‹ Le Mal qu'on a dit des médecinsChapitre 22 sur 116 · BRANTOME · texte numérisé non relu

BRANTOME

VAKILLASIANA

Brantôme, ayant la goutte, un médecin fut le trouver pour lui offrir le secret qu'il avait de la guérir. Arrivé chez le malade, il demanda à lui parler; un laquais alla avertir son maître qu'une personne qui guerissoit de la goutte le demandoit. Brantôme vint au-devant de cet homme aussi vile qu'il lui fut possible; et dit a laquais, en présence de ce médecin, faites e le carrosse de monsieur dans 11 cour. Le decin îepondit qu'il n'en avoit point. Quoi répliqua Brantôme, vol:'; mierisse/ de la goutte et vous n'avez pas de carrosse? Je ] des vôtres, et il le quitta brusquement, comme voulant dire que son remède ne devoit pas être bien merveilleux, puisque la goutte étant ui si cruel, et en même temps si commun, il n'avoit pas eu encore l'esprit de gagner de quoi

RODOMONTADES EÎI'AIGKOLLES

Un médecin dict bien mieux : lequel est; allé voir un evesque qui esroit malade, mais fort gros et gras, et l'ayant laissé, ainsy que

t de s

chambre, portoit, il : Plttgttiest: a Dios que

aucuns de ses amys, i luy eussent demandé c ne dict autre chose, sinoi fittsse lai mi ritaclio! (1)

Un médecin espaignol ayant receu quelque desplaisir d'une dame veufve, chargea un jour un maquignon, devant elle, de luy trouver ttna vutla que fuisse viuda (2). Le carretier (3) luy respondit : Corne, mtrpo de lai! Os hurlais de mi. sefwr doclor? Nunai fut mula viuda (4). Le médecin luy répliqua : Digo V- 1 i/"< : tenga Ires condiciones de una viuda; que ira goràa, andadora y

La fttyni a" Hespaigne, EUsabtt île France

Ung an avant qu'elle vint en France, a Bayonne, elle tumba mallade en tulle extrémité, qu'elle fut abandon i;te des iriL-Jucins. Sur quoy il y eost ung certain petit médecin italien, qui pourtant n'avoit grand vogue .1 la court, qui se présentant au roy, dict que, si on le vouloir laisser faire, il la gueriroit, ce que le roy luy permis; :

(l) Plût i Dieu que mon mulet se pc-rtSt •uni bien. (j) Une mule qui ftn veuve.

[J] Charretier.

aussi estoit-elle morte. [1 l'eut reprend, et luy donne une médecine qu'après l'avoir prise on luy vist tout a coup miraculeusement monter la couleur au visage, et reprendre son parler, et puis après sa convalescence lit cepandant toute la court, tout le peuple d'Espaigne rompoient les chemins de processions, et d'allées et venues qu'ilz faisoyent aux églises, aux hospitaux pour sa santé, les uns en chemise, les autres nuds piedz, nues testes, offrants offrandes, prières, oraisons, intercessions à Dieu, par jeûnes, macérations de corps, et aultres telles bonnes et sainctes dévolions, pour sa santé : si bien que l'on croit plus fermement que toutes les bonnes prières et voix, larmes, vœux et cris, ouïs de Dieu, furent plustost cause de la guérison de teste princesse, que non pas l'œuvre du nie-

Sur lis damts qui font rameur el leurs maris cocia.

... Pour ces esguillettes nouées, en fut dernièrement un procès en la cour du parlement de Paris, entre Je sienr de Bray, trésorier, et sa lemme, à qui il ne pouvoît rien faire ayant eu l'esguillette nouée, ou autre défaut, dont la femme, bien marrie, l'en appella en jugement. 11 fut ordonné par la Cour qu'ils seroyent visitez eux deux par grands médecins experts. Le mary

choisit les siens et la femme les siens, dont en fut fait un fort plaisant sonnet à la Cour, qu'une grand' dame me lise elle-même, et me le donna, ainsi que je Jisnuis avec elle. On disoit qu'une dame l'avoit fait, d'autres un homme. Le sonnet est tel :

Entre les médecins renommés à Paris

u'Graad! f,

'rois de moindre pris,

im-ictsijciiimir.plusriii.:. l'art de médecine, i Viginirciiï a pria.

peut par-la juger qu. des deux LT.ii-n.--n, li Le Grand du Conrt victorieux sera, oureui d'Endormy, Le Gros, Duret de Pict

A fiute de bon dro

A meurs des médtcù

c les femmes el les filles

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... j".i\ -iitu aussi ;:r.' autre maison de par le monde, et grande, d'où la dame faisoit proffession Se nourit en sa compaigoie d'honnestes filles, ' enir'.ïiiîrcs des parentes de son mary; et

d'autant que la dame estoit fort malladive et subgette aux médecins et apotic abordoit ordinairement lcans; et par ce aussi que les filles sont subjettes â malladies comme a pasles couleurs, mal de la furetie, fiebvres et ' ît que deux emr'autrcs lumbarent en fiebvre carte : un apoticaire les eut en charge pour les penser. Certes, il les pensoit de ses drogues de la main et de médecines; mais la plus propre fut qu'il coucha avec une (maraud qu'il fut), car il eut affaire avec une aussi belle et hoaneste fille de la France, et de laquelle un grand roy s'en fusl trè<-dignement contenté; et falut que ce monsieur l'apoticaire luy misteeste . Pay cogneu la fille, qui certes méritoii d'à

bien mariée; et telle qu'on la donna pucelle, telle la trouva-on. En quoy pourtant je treuve qu'elle fut bien fine; car, puisqu'elle ne pouvoit tenir son eau, elle s'adressa à celluy qui luy it les antidotes pour en garder d'engroisser, car c'est ce que les filles craignent ie plus : dont en cela il y en a de si expertz qui leur donnent des drogues qui les engardent très-bien i groisser; ou bien, si elles engroissent, leur font escou!!er leur groisse si subtillement et si sage-

