‹ Le Mal qu'on a dit des médecinsChapitre 94 sur 116 · SATIRES · texte numérisé non relu

SATIRES

SaL IV.

En un mot, qui voudrait épuiser ces matières, Peignant de tant d'esprits les diverses manières, Il compterait plutôt combien, dans un printemps, Guénaud et l'antimoine ont fait mourir de gens, Et combien la Neveu (i), devant son mariage, A de fois au public vendu son pucelage.

Sat. X,

Ohl que, pour le punir de cette comédie, Ne lui vois-je une vraie et triste maladie!

(i) Infime débordée, connue de tout le monde. (Boilbav.)

Mais ne nous fâchons point. Peut-être avant deux jours Courtois et Deniau (i), mandés à son secours. Digne ouvrage de l'art dont Hippocrate traite, Lui sauront bien ôter cette santé d'athlète; Pour consumer l'humeur qui fait son embonpoint, Lui donner sagement le mal qu'elle n'a point ; Et, fuyant de Fagon (2) les maximes énormes, Au tombeau mérité la mettre dans les formes.

Dieu veuille avoir son âme, et nous délivrer d'eux ! Pour moi, grand ennemi de leur art hasardeux, Je ne puis cette fois que je ne les excuse.

l'art poétique

Chant IV.

Dans Florence jadis vivoit un Médecin (3) Savant hâbleur, dit-on, et célèbre assassin.

Lui seul y fit longtemps la publique misère; Là le fils orphelin lui redemande un père; Ici le frère pleure un frère empoisonné :

L'un meurt vide de sang, l'autre plein de séné : Le rhume à son aspect se change en pleurésie, Et par lui la migraine est bientôt frénésie.

Il quitte enfin la ville, en tous lieux détesté. De tous ses amis morts un seul ami resté Le mène en sa maison de superbe structure.

C'étoit un riche abbé, fou de l'architecture. Le Médecin d'abord semble né dans cet art, Déjà de bâtiments parle comme Mansard :

D'un salon qu'on élève il condamne la face; Au vestibule obscur il marque une autre place ; Approuve l'escalier tourné d'autre façon.

(1) Médecins de l'époque.

(2) Premier médecin du roi.

(3) Voyez ci-après la lettre de Boileau au maréchal de Vivonne.

li le conçoit, et mande son maçon t on vient, écoule, approuve et se corri pour abréger un si plaisant prodige, .ssassin renonce à son art inhumain; i. Il règle et l'équerre i la main.

.■;hn:it

e Galien la s'.

uédec: "

LETTRES Au Maréchal tli Vivontte.

... Vous saurez donc, monseigneur, qu'il y a un médecin à Paris, nommé P... (t), très grand ennemi de la santé et du bon sens, mais en récompense fort grand ami de M. Quinault. Un mouvement de pitié pour son pays, ou plutôt le peu de gain qu'il faisoit dans son métier, lui en a fait à la fin embrasser un autre. Il a lu Vitruve, il a fréquenté M. Le Vau et M. Ratabon (2), et s'est enfin jeté dans l'architecture, où l'on prétend qu'en peu d'années il a autant élevé de mauvais bâtiments qu'étant médecin il avoit ruiné de bonnes santés. Ce nouvel architecte, qui veut se mêler aussi de poésie, m'a pris en haine sur le peu d'estime que je faisois des ouvrages de sou cher Quinault. Sur cela, il s'est déchaîné contre moi dans le monde; je l'ai

<i) Claude Permit.

0) Architectes célèbres.

souffert quelque temps avec assez de modêraenfin la bile satirique n'a pu se contenir; si bien que, dans le quatrième chant de ma poétique, à quelque temps de là, j'ai inséré k métamorphose d'un médecin en architecte.

Vous l'y avez peut-être vue; elle finit ainsi :

Notre assassin renonce à son ait inhumain; Et désonnais la règle et l'équeire à la main, Laissant de Galion la science suspecte, De méchant médecin devient bon architecte.

