QUESTIONS
VII. — Qui doit plustost visiter le malade , ou le Médecin ou sa mule ?
Tabarin. — Mon maistre, je ne sçavois hier assez admirer un Médecin qui, venant voir vostre père malade, fut bien si eshonté et si peu rempli d'honneur, qu'il laissa sa mule à la porte.
Le Maistre. — Comment, Tabarin, t'estonnes-tu de telles choses? Il n'y a point grande cause d'admiration ny d'estonnement ; attendois-tu qu'il fist monter sa mule à la chambre?
Tabarin. — Et comment l'entendez - vous donc? Elle estoit plus digne d'y monter que
luy.
Le Maistre. — Oh! l'ostourdyt Ne vois-tu pas que c'est une chose hors de tout jugement, qu'un Médecin fasse visiter le malade par une mule, et luy demeure â la porte?
Tabarin. — Je trouve que, par raison, la mule doit plustost aller voir le malade que le Médecin : dites-moy, je vous prie, pourquoy est-ce que le Médecin va voir le malade?
Le Maistre. — C'est parce qu'il porte la doctrine et la science, par laquelle il peut subvenir aux incommodité; du malade et le retirer de tant de maux, où il trempe et va languissaut, outre plus que , cognoissant la maladie, il dispose des remèdes propres et salutaires pour la sauté, et, par les compositions qu'il fait, il reforce la composition de la nature et la remet
Tabarin. — En parlant de la façon, vous deffendez ma cause, car de la je tire un argument infaillible, que la mule doit plustost visiter le malade que le Médecin. N'est-ce pas une pitié, qu'il faille faire attendre une pauvre beste, a la porte, cependant que l'autre est auprès du feu à se reschauffer les entrailles d'un verre de vin? La raison que vous apportez, pour appuyer vostre response, est que le Médecin voit le malade parce qu'il porte la science quant et (i) soy, et moy je dis que la mule y doit plustost
(iJAv.
aller, parce qu'elle porte la s -t le Médecin tout ensemble.
TABARm. — Qui sont ceux, à vostre advis^ qui se mocquent des Médecins et des apoti'-
Le Maistre. — Ce sont les maladvise:
ne croyant avoir affaire d'eux, se gabent (i) de leurs receptes ; gens de néant qui ignorent que la médecine est un art tout à fait céleste e»^-divin, qnî restitué et réintègre la nature en sa^^- Œa perfection et en son entier apogée; la médecine^^ -** est la science des sciences naturelles, et malï--^ 3 ^ appris sont ceux qui la mespriseut. Altissimus de ^^*^" calo creavit meàicinam et vir prudens non abhorre- — ^ si '
Tabarin. — J'en disois dernièrement de^» * e
; fit ï
chausses pour moy : Homo et vir prudens abhorrent eum.
Le Maistre. — Pour mon regard, je ti que ceux qui contemnent les Médecins, ce s es ignorans, et cette manière de geus qui croient avoir ail'di'i; à eus.
Tabarin. — Vous vous trompez, car ci qui se mocquent sont ceux-là mesme
plus besoin de leur aide, ce sont les malades.
Le Maistre. — Les malades, Tabarin? Comment se peut-il faire qu'un malade se raocque d'un Médecin, vu qu'il le recherche et en a tant besoin?
Tabarin. — N'est-ce pas une grande mocquerie, quand ou lire la langue d'un demy-pied de long à celuy qui vous vient voir?
XI. — Qui sont Us meilleurs Médecins, et comme on cognait Us maladies f
Tabarin. — Mon maistre I Le Maistre. — Qu'y a-t-il, Tabarin?
Tabarin. — Un petit mot, s'il vous plaist; j'ay entendu dire que vous sçavicz parfaitement ce que c'estoit que la merde saine.
Le Maistre. — Médecine, gros asnel Tabarin. — Et que vous aviez une entière cognoissance d'îcelle.
