soubmeit seul à cet art, pour le commerce, ce croy je, 1 U '1 avoît avecques les auhres arts, car il estoit conseiller en la cour de parlement; et luy succéda s i m al, qn'estant, par apparence, de plus tarte complesion, il mourut pourtant long temps av arat les aultres, sauf un, le sieur de Sainct Micl leL

'1 est possible que j'ay receu d'eulx cette dys- P 3, 'ii« naturelle a la médecine; mais s'il n'y "•* eu que cette considération, j'eusse essayé e -la forcer; car toutes ces conditions qui nais- ! f n * en nous sans raison, elles sont vicieuses;

u .,e espèce de maladie qu'il fault com- . t *"«. 11 peult estre que j'y avais cette propen-

mais je l'ay appuyée et tonifiée p.ir les dis- 1 ■" s, qui m'en ont estâblï l'opinion que j'en ay.

Sort d? la tnêtUcim ches tes Rûmtzïns.

• — . Comme nous appelons jus:i.:e, le pastisï (i) des premières loys qui nous tombent *niain, et leur dis pensât ion et practique, tres- — t>te souveut et tresinique; et comme ceulx

mil.oge Informe.

s'en mocquent, et dent pas pourtant injurier cette noble veriu> ains condemr.e: seulement l'abus et profan de ce sacré tilicc de mesme, en la médecine, j'honnore bien :e glorieux nom, sa proposition, sa promesse, si utile au genre humain; r qu'il désigne (i). entre nous, je ne l'hoimore □y l'estime (a).

En premier lieu, l'expérience me le faiet craindre; car, de ce que j'ay de congnoissance, je ne veois nulle race de gents si tost malade, et si tard guarie, que celle qui est soubs la jurisd'aion de ia médecine : leur santé r est altérée et corrompue par la contrainc régimes. Les médecins ne se contentent point d'avoir la maladie en gouvernement; ils rendent la santé malade, pour garder qu'on ne puisse en aulcune saison eschapper leur auctorité :

d'une santé constante et entière, n'en tirent ils pas l'argument d'une grande maladie future?

J'ay esté assez souvent malade; j'ay trouvé, sans leur secours, mes maladies aussi doukes à supporter (et en ay essayé quasi de toutes les sortes), et aussi courtes qu'à nul aultre ; e

j*J' point meslé l'amertume de leurs ordonnances.

*** s amé, je l'ay libre et entière, sans règle, et sans auhre discipline que de ma coustume et de " 1Qll plaisir : rout lieu m'est bon a m'arrester : car »1 ue me fault autres commodîtez, estant '"alade, que celles qu'il me fault estant sain. ' n e me passionne point d'estre sans médecin,

sans

apotiquaire et :

rs; dequoy j'en

e °is la pluspart plus affligez que du mal. Quoy? ^ ul * mesmes nous font ils veoir de l'beur et de * durée, en leur vie, qui nous puisse tesmoin- S^er quelque apparent effect de leur science?

Sari dt la midteint cils Us Romains.

Il n'est nation qui n'ayt este plusieurs siècles sans la médecine, et les premiers siècles, c'est à dire les meilleurs et les plus heureux; et du monde la dixîesme partie ne s'en sert pas, encores à cette heure; infinies nations ne la eognoissent pas, oQ l'on vit et plus sainement et plus longuement qu'on ne faict icy ; et parmy nous, le commun peuple s'en passe heureusement : les Romains avoient esté six cents ans avant que de la recevoir; mais, aprez l'avoir essayée, ils la chassèrent de leur ville, par l'entremise de Caton le censeur, qui montra combien ayseement il s'en pouvoit passer, ayant vescu quatre vingts et cinq ans, et faict vivre sa femme jusqu'à l'extrême vieillesse, non pas sans médecine, mais ouy bien sans médecin; car

toute chose qui se trcuve salubre à nostre vie se pcult nommer médecine : il entretenoit, o dict Plutarque, sa famille en santé, par l'usage, ce me semble, du lièvre (i).