Ii n'avoit pourtant pas sujet de s'offenser, puisque je parle d'un médecin de Florence, et que d'ailleurs il n'est pas le premier médecin qui, dans Paris, ait quitté sa robe pour la truelle (i). Ajoutez que si en qualité de médecin il avoit raison de se fâcher, vous m'avouerez devoit des re-

qu'en qualité d'architi

: pas pourtant; il a un frère (a) chez t lui-même employé dans , il cria fort hautement hardiesse. Jusque-là mes amis eurent peur que cela ne me fît nue affaire auprès de illustre ministre. Je me rendis donc i leurs raccommoder :

(Ij Loui

u profession p fi) Charly

choses, je fis une réparation sincère au médecin par l'épigramme que vous allez voir :

Oui, j'ai dit dans mes vers qu'un célèbre assassin, Laissant de Galien la science infertile, D'ignorant médecin devint maçon habile.

Mais de parler de vous je n'eus jamais dessein :

Lubin, ma muse est trop correcte.

Vous êtes, je l'avoue, ignorant médecin,

Mais non pas habile architecte.

Cependant, regardez, monseigneur, comme les esprits des hommes sont faits ; cette réparation, bien loin d'apaiser l'architecte, l'irrita encore davantage. Il gronda, il se plaignit, il me menaça de me faire ôter ma pension. A tout cela je répondis que je craignois ses remèdes et non pas ses menaces. Le dénouement de l'affaire est que j'ai touché ma pension, que l'architecte s'est brouillé auprès de M. Colbert, et que si Dieu ne regarde en pitié son peuple, notre homme va se rejeter dans la médecine.

A Racine.

Bourbon, le 2: juillet 1687.

... Depuis ma dernière lettre, j'ai été saigné, purgé, etc., et il ne me manque plus aucune des formalités prétendues nécessaires pour prendre des eaux. La médecine que j'ai prise aujourd'hui m'a fait, à ce qu'on dit, tous les biens du monde; car elle m'a fait tomber quatre ou cinq fois en faiblesse, et m'a mis en tel état qu'à peine je puis me soutenir.

aj juillet 1GS7.

... Les c.iuï jusqu'ici m'ont fait un fort grand tien, selon toutes les règles, puisque je les rends de reste, et qu'elles m'ont, pour ainsi dire, tout fait sortir du corps, excepté la maladie pour laquelle je les prends. M. Bourdier, mon médecin, soutient pourtant que j'ai la voix plus forte que quand je suis arrivé; et M. Baudiêre, mon apothicaire, qui est encore meilleur juge que lui, puisqu'il est sourd, prétend aussi la même chose; mais pour moi, je suis persuadé qu'ils me flattent, ou plutôt qu'ils se flattent eux-mêmes, et, a ce que je puis reconnaître er. moi, je tiens que les eaux me soulageront plutôt la difficulté de respirer que la difficulté de parler. Quoi qu'il en soit, j'irai jusqu'au bout, et je ne donnerai point occasion A M. Fagon et i M. Félix de dire que je me suis impatienté. Au pis aller, nous essaierons cet hiver ['érysimmn; mon médecin et mon apothicaire, à qui j'ai montré l'endroit de votre lettre où vous parlez de cette plante, ont témoigné tous deux en faire un fort grand cas; mais M. Bourdier prétend qu'elle ne peut rendre la voix qu'a des gens qui ont le gosier attaqué, et non pas a un homme comme mot, qui a tous les muscles embarrassés. Peutêtre que si j'avois le gosier malade, prétendroit-il que Viiysimain ne sauroît guérir que ceux qui ont la poitrine attaquée...

qui ont

A Madamt Mrtnch^n,

.1 juiU« 1*17.

... Ainsi je m'en vais regarder dorénavant 1« eaux et les médecines que j'avalerai commi pénitences qui me sont imposées, plutôt comme des remèdes qui doivent produire nu santé corporelle; et certainement je doute que je puisse mieux faire voir que je suis résigné à la volonté de Dieu qu'en me soumettant au joug ie la médecine, qui est ici toute la même qti'i Paris, excepté que les Médecins y sont un peu plus appliqués à leurs malades, et pensent »

moins i leurs maladies dans le temps qu'ils sont

Je goûtais les douceurs d'une amitié charmante.