Le Maistre. — A la vérité, depuis ma jeuxesse, je m'y suis toujours employé, jugeant que c'estoit une science autant utile aux hommes tjne nécessaire a leur entretien particulier; toutefois, si je ne suis parvenu au supresme de cette cognoissance, tant pour la pràctîque que pour la spéculative, pour le moins, ay-je tasché '" :n effleurer une partie; un homme est toujours loué d'avoir employé son temps en une estude
si sérieuse, et contribué ce peu qu'il a de sa nature pour l'acquisition d'une chose qui ne peut estre que profitable.
Tabarin. — Il ne vous falloit point arrester tout le temps de vostre jeunesse à cela, puisque vous n'en avez effleuré qu'une partie; si vous aviez envie de flairer l'essence de la merde saine, il ne falloit que venir frapper à ma porte de derrière.
Le Maistre. — Oh! l'impertinent! je te dis effleurer, et non pas flairer, c'est-à-dire en tirer quelque cognoissance et en gouster quelque chose.
Tabarin. — Par la mort de ma vie ! vous y eussiez trouvé du sentiment. Mais venons à vostre propos; puisque vous avez toutes ces cognoissances, dites-moy, je vous prie, qui sont les meilleurs Médecins, et comment cognoissezvous les maladies?
Le Maistre. — Les meilleurs Médecins sont ceux qui ont une parfaite cognoissance de la nature des choses, qui cognoissent leurs qualitez, passions, propriétez, compositions et tempéramens, qui sçavent leurs complexions, et de là réfléchissent leurs cognoissances et leur jugement sur ce qui est propre pour la santé. Et jacoit (1) que ceux qui ont la théorie soient très-excellens, si est-ce que ceux qui joignent la
(1) Quoique.
pratique et l'expérience à la théorie me semblent les meilleurs, parce qu'ils ont plus parfaite notion des maladies et acadens qui peuvent arriver de leur guarison, car toute l'essence de la médecine consiste en l'expérience.
Tabarin. — Mais je voudrois sçavoir de vous comment vous cognoissez une maladie et un homme malade?
Le Maistrë. — Nous le cognoissons quand nous Talions visiter; nous luy tasions le poux, cous luy demandons en quelle partie du corps il se trouve mal, nous jugeons à sa couleur, nous le voyons à son urine, nous nous enqueslons s'il mange bien, et ainsi des autres.
Tabarin. — Zeste 1 non pas de ma vie, allezvous chercher midy si loing? Vrayment, quand le malade vous a dit sa maladie, il vous est facile de juger oii le mal le presse? Je vous veux bien apprendre un autre secret; les meilleurs Médecins, et qui cognoissent mieux les maladies, sont les tonneliers.
- Quand
Le Maistre.
Tabarin. une pièce de blanc? est-il clairet? s cerceaux rompus?» L'
maladies que par l'intérieur; il y regarde luy mesme, et, pour ce faire, il ouvre le bondoi qui est au-dessus de la pièce, et y met le nez
Les tonneliers, Tabarin? sça-
ins aux preuves.
1 tonnelier va visiter
demande pas « esl-il
■il mauvais? a-l-il les
cognoisi jamais les
puis, des deux mains, à chaque costé du fond -^^' il donne un grand coup de poing; la vapeur alor^ -■ s'exhale, et sort par la partie supérieure : ainsÊ ^^ il cognoist si le vin est bon ou non. De mesme,^ : — vous, quand vous allez visiter un malade, vous^^ J ne devez pas vous arrester à tant de questions ^^- s et discours; il faut, de prime abord, faire mettre s - " vostre malade les pieds en haut, et, si vous vou- lez sçavoir le fondement de sa maladie, vous devez mettre vostre teste entre ses fesses, et approcher vostre nez du soupirail merdique, puis luy donner un coup de poing dans le ventre.
Les exhalaisons, qui de leur nature sont légères, vous montent au nez, et alors vous jugerez de la maladie, et donnerez vostre sentiment sur la senteur que vous en aurez senty. Voila le moyen d'estre en bref un bon Médecin.
Le Maistre. — Oh I le gros asne !
Tabarin. — Ohl le gros veau!
Le Maistre. — A qui parlez-vous?
Tabahin. — Retirez-vous, je vous prie, je parle à ce marmiton de Pluton qui est derrière
r dialogues