Si les médecins font plus dt dit* que de mal, comment ils excusm! le mauvais succès de lèi

... Et oultre cela, ils ont une façon bien advantageuse à se servir de toutes sortes d'événements : car, ce que la fortune, ce que la nature ou quelque aultre cause estrangiere (desquelles le nombre est infiny), produict en nous de bon et de salutaire, c'est le privilège de la médecine de se l'attribuer; touis les heureux succez qui arrivent au patient qui est sous sou régime, c'est d'elle qu'il les tient, les occasions qui m'ont guary moy, et qui guarissent mille autres qui n'appellent point les médecins a leur secours, ils les usurpent en leurs subjects : et quant aux mauvois accident, Ou ils les desadvouent tout à faict, en attribuant la coulpe au patient, par des raisons si vaines, qu'ils n'ont garde de faillir d'en treuver tousjours assez boa nombre de telles : o 11 a descouvert son bras, il a oui le bruit d'un coche,

a entr'ouvert sa fenestre; il s'est couché sur costé gauche, ou il a passé par sa teste quelque Censément pénible; » somme, une parole, un songe, une œuillade leur semble suffisante excuse I>our se descharger de faulte : Ou, s'il leur plaist, ils se servent encores de cet empirement «t en font leurs affaires, par cet aultre moyen qui ne leur peult jamais faillir : c'est de nous payer, lorsque la maladie se treuve reschauffée par leurs applications, de l'asseurance qu'ils nous donnent qu'elle seroit bien autrement empiree sans leurs remèdes; celuy qu'ils ont jecté d'un morfondement (i) en une ficbvre quotidienne, il eust eu, sans eulx, la continue. Ils n*ont garde de faire mal leurs besongnes, puisque le dommage leur revient à proufit.

"Vrayemênt ils ont raison de requérir du malade une application de créance favorable : il fault qu'elle le soit, à la vérité, en bon escient et bien soupple, pour s'appliquer à des imaginations si malaysees à croire. Platon disoit bien à propos, Qu'il n'appartenoit qu'aux médecins de mentir en toute liberté, puisque nostre salut despend de la vanité et faulseté de leurs promesses (2)...

... 11 y avoit en Aegypte une loy plus juste, par laquelle le médecin prenoit son patient en

(1) C'est une maladie causée par un refroidissement.

(2) Suit la traduction de la fable d'Ésope, que nous avons reproduite page 4 , i re série.

charge, les trois premiers jours, aux périls et fortunes du patient; mais, les trois jours passez, c'estoit aux siens propres : car quelle raison y a il qu'Aesculapius leur patron ayt esté frappé du fouldre pour avoir ramené Hippolytus de mort à vie; et ses suyvants soient absouls, qui envoyent tant d'ames de la vie à la mort?

Leur mystère est nécessaire.

Au demourant, si j'eusse esté de leur conseil, j'eusse rendu ma discipline plus sacrée et mystérieuse : ils avoient assez bien commencé; mais ils n'ont pas achevé de mesme. C'estoit un bon commencement, d'avoir faict des dieux et des daimons aucteurs de leur science, d'avoir prins un langage à part, une escriture à part; quoy qu'en sente la philosophie, que c'est folie de conseiller un homme pour son prou fit, par manière non intelligible : Ut si quis medicus imperet, ut sumat :

Terrigenam, herbigradam, domiportam, sanguine cassant (i)

C'estoit une bonne règle en leur art, et qui accompaigne toutes les arts fantastiques, vaines

(i) Comme si un médecin ordonnait a un malade de

prendre :

Un enfant de la terre, errant sur le gazon, Privé d'os et de sang, et portant sa maison.

