ARRÊT BURLESQUE
Donné en la Grand! Chambre du Parnasse, e*
Une estampe très rare, datant de 2696, et que décrit une notice intéressante d'A. Benoit, sur cet irrégulier de U médecine, donne les pièces suivantes, intercalées dans le dessin :
O vous, dont la santé paroît abandonnée, Trop affligés mortels qui craignez de mourir» N'attendez point de moi lavement, ni saignée. Mon dessein est de vous guérir.
Au-dessus d'une porte où un garçon de laboratoire contient la foule, est écrit ce sizain :
Ozanne n eut jamais dessein
De s'ériger en médecin;
L'honneur qu'on lui tait le chagrine.
Lui, médecin 1 Comment? Par où?
Il guérit tout le monde et n'en prend pas un sou : Tous les jours le contraire arrive en médecine.
Enfin, dans un angle inférieur de l'estampe se lit ce quatrain :
Un médecin s'est fait dans un village ; On fait des ignorans dans notre Faculté.
Celui-là nous rend la santé.
Et ceux-ci des plaisirs nous font perdre l'usage.
/avoir des maîtres-es-arts, Médecins et Projesfisseurs de ttlnh-ersiU de Stagyre, au pays des
CAintères, pour le maintint de la doctrine dArts-
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Vu par la Cour la requête présentée par les régents, maiires-ès-arts, docteurs et professeurs de l'Université, tant en leurs noms que comme tuteurs et défenseurs de la doctrine de maître en blanc Aristote, ancien professeur royal en grec dans le collège du Lycée, et précepteur du feu roi de querelleuse mémoire, Alexandre dit le Grand, acquéreur de l'Asie, Europe, Afrique, et autre lieux, contenant que, depuis quelques années, une inconnue, nommée la Raison, auroit entrepris d'entrer par force dans les écoles de ladite Université; et pour cet effet, à l'aide de certains quidams factieux, prenant les surnoms de Gassendcntistes, Cartésiens, Malebranchistes et Pourcho listes , gens sans aveu, se seroit mise en état d'en expulser ledit Aristote,
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ancien et paisible possesseur desdites écoles, contre lequel elle et ses consorts auroient déjà publié plusieurs livres, traités, dissertations et raisonnements diffamatoires; voulant assujétir ledit Aristote à subir devant elle l'examen de sa doctrine; ce qui seroit directement opposé aux lois, us et coutumes de ladite Université, où ledit Aristote auroit toujours été reconnu pour juge sans appel et non comptable de ses opinions; que même, sans l'aveu d'icelui, elle auroit changé et innové plusieurs choses en et au-dedans de la nature, ayant ôté au cœur la prérogative d'être le principe des nerfs, que ce philosophe lui avoit accordée libéralement et de son bon gré, et laquelle elle auroit cédée et transportée au cerveau, et ensuite, par une procédure nulle de toute nullité, auroit attribué audit cœur la charge de recevoir le chyle, appartenant cidevant au foie, comme aussi de faire voiturer le sang par tout le corps, avec plein pouvoir audit sang d'y vaguer, errer et circuler impunément par les veines et artères, n'ayant autre droit ni titre pour faire lesdites vexations, que la seule expérience, dont le témoignage n'a jamais été reçu dans lesdites écoles.
Auroit aussi attenté, ladite Raison, par une entreprise inouïe, de déloger le feu de la plus haute région du ciel, et prétendu qu'il n'avoit là aucun domicile, nonobstant les certificats dudit philosophe, et les visites et descentes faites par lui sur les lieux. Plus, par un attentat et
meut et de fait guéri quantité de lièvres intermittente; comme tierces, doubles- tierces, quartes, triples-quartes, et même continues, avec vin pur, poudre, écorce de quinquina et autres drogues inconnues audit Aristote et à Hippocrate son devancier, et ce, sans saignée, purgation ni évacuations précédentes; ce qui est nonseulement irrégulier, mais tortionnaire et abusif; ladite Raison n'ayant jamais été admise ni agrégée au corps de ladite Faculté, et ne pouvant par conséquent consulter avec les docteurs d'icelle, ni être consultée par eux, comme elle ne l'a en effet jamais été. Nonobstant quoi, et malgré les plaintes el oppositions réitérées des sieurs Blondel, Courtois, Denyau et autres défenseurs de la bonne doctrine, elle u'auroit pas laissé de se servir toujours desdites drogues, ayant eu la hardiesse de les employer sur les Médecins même de ladite Faculié, dont plusieurs, au grand scandale des régies, ont été guéris par lesdits remèdes : ce qui est d'un exemple très- dangereux, et ne peut avoir été fait que par mauvoîses voies, sortilèges et pactes avec le diable. Et non contente de ce, auroit entrepris de diffamer et de bannir des écoles de philosophie les formalités, matérialités, entités, identités, virtualités, eccéités, pètréités, polycarpéités, et autres êlres imaginaires, tous enfants et ayant cause de défunt maître Jean Scot, leur père; ce qui porteroit un
préjudice notable, et causeroît la totale subversion de la philosophie scolastique, dont elles font tout le mystère, et qui tire d'elles toute sa subsistance, s'il n'y étoit par la Cour pourvu.