Quand un faut Esculape, i cervelle ignorante, A la fin d'un long mat vainement pallié, Rompant de ses beaux jours le fil trop délié. Pour jamais me ravit mon aimable parente.

uïï & peu près d r» 1701.)

Obi qu'un si rude coup r.

Bientôt, la plume en nuit Je demandai raison d'un :

:' fil verser de pleurs 1 signalant mes douleurs,

e barbait- homicide

ËFIGRAMMES Ép. XX. — ImiUt dt Martial (Liv. I, iLvm) Paul, ce grand médecin, l'effroi de son quartier. Qui causa plus de maui que la peste et la guerre. Est curé maintenant, et met les gens en terre: Il n'a point change de métier.

Ép. XXIV. — A M. Ptrrault (i).

Ton oncle (î), dis-iu, l'assassin, M'a gnéri d'une maladie :

La preuve qu'il ne fut jamais mon médecin,

JURSAULT (}) (1638-1701)

A Monsitur h prhident Perrault.

Vous me fîtes l'honneur de me mander par la

dernière que vous eûtes la bonté de m' écrire, que vous ne saviez plus que me répondre touchant la maladie de Monsieur Dupré ; et je vous avoue que je suis dans la même peine, et que je ne sais plus que vous en dire. Je vous ai tant de fois fait espérer sa convalescence, et vous ai si peu tenu parole, que je n'ose plus me hazarder à promettre quoi que ce soit sur la foi des Médecins. Depuis le commencement de cette maladie jusqu'à présent, je ne leur ai presque rien oûy dire que les événements aient justifié; et tout ce que je vois d'assuré, ou du moins qui me paroit tel, c'est, Monsieur, qu'il n'y a aucun danger pour sa personne : mais en vérité je n'ose m'imaginer que la guérison en soit prompte; surtout dans une saison plus propre à faire perdre la santé qu'à la faire revenir. Il y a huit jours passés qu'on l'a mis au lait d'anesse; et s'il en faut croire M. Laurenceau, sa poitrine en est beaucoup soulagée : mais comme je suis résolu à ne plus juger des remèdes que par leurs effets, il me pardonnera, s'il lui plaît, si je laisse encore passer quelques jours avant que d'ajouter foi à ses paroles.

Hier il y eut encore une consultation entre les trois Médecins, qui en ont déjà fait tant d'inutiles, et qui disent continuellement : Clisierium donare, postea saignare, ensutta pur gare. Otez-leur cela, vous leur ôterez plus de la moitié de leur science. Tout atténué qu'est le pauvre malade, ils lui ont ordonné de nouvelles sai-

gnées; et dans l'état où il est, il me semble que la nature a plus besoin d'être fortifiée qu'affaiblie. On verra par la suite si la Faculté a raison : niais jusqu'ici elle m'a inspiré autant de mépris pour elle que j'ai de respect pour vous, et de passion d'être toute ma vie,

Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

REMARQUES ET BONS MOTS A Monseigneur Fevesque et duc de Langres.

Un aumônier du cardinal Ranuzzi, que Votre Grandeur a vu nonce en France, fut attaqué d'une maladie, qui d'abord ne paraissoit pas dangereuse; mais qui par le secours des Médecins devint mortelle. Quand on lui eut appris qu'il ne devoit plus songer à vivre, il songea sérieusement à mourir; et envoya quérir un père Grenade, Théatin, qui ne le quitta point qu'il n'eût rendu l'âme dans ses bras. Quoiqu'il attendît la mort avec une grande résignation à la volonté de Dieu, l'heure de l'agonie étant venue, pendant que le Théatin faisoit la recommandation de l'âme par cette belle prière :

« Prqficiscere anima christiana, etc. », qui signifie à ce qu'on m'a dit : « Sortez promptement, âme chrétienne », le pauvre homme disoit d'une voix mourante : « Pian 9 piano, anima mia, pian piano ï »

Page 1