C'est-à-dire un limaçon. Le vers latin se trouve dans Ciccron, de Divhiat., II, 64

«îroicte d'u choliquec

et su peruaiu relies, qu'il fault que la foy du patient préoccupe, par bonne espérance et asseuranec, leur elfect ci opération : laquelle règle ils tiennent jusques là, que le plus ignorant et grossier médecin, ils le treuvent plus propre a celuy qui a fiance en luy, que le plus expérimenté et incogneu. Le chois mesme de la piuspart de leurs drogues est aucunement mystérieux et divin : Le pied gauche d'une tortue, I.' urine d'un lerard, La fienie d'un éléphant, Le tâulpe, Du sang tire 1 soubs l'aile in pigeon blanc; et pour nous aultres : (tant ils abusent desdaigneusement mïsere), Des crottes de rat pulvérisées, et telles aultres singeries qui ont plus le "visage d'un enchante ment magicien, que de science solide. Je laisse à part le nombre impair de leurs pillules, la destination de certains jours M festes de l'année, la distinction des heures à cueillir les herbes de leurs ingrédients, et cette grimace rebarbatifve et prudente de leur port et contenance, dequoy Pline mesme se mocque.

Mais ils ont failiy, veulx je dire, de ce qu'à ce beau commencement ils n'ont adjousté cecy, De rendre leurs assemblées et consultations plus religieuses et secrètes : aulcuo, homme profane n'y debvoit avoir accei, non plus qu'aux secrètes ccrimonies d'Aesculape; car il advient de cette faulte, que leur irrésolution, la foiblesse de leurs arguments, divinations et fondements, l'aspreté de leurs contesutioris, pleines de haine.

de jalousie, et de considération particulière, venants à estre de se ouvertes à lui chascun, il fault estre merveilleusement aveugle, si on ne se sent bien hazardé entre leurs mains.

Qui veid jamais médecin se servir de la recepte de son compagnon, sans v retrencher ou adjouster quelque choseï ils trahissent assez par là leur art, et nous font veûir qu'ils y considèrent plus leur réputation, et par conséquent leur proutit, que l'ioterest de leurs patients. Celuy là de leurs docteurs est plus sage, qui leur a anciennement prescripe qu'un seul se mesle de traicter un malade ; car s'il ne faict rien qui vaille, le reproche à l'art de la médecine n'en sera pas fort grand, pour la faulte d'un homme seul; et au rebours, la gloire eu sera grande, s'il vient à bien rencontrer : 11 où quand ils sont beaucoup, ils descrient à touts les coups le mestier; d'autant qu'il leur advient de faire plus souvent mal que bien. Ils se debvoient o du perpétuel desaccord qui se treuve ez opinions des principaux maistres et aucteurs a cette science, lequel n'est cogneu que des hommes versez aux livres, mus faire \ peuple les controverses et inconstances de jugement qu'ils nourrissent et continuent e eulx.

rell e

Exemples du désaccord des " oulons nous un exemple de l'ancien débat e . a médecine? Herophilus loge la cause originelle ,j es ma ] a j; eSj au!t humeurs; Erasistratus, . au . s *Eg des artères; Asclepiades, aux atomes ^^'sïbles s'escoulants en nos pores; Alcmaeon, l'exsuperance ou default des forces corpo- •S ; Diodes, en l'inequalîté des éléments du ^s, et en la qualité de l'air que nous respiptis - Strato, ea l'abondance, crudité, et corrup- '5* de l'aliment que nous prenons; Hippocraies ,->ge aux esprits. Il y a l'un de leurs amis, ? *ls cognoissent mieulx que moy, qui s'escrie c c propos, « Que la science la plus impor- ^tc qni soit en nostre usage, comme celle qui 1 c Viarge de nostre conservation et santé, c'est, e ïnalheur, la plus incertaine, la plus trouble, ■"* agitée de plus de changements, i II n'y a pas & r and dangier de nous mescompter à 1a haulle ur du soleil, ou en !a fraction de quelque supputation astronomique : mais icy, où il y va de ^Out notre estre, ce n'est pas sagesse de nous abandonner à la mercy de l'agitation de tant de Vents contraires.

