STANCES SUR SA MORT
Dans le même lemps que mourut Ce grand, cet illustre Molière, On dit que la Parque voulut
Voilà de bonnes gens ensemble, Un Procureur, un Médecin, Un Apoticaire; et me semble Que Molière est le passe-fin.
Le Médecin voyant Molière, Lui dit d'un ton de goguenard :
Hé bien, Mahde imaginaire, Voua voilà pris comme un renard.
Survint aussi l'Apoticaire, Qui lui dit, mais d'un ton plus doui :
Si vous aviez pris un elystère.
Vous ne série: point avec nous.
Le Procureur prit la parole, Et lui dit, parlant de tous deux Ils ont joué si bien leur rôle, Qu'ils m'ont fait venir avec eux.
Molière alors prenant parti, Dit au Procureur : Je vous prie, Faisons enrager ces gens-ci, Et je feroi votre partie.
De peur d'oublier son métier, I-e Procureur dit à Molière :
Ne leur donnez point de quartier, Et j'auroi soin de votre affaire.
Molière avec son Procureur Ayant commencé cette guerre, Le Médecin, l'Apoticaire Se sont enfuis tous deux de peur.
Par tout se rendent effroyables Et Molière et le Procureur, Puisque même parmi les diables Ils jettent d'horribles terreurs.
ÉPIGKAMME
Quoi! c'est donc le pauvre Molièr Qu'on porte dans le cimetière, S'écrièrent quelques voisins I Non, dit certain Apoticaire, C'est le malade imaginaire Qui veut railler les Médecins.
Depuis longtemps une erreur sans seconde Dans l'esprit de; mortels règuoit absolu nie:
El dans tous les recoins du monde Son pouvoir s'étendoit universelle m eut.
Quand un des grands hommes de France,
Moins renommé par sa naissance
Que célèbre par ses écrits,
Voulut, en la rendant vulgaire,
Désabuser jusqu'aux moindres esprits.
Ce fut cet homme incomparable,
Cet excellent peintre des mœurs.
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Et que bien loin de soulager nos peines, Leur esprit n'avoit d'autre égard Que de tirer profit des foiblesses humaines.
Comme dans un vivant tableau.
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n homme se faisant :
it très sain, pi il Médecin pie
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Cette erreur ridicule; et par un soin fal Loin qu'à la dissiper son esprit s'étudie,
Il augmente sa maladie, Pour d'autant plus profiter de son n
Par ses ordonnances sévères,
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que de la. médecine soulagement ;
Plus que poui Puisque, pour peu de mai que puisse avoir uni
L'excès des remèdes l'as somme, Ou corrompt la bonté de son tempérament ;
Et ces docteurs pleins d'avarice.
Se font riches à nos dépens;
Et qu'au lieu que chez les marchands Nous prenons simplement ce qui uous est pre 11 nous faut, chez ces gens, loin de ce qui noi
Prendre le poison qui nous perd;
Et loin qu'aucun dégoût an refus uous obstïn
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Que Mais encore le fer
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Mais en nous le faisant connoitre, Il attira lui-même son malheur :
Les Médecins d'intelligence.
Cherchèrent les moyens de se la procurer,
Et par une mort exemplaire ils conclurent enfin, qu'il falloït réparer Le tort qu'à leur savoir sa plume avoit pu
Leur en paroissoït difficile, D'autant que près de lui leur science inut
Poussés d'une fureur extrême,
Ils conjurèrent la Mort même
D'entreprendre ce coup pour eux;
Et pour plus aisément la porter à le faire,
Le plus âgé, d'un air respectueux.
Lui parla de cette manière :
Souveraine des rois, maîtresse des humain
Qui tenej de leur jour le destin en vos m
Et de qui le suprême et redoutable empire détend également sur tout ce qui respire; Woyez d'un œil bénin vos pauvres substituts, Les humbles Médecins à vos pieds abattus, CJni dans l'accablement d'un désespoir extrême, b^e peuvent recourir qu'à leur princesse même. Vous ne savez que trop avec quels soins heureux Chacun de nous travaille à contenter vos vœux, <iue pour faciliter votre atteinte mortelle, ^?ous dissipons des corps la vigueur naturelle; ISt que, sans le secours de nos médicaments, Xes hommes pourroient vivre encore plus longtemps. Cependant, ce n'est pas pour vanter nos services, "Ni demander le prix de tous nos sacrifices, Que nous osons paroître ainsi tous devant vous : Nous ne nous prosternons, Madame, à vos genoux, Que pour vous demander justice de Molière :
C'est lui qui nous détruit dans l'esprit du vulgaire, Et qui sur son théâtre ose à tous faire voir Que notre intérêt seul fait tout notre savoir; Que nous n'avons des maux aucune connoissance; Que de nous les humains tirent peu d'assistance; Et que loin de savoir l'art de les secourir, Nous ne les guérissons qu'en les faisant mourir. Jugez à quel mépris cet homme nous expose.
Mais, quoique vous dussiez prendre en main notre cause, Et détruire qui cherche à nous détruire tous ; Vous ne devez venger, grande Reine, que vous. Oui, cet impertinent, par une audace extrême, Va jusqu'à vous jouer sur son théâtre même, Et par la feinte mort, qu'au public il fait voir, 11 brave de vos traits 1 invincible pouvoir.
Vengez-vous donc, Madame, et de son insolence, Punissez l'orgueilleuse et coupable licence : Montrez, en le perçant de véritables coups, Qu'on ne se moque point impunément de vous; Que vous savez braver, qui comme lui, vous brave, Que le plus grand mortel vous est moins qu'un esclave; Quand il a du mépris pour votre autorité :
Et c'est à quoi conclut notre humble Faculté.
La Mort, à
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Prend de ses
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Et puisqu'elle s'enfuit sans leur répondre ri Elle leur témoigne assei bien
Qu'elle ne prétend pas satisfaire leur haine Cependant, à ce coup fatal.
Ne
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m offense
Si Molière ne meurt dans le palais roy Elle entre, elle en approche, et veut se Mais voyant qu'il la brave, et que toui D'csdter Je l'Iiorreur, elle augmente 1.
Pleine de honte et de furie, Elle quitte la comédie, Et va l'attendre à son logis:
C'est là que l'illustre Molière Arrive malheureusement
Cette barbare A peine est-il entré, Condi
:L i j 1 1 1 -. : :i 1 . : ; , luit par sa funeste main, rend sa rage assouvie; Et sortant de ce lieu d'un pas profité, Laisse pour mieux marquer sa noire cruanl Ce grand homme à la fois sans parole et sat
Telle qu'en sortant du combat Paroit une Amazone après une victoire,
Telle, après son assassinat, Parut auï Médecins la Mort pleine de gloi Ne craignez plus, dit-elle avec un air haut; Celui qui de votre ait détrompent le vulgaii
Celui
'être percé
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Ht puisque je suis pour vous, Sachez que désormais nul n'osera vous nuire.
Alors les Médecins, d'un ton plein de transport,
Crièrent tous, Molière est mort !