: jamais on ne s'en aperçoit, sent-on rien que le vent; ainsi que j'en av ouy parler d'une fille, laquelle avoii estée autresfois '; fille de la feue reyne de Navarre Marguerite première. Elle vint par cas fortuit, i

son escient, à engroisser, sans qu pile y pensast pourtant. Elle rencontra un sûbTja apcuicaire, qui, luy ayant donné un breuvage, fuy fit évader son fruict, qui avoit desjà six mais,. pi£ce par pièce, mourceau par mourceau, si . «Sèment, qu'estant à ses affaires jamais elle n'en sentit ny mal ny doulleur; et puis après se marya gàllantement, sans que le mary y cogneust aucune trace. Quelle habille médecin ! car on leur donne des remèdes pour se faire parestre vierges et pucellcs comme devant, aisi que j'en ay allègue au chapitre des cocuz, et un que j'ay ouy dire a un empirique ces jours passez : qu'il faut avoir des sangsues et les meure a la nature, et s'en faire par la tirer et succer le sang, lesquelles sangsues, en sueçant, laissent et engendrent de petites empoules et fisiulles plaines de sang; si bien que le gallant mary, qui vient le soir des nopees les assaillir, leur crève ces empoulles dont le sang en sort, et elle s'englante, qui est une grande joye a l'un et à l'autre ; et par ainsi, fonor délia citadelfa i salvo(i). Je trouve ce remède bon et souverain, s'il est vray; et s'il n'est bon, il y en a cent d'autres qui sont meilleurs, ainsi que les sçavent très-bien ordonner, iiwanter et apliquer ces messieurs les médecins, sçavans et eipertz apotkaires. Voylà pourquoy ces mesneurs ont ordinairement de très -bonnes et belles fortunes, car ilz sçavent blesser et re-

medier, ainsi qae jadis fit la lance de Peleus (i). ... Or laibinns-ccla. Que mandat soit-il, pour l'hayne CJ^envie que je luy porte, ainsi que M. de Ronsard parloit à un médecin qui venoit plustost Voir sa maistresse soir et matin, pour luy testez son tetin, son sein, son ventre, son flanc et' son beau bras, que pour la medeciner de-.,[a fiebvre qu'elle avoit; dont il en fit un rrèvgentil sonnet, qui est dans son second livre Jti Amours, qui s'accomance :

Hal que je porte et de luiiue Et d'envie Au médecin qui vient soir et matin (a).

Je porte de mesme une grande jalousie a un médecin qui faisoit traiciz pareilz à une belle grande dame que j'aymois, et de qui je n'avois telle et pareille privauté, et l'eusse plus désirée qu'un petit royaume. Telles gens certes sont extrêmement bien venus des filles et dames, et y acquièrent de belles advantures, quand ilz les veulent rechercher. J'ay cogneu deux médecins à la. court, qui s'apelloieut, l'un, M. Castcllan, médecin de la reyne mire, et l'autre, le seigneur Cabrian, médecin de M. de Nevers. Ils ont eu tous deux des rencontres d'amour, a ce qu'on dïsoit, que les plus grands de la court se fussent donnez au diable, par manière de parler, pour

... Je devisois un jour, le feu baron de Vil. et moy, avecq M. Le Grand, un grand médecin <ie Paris,- de bonne compaignie et de bon advis, luy estant venu voir ledit baron qui esioit mallade des affaires d'amour; et tous deux l'interrogeant sur plusieurs propos et négociations des dames, ma foy, il nous en conta bien, et nous en fil une douzaine de contes qui levaient la paille; et s'y enfonça si avant, que, l'heure de neuf heures venant à sonn levant de la chaire où il esioit assis : « Vray- " lei ", je suis plus grand fol que v.

■l" 1 m'avez reienu icy deux bonnes heures à ba gue Q auder avec vous autres, et cependant j'ay oubl^ s i s ou sept mallades qu'il faut que j'aille H " r : 11 et nous disant à Dieu, part et s'en va, ° Q sans nous dire, après que nous luy eusmes • « Vous autres, messieurs les médecins, Us en sçsvez et en faites de bonnes, et mesmes ***> monsieur, qui en venez parler comme ^^jstre. n II respondit en baissant la teste : er nond (i) ! semond! ouy, ouy, nous en iav Qiis et en faisons de bonnes, car nous sçavûns * secretz que tout le monde nesçait pas; n

«<"h eu .

que je

, j'ay dit à Dieu à

;nfant. Meshuy, je laisse cela a -—a autres qui esies jeunes.»

• - - J'en ay ouy parler d'un' autre bien grande, ie fort bonne humeur, et qui disait bien le mot,

aquelle estant maladive, son médecin luy djst un jour qu'elle ne se trouverait jamais bien si elle ne le faisoit; elle soudain tespondU : * Eh bien! faisons-le donc. » Le médecin et elle s'en donnèrent ensemble joye au eccur et au corps. Un jour, elle luy dist : ■ On dit partout que. vous me le faites ; niais c'est tout un, puisque je me porte bien; s et franchissait toujours le mot gallant qui commance par f. a Et tant que je pourray je le fairay, puisque ma santé en dépend. »

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