Avant la guerre peloponnesïaque, il n'estoit pas grands nouvelles de cette science. Hippocrates la meit en crédit, tout ce que ecttuy cy avait est.ibly, Ch:y.iii:pLi'; le renversa : depuis, Erasistrarus, petit fils d'Aristote, tout ce que Chrysippus en avoit escript : après ceulx cy,

survindrem les empiriques, qui preindrem une vaye toute diverse des anciens au maniement de cet art : quand le crédit de ces derniers commences à s'envieillir, Heropbilus meit en usage une aultre sorte de médecine, qu'A scie pi ad es veint à combattre et anéantit à son tour : à leur reng gaignercnt auctorité les opinions de Themison, et depuis de Musa; et encores aprez, celles de Vectius Valens, médecin fameux par l'intelligence qu'il avait avecques Messalîna : l'empire de la médecine lumba du temps de Néron à Thessalus, qui abolit et condemna tout ce qui en avoît esté tenu jusques à luy : la doctrine de cettuy cy feut abbatrue par Ctinas de Marseille, qui apporta de nouveau de régler toutes les opérations médicinales aux ephemerîdes et mouvements des astres, manger, dormir et boire, à l'heure qu'il plairoit a la lune et a Mercure; son auctorité feut bientost après supplantée par Charinus, médecin de cette rnesme ville de Marseille; cettuy cy combattoit non seulement la médecine ancienne, mais encores l'usage des bains cliaulds, publicque, et tant de siècles auparavant accoustumé; il faisoit baigner les hommes dans l'eau froide, en hyver mestne, et plongeoir les malades dans l'eau naturelle des ruisseaux. Jusques au temps de Pline, aulcun Romain u'avoit encores daigné exercer la médecine : elle se faisoit par des estrangiers et Grecs; comme elle se faict, entre nous François, par des Latineurs ; car, comme dict un tresgrand

^™: ec 'a, nous ne recevons pas avsecment la ', e <ine que nous entendons, non plus que la «"^gue que nous cueillons. Si les nations des- I 1! " ous rK * K>ns ' e 8 a >' ac i ' a salsepeiille et b ois d'esquine, ont ces médecins, combien ^"S Cns U0USi p ar cet[e niesmt recommandation . l'estrangeté, la rareté et la cherté, qu'ils Uc <--nt fene de nos choulx et de nostre persil? , *" qui oseroît mespriser les choses recherchées e si loing, au hazard d'une si longue peregrina tion et si périlleuse? Depuis ces anciennes '^Uiuiions. de la médecine, il y en a eu infinies a "ltres jusques à nous; et, le plus souvent, Mutations entières et universelles, comme sont celles que produisent, de nostre temps, Para- «Ise, Fîoravanti et Argenterîus : car ils ne «rangent pas seulement une recepte, mais, à ce qu'on me dict, toute la contextûre et police du corps de la médecine, accusants d'ignorance et de pîperie ceulx qui en ont faict profession jusques à eulï. Je vous laisse 1 penser où en est le pauvre patient.

Les miiUa

Si encores nous estions asseurez, quand ils se mescomptent, qu'il ne nous nuisist pas, s'il ne nous proufue; ce seroit une bien raisonnable

composition, de se hazarder d'acquérir du bien, sans se meure en danger de perte. Aesope faict ce conte, qu'un qui avoit acheté un More esclave,

accident et mauvais traictemeat de son premier maistre, le fait medcciner de plusieurs bains et bruvages, avecques grand soing : il adveint que le More n'en amenda aulcuneraent sa couleur basanée, mais qu'il en perdit entièrement sa première santé. Combien de fois nous advient il de veoir les médecins imputants les uns aux aultres la mort de leurs patients? 11 me souvient d'une maladie populaire qui feut aux villes de mon voisinage, il y a quelques années, mortelle et tresdangereuse : cet orage estant passé, qui avoit emporté un nombre intiuy d'hommes, l'un des plus fameux médecins de toute la contrée veint à publier un livret, touchant cette matière, par lequel il se rfldvise de ce qu'ils avoyent usé de la saignée, ej confesse que c'est l'une des causes principales du dommage qui en estoit advenu. Dadvantage, leurs aucteurs tiennent qu'il n'y a aulcunc médecine qui n'ayt. quelque partie nuisible : et si celles mesmes qui nous servent, nous offensent aucunement, que doibvent faire celles qu'on nous applique du tout hors de proposï De moy, quand il n'y auroit aultre chose, j'estime qu'a ceulx qui haïssent le goust de la médecine, ce soit un dangereux effort, et de préjudice, de l'aller avaller a une heure si incommode, avecques tant de contreceeur; et crois que cela essaye (i) merveilleuse-

