‹ Le mal qu'on adit des medecinsChapitre 132 sur 219 · CHEVREAU (1615-174O · texte numérisé non relu

CHEVREAU (1615-174O

CHEVRÆANA

... En Chine, comme ils sont Médecins et Apotiquaires, et qu’ils préparent les remedes

(i) Un médecin entendant le régent parler de la médecine comme d’un art conjectural, lui dit ; « Supposons que Paris soit tout à coup couvert de tencbres épaisses, n est-il pas vrai

qu’ils leur ordonnent, ils sont payez quand ils ont bien guéri le malade; et n’ont rien quand le remede n’a point eu d’effet. Si cette coûtume étoit reg ement observée en France, il y auroit bien des Médecins à l’hôpital.

... La Medecine est une science fort difficile parce que la théorie regarde l’entendement; et Ja pratique, l’imagination. On ne guérit point par les aphorismes : et l’experience vaut mieux que les réglés. Si l’on n’examine la nourriture e temperamment, le climat, les eaux du lieu! et peut-etre même la constellation du jour, on ne prend jamais ses mesures 'justes. Quand on y manque, on trouve souvent que le remede qui a été bon à quelqu’un dans un certain teins, nuisible dans un autre teins, parce qu i n est plus dans la même disposition. Le meme sera encore moins bon quelquefois à deux personnes d’une differente constitution : et nous savons, un historien grec, qu’Antoine Musa tua Marcellus du même remede dont il guérit 1 empereur Auguste.

Dans ces provinces les bourreaux de la Faculté e Montpellier, n’y apportent pas tant de façon, parce qu ils n ont qu’une méthode, et ne vont jamais que le même train. Tout ce que je sçai,

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ne vous éga"r pas Tu "f •

de travers?» ^ qui vous mènerait tout

est qu’Asclepiade, comme dit Celsus, reduisoit le devoir du Médecin, à guérir iuto, celeriter et juciinde (i); mais, où trouvera-t-on des Asclepiades? Q.uand on en rencontre quelqu’un prudent et habile, qui donne plus à l’experience, qu’à toutes les maximes de l’Ecole; qui ne consulte que sa conscience, sans réfléchir sur son intérêt; qui n’a en en veuë que la guérison de son malade, sans avoir égard à sa qualité, on peut bien dire avec Juvénal,

Rara avis in terris iiigroque simiUiina Cycno (2).

Encore un coup cette science est bien hazardeuse, pour estre fondée sur des conjectures : et selon Platon, les conjectures des Médecins sont fort incertaines. Au reste que nos Médecins ne s’étonnent pas que je les aye ici traité de bourreaux; le mesme Celsus, que j’ai allégué, ne traite pas plus favorablement Asclepiade. Oiio magis falluntur, qui per ornnia, jumndam ejiis disciplinam esse concipiunt. Et enini nlterioribus quidem diebus cubantis etiavi luxurice suscripsit, primis vero tortoris vicem exhibait (3).

(1) Sûrement, vite et agréablement.

(2) Oiseau rare sur la terre et tout û fait semblable û un cygne noir.

(3) Aussi est-ce une erreur que <ie s’imaginer qu en tout sa méthode est agréable ; dans les derniers jours, il favorise la mollesse du m; Uade; mais, dans les premiers, il se conduit en vrai bourreau.

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