Chapitre XXXIIII
... le ne vous avois oneques puys veu que iouastez à Monspellier avecques nos antiques amys Ant. Saporta, Guy Bouguier, Balthasar
(i) L’.iuteur du Veritahîe Rabelais réformé (1697), probablement Jean Bernier, médedn lui-même, est peu tendre pour ses confrères. Entre autres plaisanteries qu’il leur adresse dans cet ouvrage, nous relevons les suivantes : il dit qu’un médecin Medicus est un mendiant Mendicas; il appelle la médecine médicamentante une médecine médica-menteuse ; et il traduit la lettre R, abréviation de Recipe (Prenez), que les médecins placent en tête de leurs ordonnances, par cette interprétation désobligeante: Réchape si tu peux-, enfin, à propos du Cacatorium Medicorum, il écrit : « Ce livre n’étant plus comme autrefois un des plus fameux de la Medecine, il y faudroit substituer Complaccntûfi Medicor. Car ce n’est plus le pot aux clysteres qui est le Potozzi des Médecins, ce ne sont plus les cacatoires qui font leurs aflaires, mais les caquetoires, verbiage, vanité, secrets prétendus, cliarlatannerie, voilà leur Pérou. »
Noyer, Tollet, lan Quentin, François Robinet, lan Perdrier et François Rabelais, la morale comœdie de celluy qui avoit espousé une femme mute (i). le y estois (dist Epistemon). Le bon mary voulut qu’elle parlast. Elle parla par l’art du Medicin et du Chirurgien, qui luy coupperent un encyliglotte qu’elle avoit soubs la langue. La parolle recouverte, elle parla tant, et tant, que son mary retourna au Medicin pour remede de la faire taire. Le Medicin respondit en son art bien avoir remedes propres pour faire parler les femmes : n’en avoir pour les faire taire. Remede unicque estre surdité du mary, contre cestuy interminable parlement de femme. Le paillard devint sourd par ne sçay quelz charmes qu’ilz feirent. Sa femme voyant qu’il estoit sourd devenu, qu’elle parloit en vain, de luy n’estoit entendue, devint enraigée. Puys le Medicin demandant son salaire, le mary respondit qu’il estoit vrayement sourd : et qu’il n’entendoit sa demande. Le Medicin luy iecta on dours ne sçay quelle poudre, par vertus de laquelle il devint fol. Adoncques le fol mary et la femme enragée se rallièrent ensemble et tant bastirent les Mediciti et Chirurgien qu’ilz les laissèrent à demy mors. le ne riz oncques tant, que ie feis à ce Patelinage.
. . . Monsieur nostre maistre, ie croy bien
(i) Rabelais parle de la farce de la Femme mueile, dont il fut l’auteur et le principal acteur.
qu’au iour de mes nopces vous serez d’ailleurs empesché à vos pratiques, et que n’y pourrez comparoistre. le vous en excuse,
Slerciis et urina Medici sunt prandia prima.
Ex aliis paleas, ex istis collige grana (i).
Vous prenez mal (dist Rondibilis) (2), ce vers subséquent est tel :
Nobis sunt signa, vobis sunt prandia digna (5),
Si ma femme se porte mal ; l’en vouldrois veoir l’urine (dist Rondibilis), toucher le pouls : et veoir la disposition du basyentre, et des parties umbilicares, comme nous commende Hippocrate, 2. Apho. 35, avant oultre procéder. Non, non (dist Panurge), cela ne faict à propous. C’est pour nous aultres Légistes, qui avons la rubrique. De ventre inspiciendo. le luy appreste un clystere barbarin. Ne laissez vos affaires d’ailleurs plus urgens. le vous envoiray du rislé en vostre maison. Et serez tousiours nostre amy. Puys s’approcha de luy, et luy mist en main sans mot dire quatre Nobles à la rose. Rondibilis les print tresbien : puys luy dist en efîroy comme indigné. He, he, he, monsieur, il ne
(1) L’excrément et rurine sont les meilleurs repas du médecin : dans l’une la paille, dans l’autre le grain.
(2) Le chancelier Rondelet, l’ancien maitre de Rabelais à la l'acuité de Montpellier.
(3) Pour nous, ce sont des indices et ce sont repas dignes de vous.
falloit rien. Grand mercy toutesfois. De meschantes gens ianiais ie ne prensrien. Rien iamais des gens de bien ie ne refuse. le suys touiours à votre commendement. En poyant, dist Panurge. Cela s’entend, respondit Rondibilis (i).
Le quart Livre.
. . . Defaict la practique de Medicine bien proprement est par Hippocrates comparée à un combat, et farce iouée à trois personnages : le malade, le Medicin, la maladie.
... Comme grandement est par Herophîlus blasmé Callianax Medicin^ qui à un patient l’interrogeant et demandant, mourray-ie? impudentement respondit :
Et Patroclus à mort succumba bien :
Q.ui plus estoit que ne es homme de bien.