me Qt le malade en une saison où il a tant * le 3oîng de repos : oultre ce, qu'à considérer les ot:Ci isïons sur quoy ils fondent ordinairement la ■-ause de nos maladie», elles sont si legieres et si e "Cates, que j'argumente par la qu'une bien petite erreur en la dispensa tien de leurs drogues P^ult nous apporter beaucoup de nuisance. Ov, 51 *^ mescompte du médecin est dangereux, il "otis va bien mal; car il est fort malaysé qu'il n .y retombe souvent : Il a besoing de trop de ■"Jr^^s, considérations et circonstances, pour a ^. s *er (i) justement son desseing : il fault J" l l cognoisse la complexion du malade, sa ^perature, ses humeurs, ses inclinations, ses , <^ns, ses pensements mesmes, et ses imaginons; il fault qu'il se responde des dreon- * tar »ces externes, de la nature du lieu, condition . e l'air et du temps, assiette des planètes et ^^rs influences; qu'il sçache, en la maladie, les Ca Uses, les signes, les affecdons, les jours entités; en la drogue, le poids, la force, le pais, * a figure, i'aage, la dispensatiou; et fault que ^Utes ces pièces il les sçache proportionner et apporter l'une A l'autre pour en engendrer une pirfaicte symmetrie ; à quoy s'il fault |î) tant soit peu, si tant de ressorts il y en a un tout seul qui tire i gauche, en voylà assez pour nous perdre. Dieu sçait de quelle difficulté est la

aettt ordonnance despend d'un aultre officier, la ioy et mercy duquel nous abandonnons, er

Dt Vuiiliti des spécialistes.

Comme nous avons des pourpoinctiers (i), des chaussetiers (2) pour nous vestir; et en sommes d'aultant niiculx. servis, que chacun ne se mesie que de son subject, et a sa science plus restreîucie et plus courte que n'a un tailleur qui embrasse tout; et comme, a nous nourrir, les grands, pour plus de commodité, ont des offices distinguez de potahers et de rostisseurs, dequoy un cuisinier, qui prend la charge universelle, ne peult si exquisement venir a bout ; de mesme, à nous guarir, les Aegyptiens avoient raison de rejecter ce gênerai mesiier de médecin, et de descouper cette profession; à chasque maladie, à chasque partie du corps, sou ceuvrier; car cette partie en estoit bien plus proprement et moins confusément traictee, de ce qu'on ne regardoit qu'à elle spécialement. Les nostres ne s'advisent pas que, qui pourveoid à mut, ne pourveoid a rien; que la totale police de ce petit leur est indigestible. Cependant qu'ils craignent d'arrester le cours d'un dysentérique, pour ne luy causer la fîebvte, ils me tuerem un amy qui

v *ioit mieulx que touts tant qu'ils sont (i). Ils Mettent leurs divinations au poids, à rencontre "^ inaulx présents; et, pour ne guarir le cerveau au préjudice de l'estomach, offensent l'estoma.cn et empirent le cerveau par ces drogues torrxnituaires et dissentieuses (2).

es *9iédecms sont dignes d'estime, mais ils ne font que fort peu d'usage des drogues.

