IX. — Quand les Médecins se trûmient
Tabarin. — Mon maistre, puisque vous estes professeur es sciences de médecine, sçavez-vous
quand les Médecins se trompent et faillent grandement en leurs receptes?
Le Maistre. — Les Médecins se trompent quelquefois, Tabarin, car comme nous sommes tous composez de divers tempéraments, aussi est-il grandement difficile de les recognoistre parfaitement; car ce qui est à l'intérieur, bien qu'il donne des signes au dehors, et des apparences de ce qui est voilé et caché au dedans, toutefois souvent le peu d'expérience que nous avons et le peu de certitude qu'on doit tirer par les superficielles marques nous fout gauchir en nos jugemens. Tel aura le tempérament chaud, il qui un Médecin donnera des médicamens exsiccatifs et réchauffans, et par cette façon, au lieu d'attiédire et d'empescher le mal, il rengrège fi) la douleur et Iuy donne des alimens plus forts : un autre aura le tempérament froid au dedans, qui à l'extérieur produira des marques d'un homme colère et chaud, de manière que, n'y ayant rien d'asseuré, il faut une longue expérience pour servir de soubassement â son jugement devant qu'ordonner une médecine pour un malade : la raison doit plustost en ce cas consulter l'expérience et ce qui s'est remarqué en pareilles adventures que non pas se fonder sur ses propres bastimens. Je crois, pour mon regard, s'il y a quelque rencontre où les Médecins sont souvent arresiez et trompez, c'est ,
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maladies chaudes et aiguës, car aiors la raison est tellement précipitée par l'ardeur de la maladie, qu'elle n'est pas libre d'exercer et de mettre au jour en bref ce qui est nécessaire pour ces accidens, veu que les opérations que nous exerçons sont d'amant plus valables, qu'elles sont préméditées avec loisir et mesnie considération : ce qui ne se peut pratiquer en ce cas, puisque l'ardeur de la maladie ne donne pas la permission d'y songer.
Tabardj. — Vous estes un beau Médecin; vous l'avez bien rencontré : ce n'est pas aux maladies [chaudes où les Médecins se trompent et errent ordinairement, c'est quand ils ordonnent une purgation pour purger le cerveau d'une femme ; ia médecine cherche haut et bas le cerveau, pour opérer et n'y en trouve point, voila en quoy ils s'abusent, mou maistre.
Le Maistre. — A la vérité, tirer la langue est un signe de dérision.
Tabarim. — Or est -il que, si un Médecin vient voir un malade pour sçavoir la cause de son ma!, le malade luy tirera la langue, c'est une pure mocquerie.
Le Maistre. — Et l'apoticaire?
Tabarin. — L'apoticaire en a bien davantage; car, s'il vient de fortune pour apporter un clystère à un malade et le visiter, le malade, en se gaussant de luy, luy présentera le cul pour
luy servn d'estuy à son nez. Ne sont-cc pas lu de grandes dérisions et mocqueries?