‹ Le Mal qu'on a dit des médecinsChapitre 82 sur 116 · Scène XIV · texte numérisé non relu

Scène XIV

FERNAND SCul.

Que cet homme est habile, et qu'il est grand Docteur I Ne point prendre d'argent pour des choses si bonnes 1 Il ne ressemble pas à ces tueurs de personnes, Ces méchans Médecins, qui par un triste sort, En curant notre bourse, enrichissent la mort.

MEDECINE VOLANTE (1667) (i) Comédie en trois actes.

Arlequin joue le rôle de Médecin, il est

(1) Histoire de l'ancien Théâtre-Italien, par Gueullette, 17$}.

accompagné d'Octave, qui est vêtu de n passe pour un de ses élèves. Ce prétendu Médecin tient un paquet de papiers dans sa main, et dit en entrant « au moins que mes malades ne s'avisent pas de mourir avant que je leur aye rendu ma visite. »

Pantalon paroît, Arlequin fait lazii, d'époutante ; et dit ensuite à Pantalon : « Vous avez, Monsieur, apparemment entendu parler de ma capacité? »

r Pantalon demande quelle est sa profession ? :taye prend la parole et répond que c'est le us habile et le plus employé Médecin qui soit dix lieues à la ronde.

Pantalon. — Et quel est votre nom?

Arlequin. — Le Médecin Olivâtre, surnommé Tête d'Ane.

Pantalon. — Ma fille est malade, Monsieur je me flatc que vous la guérirez.

Arlequin. — Sans doute. Avez-vous jamais lu cet aphorisme d'Hippocrate, qui dit, Gulla caval ïapidem. L'eau qui tombe goutte à goutte perce le plus dur rocher? Je tomberai goutte a goutte sur votre fille, et par le moyen de ce remède anodin, je lui procurerai u

Pantalon. — Oh ! Monsieur, cela n'opérera

pas; je compte que ma fille est opilala (opilée.)

Arlequin. — Ou Pilate ou Cayphe, je la

lériraï, vous dîs-je. (Il lilt le pouls de Pantalon,')

Mais, Monsieur, vous me paroissez être fort mal.

Pantalon. — Vous vous trompez, Monsieur le Médecin, c'est ma fille qui est malade, et non pas moi.

Arlequin. — N'avez-vous jamais lu la loi Scotia, sur la puissance paternelle, qui dit, Tel est le père, tels sont les enfans. Votre fille n'est-elle pas votre chair, et votre sang.

Pantalon. — Oui, Monsieur.

Arlequin. — Eh bien ! le sang de votre fille étant échauffé, altéré, le vôtre le doit être aussi.

Pantalon. — Le raisonnement est spécieuxmais...

Arlequin, à Eularla qui entre. — Comment vous appelez-vous?

Eularia. — Eularia, je me sens Pestomach plein.

Arlequin. — Je voudrois être de même.

Comment va Pappétit?

Eularia. — J'en ai fort peu.

Arlequin . — Et moi beaucoup.

Eularia. — Je vous dis, Monsieur, que j'ai Pestomach chargé.

Arlequin. — Eh bien ! prenez pour cela un empan de racine d'âne. Galien dit que ce remède est bon pour votre santé.

Eularia. — Je ressens une extrême melancholie.

Arlequin. — Celase passera, i va le ventre? les matières sont-elles dures ou liquides ! Hippocrate dit que lorsqu'on a le cours de ventre on a la foire. Avez-vous des battements de cœur î

Eularia. — Oui, Monsieur.

Arlequin. — Cela marque que vous avez le oceur cangréné. Mais cela ne sera rien : pour vous guérir il faut prendre six onces d'eau rose en poudre et trois onces de limaille de cornes de limaçons : vous en ferez un onguent dont vous ■vous frotterez.

Eularia. — En quel endroit?

Arlequin. — Où il vous plaira ; mais il faut que je voye de l'urine de la malade. Madame, sçavez-vous uriner? je vois bien que la maladie de Madame vient d'opiiation : eh bien! il faut qu'elle fasse une petite promenade à piod, comme vous pourriez dire d'iei à Lyon, etc.

Eularia rentre: Diamamine sa suivante arrive un moment après et apporte dé l'urine dans un verre, ajoutant que sa maîtresse est plus mal. Arlequin porte le verre où est l'urine à son nez, et dit, si la chair est d'aussi bon goût que le bouillon, j'en voudrois bien une tranche. Ensuite il boit l'urine, la souffle au nez de Pantalon, et fait diftêrens lazzi. Pantalon au reste est si satisfait du Médecin qu'il veut lui donner de l'argent. Arlequin le refuse et en s'en allant il tend la

main, pour le recevoir. Pantalon y met trois écus : y a-t-il encore de l'argent dans la bourse, lui demande Arlequin, oui monsieur, répond le vieillard : sans autre façon Arlequin prend la bourse, la met dans sa poche et finit le premier acte par une scène de fantaisie.

Second acte.

Le Capitan et Trivelin viennent consulter le prétendu Médecin : Monsieur, lui dit ce dernier, voudriez-vous bien me dire pourquoi vous sentez si mauvois? C'est apparemment ma barbe qui a cette forte odeur, répond Arlequin : mais, ajoûte-t-il, je parie que vous n'en devinez pas la raison ? c'est , continue-t-il , que lorsqu'un malade fait un pet, il ne manque pas de dire aussi-tôt c'est pour la barbe du Médecin. Ainsi il faut que ce matin mes malades m'en ayent envoyé beaucoup dans ma barbe.

Le Capitan demande ensuite un remède pour le mal de dents. Prenez, dit Arlequin, du poivre, de l'ail, et du vinaigre, et frottez-vous-en le derrière, cela vous fera oublier votre mal.

Lorsque le Capitan est prêt à sortir, Arlequin le rappelle, Monsieur, Monsieur, dit-il, j'oubliois le meilleur ; prenez une pomme, coupez-la en quatre parties égales : mettez un des quartiers dans votre bouche : et ensuite tenezvous ainsi la tête dans un four, jusqu'à ce que la

>mme soit cuite, et je réponds que votre ma : dents se trouvera guéri. On. peut remarquer aisément dans cette èce plusieurs endroits de la comédie du Médei malgré lui de M. Molière.

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