Vu les libelles intitulés : Physique de Rohault, Logique de Port -Royal, Traités du Quinquina, même I'Adversus Aristoteleos de Gassendi, et autres pièces attachées à ladite requête, signée Chicaneau, procureur de ladite Université :
Ouï le rapport du conseiller-commis tout considéré :
La Cour, ayant égard à ladite requête, a maintenu et gardé, maintient et garde ledit Aristote en la pleine et paisible possession et jouissance desdites écoles. Ordonne qu'il sera toujours suivi et écouté par les régents, docteurs, maîtres-ès-arts et professeurs de ladite Université, sans que pour ce ils soient obligés de le lire, ni de savoir sa langue et ses sentiments. Et sur le fond de sa doctrine, les renvoie à leurs cahiers. Enjoint au cœur de continuer d'être le principe des nerfs, et à toutes personnes, de quelque condition et profession qu'elles soient, de le croire tel, nonobstant toute expérience à ce contraire. Ordonne pareillement au chyle d'aller droit au foie, sans plus passer par le cœur, et au foie de le recevoir. Fait défenses au sang d'être plus vagabond, errer ni circuler dans le corps, sous peine d'être entièrement
livré et abandonné à la Faculté de Médecine.
Défend à la Raison et a ses adhérents de plus s'ingérer à l'avenir de guérir les fièvres tierces, doubles-tierces, quartes, triples-quartes ni continues, par mauvais moyens ni voies de sortilèges, comme vin pur, poudre, écorce de qninquina et autres drogues non approuvées ni connues des anciens. Et en cas de guérisons irrégulières par icelles drogues, permet aux Médecins de ladite Faculté de rendre, suivant leur méthode ordinaire, la fièvre aux malades, avec casse, séné, sirops, juleps et autres remèdes propres à ce; et de remettre lesdits malades en tel et semblable état qu'ils étoient auparavant, pour être ensuite traités selon les règles ; et, s'ils n'en échappent, conduits du moins en l'autre monde suffisamment purgés et évacués. Remet les entités, identités, virtualités, eccéités, et autres pareilles formules scotistes, en leur bonne forme et renommée. A donné acte aux sieurs Blondel, Courtois et Denyau, de leur opposition au bon sens. A réintégré le feu dans la plus haute région du ciel, suivant et conformément aux descentes faites sur les lieux. Enjoint à tous régents, mai très -ès-arts et professeurs, d'enseigner comme ils ont accoutumé, et de se servir, pour raison de ce, de tel raisonnement qu'ils aviseront bon être, et aux répétiteurs hibernois et autres leurs suppôts, de leur prêter main-forte, et de courir sus aux contrevenants, à peine d'être privés du droit de dis-
puter sur les prolégomènes de la logique. Et afin qu'à l'avenir il n'y soit contrevenu, a banni à perpétuité la Raison des Écoles de ladite Université; lui fait défenses d'y entrer, troubler ni inquiéter ledit Aristote en la possession et jouissance d'icelles, à peine d'être déclarée janséniste et amie des nouveautés. Et à cet effet, sera le présent arrêt lu et publié aux Mathurins de Stagyre, à la présente assemblée qui sera faite pour la procession du recteur, et affiché aux portes de tous les collèges du Parnasse et partout où besoin sera. Fait ce trente-huitième jour d'août onze mille six cent soixante et quinze.
(Collationné avec paragraphe.)