demeurant, j'honnore les médecins, non

? as »- suyvant le précepte, pour la nécessité (car,

a c ^ passage on en oppose un aultre du prophète,

re ï > *^nant le roy Asa (3) d'avoir eu recours au

ôc ^«cin), mais pour l'amour d'eulx mesmes, en

j?^**t veu beaucoup d'honnestes hommes et

,/&*Xes d'estre aymez. Ce n'est pas à eulx que

* e ** veulx, c'est à leur art : et ne leur donne

P^s grand blasme de faire leur proufit de nostre

^*îse, car la plus part du monde faict ainsi;

P^sieurs vacations (4) et moindres, et plus

l I£nes que la leur, n'ont fondement et appuy

^^'aux abus publicques. Je les appelle en ma

Cci *tipaignie quand je suis malade, s'ils se ren-

c °Otrent à propos, et demande à en estre entre-

* e Uu; et les paye comme les aultres. Je leur

(1) San* doute il veut parler de son ami, Estienne de la *^>fctie, mort de la dyssenterie en 1563.

(2) Par ces drogues mêlées confinement, et qui ont des qualités discordantes et contraires.

(3) Voir page $7, l n série.

(4) Professions.

donne loy de nie commander de m'abrier chauldement, si je l'ayme mieulx ainsi que d'aulne sorti; : ils peuvent choisir, d'entre les poireaux et les laictues, dequoy il leur plaira que mon bouillon se face, et m' ordonner le blanc ou le clairet; et ainsi de toutes aultres choses qui sont indifférentes à mon appétit et usage. J'entends bien que ce n'est rien faire pour eulx, d'autant que l'aigreur et l'estrangeté sont accidents de l'essence propre de la. médecine. Lycurgus ordonnoit le vin aux Spartiates malades; pourquoy? parce qu'ils en haïssoient l'usage, sains : tout ainsi qu'un gentilhomme, mon voisin, s'en sert pour drogue tressalutaire à ses fiebvres, parce que, de sa nature, il en hait mortellement îegoust. Combien en veoyons nous d'entre eulx estre de mon humeur? desdaiguer la médecine pour leur service, et prendre une forme de vie libre, et toute contraire à celle qu'ils ordonnent a aultruyf Qu'est ce cela, si ce n'est abuser tout destroussement de nostre simplicité? car ils n'ont pas leur vie et leur santé moins chère que nous, et 'accommoderoient leurs eflëcts à leur doctrine, s'ils n'en cognoissoient eulx mesmes la faulseté.

D'où

■M livre l

tt aux midttins.

C'est la crainte de la mort et de la douleur, l'impatience du mal, une furieuse et indiscrète soif de la guarison, qui nous aveugle ainsi :

c'est pure las cheté qui nous rend nostre croyance si molle et maniable. La plus part pourtant ne croyent pas tant, comme ils endurent et laissent faire; car je les ois se plaindre, et en parler, comme nous : mais ils se résolvent enfin : « Que feroy je doncques? « Comme si l'impatience cstoit de soy quelque meilleur remède que la patience. Y a il aulcun de ceulx qui se sont laissez aller à cette misérable subjection, qui ne se rende egualement à toute sorte d'impostures? qui ne se mette à la mercy de quiconque a cette impudence de luy donner promesse de sa guarison? Les Babyloniens portoîent leurs malades en la place : le médecin, c'estoil le peuple; chasetm des passants ayant, par humanité et civilité, à s'enquérir de leur estât, et, selon son expérience, leur donner quelque advis salutaire. Nous n'en faisons aultrement ; il n'est pas une simple femmelette de qui nous n'employons les barbotages et les brevets (i) :et, selon mon humeur, si j'avois a en accepter quelqu'une, j'accepterois plus volontiers cette médecine qu'aulcune aultre; d'autant qu'au moins il n'y a nul dommage À craindre. Ce qu'Homère et Platon disoient des Aegyptiens, qu'ils estaient touts médecins, il se doibt dire de touts peuples : il n'est personne qui ne se vante de quelque recepte, et qui ne la hazarde sur son voisin, s'il

l'en veult croire. Jeslois, l'aultre jour, en nne compaignie, où je ne scais qui, de ma confraïrie, apporta la nouvelle d'à

pilees de ceni faict : il s'en rion sinjrulie; l'effort d'une toutesfois, p;

e de pilulles c

'ingrédients, de compte i feste et une consolasi rochier soubtîendroit eitse batterie? J'entends :ulx qui l'essayèrent, que la

moindre petite grave (i) ne daigna s

I Jf,„f,ln:

De Dur

... Au d

, madame, je n'eusse pas i hardicment les mystères de la médecine, attendu le récit que vous et tant d'aultres luy donne?, si je n'y eusse esté acheminé par ses aueteurs mestnes. Je crois qu'ils n'en ont que deux anciens latins, Pline et Celsus : si vous les veoyez quelque jour, vous trouverez qu'ils parlent bien plus rudement a leur art, que je ne fois; je ne fois que la pincer, ils l'esgorgent. Pline se mocque entre attitrés choses, dequoy, quand ils sont au bout de leur chorde, ils ont inventé cette belle desfaicte. Je r'envover Its malades, qu'ils ont agitez et tourmentez, pour néant, de leurs drogues et régimes, les uns au secours des vœux et miracles, les aultres aux eaux cliauldes. (Ne vous pas, madame; il ne parle pas de

(0 Stmfcr;

— gi —

celles de deçà, qui sont soubs la protection de vostre maison, et toutes Gramontoises.) Ils ont une tierce sorte de desfaicte, pour nous chasser d'auprez d'eulx, et se descharger des reproches que nous leur pouvons faire du peu d'amendement à nos maulx qu'ils ont eu si long temps en gouvernement qu'il ne leur reste pli» aul-

eavoyer cherches la bonté de l'air de quelque aultre contrée. Madame, en voylà assez : vous me donnez bien congé de reprendre le fil Je Dion propos, duquel je m'estois détourné pour vous entretenir.

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,!<■ l'/rklh, malade.

Ce feut, ce me semble, Pendes, lequel estant enquîs comme il se portoit : « Vous le pouvez, t3ict il, juger par là, a en montrant des brevets tju'il avoit, attachez au col et au bras. 11 vouloit inférer qu'il estoit bien malade, puisqu'il en estoit venu jusques là d'avoir recours à choses si vaines, et de s'estre laissé equïpper en cette façon. Je ne dis pas que je ne puisse estre emporté un jour à celte opinion ridicule, de remettre ma vie et ma santé à la mercy et gouvernement des médecins ; je pourray tumber eu cette resveric, \i ne me puis respondre de ma fermeté future : mais lors aussi, si quelqu'un s'etiquiert à moy comment je me porte, je luy pourray dire, comme Pendes : « Vous le pouvez

juger par là, » montrant ma main chargée de six dragmes d'opiate. Ce sera un bien évident signe d'une maladie violente ; j'auray mon jugement merveilleusement desmanché : si l'impatience et la frayeur gaignent cela sur moy, o en pourra conclure une bien aspre fiebvre t

... Le roy Ferdinand, envoyant des colonies aux Indes, pourveut sagement qu'on n'y menast aulcuns escholiers de la jurisprudence, de crainte que les procez ne peuplassent en ce nouveau monde, comme estant science, de sa nature, génératrice d'altercation et division : jugeant avecques Platon, que « C'est une mauvoise provision de pais, que jurisconsultes et mede-

Chap. xm. — Im/ructwns utilrs a In santé i/h cmfs.

... Tibère disoït, que quiconque avoit vescu vingt ans s^ dcbvoit respoudre des choses qui luy estoient nuisibles ou salutaires, et se sçavoir conduire ■ sans médecine : et le pouvoit avoir apprius de Socrates, lequel, conseillant à ses disciples soigneusement, et comme un tresprincipal estude, l'estude de leur santé, adjoustoît qu'il estoit inalaysé qu'un homme d'entendement, prenant garde à ses exercices, a son boire

et à son maiigL'r, ne médecin ce qui luy faict la médecine profi l 'expérience Platon avoil médecin, il :

t reprendrait qu'il veult guai

niieulx q

:. Si

uche de son opération : ainsi de dire que, pour estre vray que celuy qui Tenir toutes les maladies touts les accidents et circonstances dequoy il doibt juger. C'est raison qu'ils prennent la vérole, s'ils la veulent scavoir panser. Vrayemem je m'en fierais à celuy là : car les auitres nous guident, comme celuy qui peint les mers, les escueils et les ports, estant assis sur sa table, et y faict promener le modèle d'une navire en toute seureté, jectez le à l'effect, il ne scait par où s'y prendre. Ils font telle description de nos mauls, que faict un tromperie de ville qui trie ua cheval ou un chien perdu, Tel poil, telle haulteur, telle aureille : mais présentez le luy, il ne le cognois pas pourtant. Pour Dieu! que )a médecine me face un jour quelque bon et perceptible secours, veoir comme je crieray de bonr.e foy,

Tandc/a cjfkûcï da maniti se

Les arts qui promettent de i en santé, et l'ame en santé, beaucoup : mais aussi n'en e;

nti*t co

nous promettent point qui lien-

homme mal : pas merveille il semble que

nent moins ce qu'elles promènent. Et, en nostrctemps, ceulx qui font profession de ces arts entre nous, en montrent moins les effects que touts aultres hommes : on peult dire d'cubt, pour le plus, qu'ils vendent les drogues médicinales; mais qu'ils soient médecins, cela ne peult

... Quand nous voyons chaussé, nous disons que ce i s'il est chaussetier : de me:

l'expérience nous offre souve:

mediciné.

InttrtîLttdt de la mèdtcine.

L'art de médecine n'est pas si résolue, que nous soyons sans auctorité, quov que nous fadons : elle change selon les. climats, et selon les lunes; selon Ferncl, et selon l'Escale (1). Si voslre médecin ne trouve bon que vous dormez, que vous usez de vin, ou de telle viande, ne vous chaille; je vous en trouvera)' un aultrequi ne sera pas de son advis : la diversité des arguments et opinions médicinales embrasse toute sorte de formes. Je veis un misérable malade crever et se pasmer d'altération, pour se guarir; et estre mocqué depuis par un aultre médecin, condamnant ce conseil comme nuisible : avoit il

[]) Feme], médecin de Henri II. — L'Escale, F lus connu

pas bien employé sa peine? Il est mort freschement, de la pierre, un homme de ce mestier, qui s'estoit servy d'extrême abstinence à combattre son mal : ses compaignons disent qu'au rebours ce jeusne l'avoit asseiché, et luy avoit cuict le sable dans les roignons.

... Laissons faire un peu à nature : elle entend mieulx ses affaires que nous, a Mais un tel en mourut. » Si ferez vous ; sinon de ce mal là, d'un aultre : et combien n'ont pas laissé d'en mourir, ayant trois médecins à leur cul? L'exemple est un mirouer vague, universel, et à tout sens. Si c'est une médecine voluptueuse, acceptez la ; c'est tousjours autant de bien présent : je ne m'arresteray ny au nom, ny à la couleur, si elle est délicieuse et appétissante; le plaisir est des principales espèces du proufit. J'ay laissé envieillir et mourir en moy, de mort naturelle, des rheumes, des fluxions goutteuses, relaxation, battements de cœur, micraines et aultres accidents, que j'ay perdus, quand je m'estois à demy formé à les nourrir : on les conjure mieulx par courtoisie que par braverie. Il feult souffrir doulcement les loix de nostre condition : nous sommes pour vieillir, pour affaiblir, pour estre malades, en despit de toute médecine. C'est la première leçon que les Mexicains font à leurs enfants, quand, au partir du ventre des mères, ils les vont saluant ainsin : , « Enfant, tu es venu au monde pour endurer : endure, souffre, et tais toy. »

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