Scène
Thib.^ut. Monsieu, je venons vous charcher, mon fils Perrin et moi.
Sganarelle. — Qu’y a-t-il ?
Thibaut. — Sa pauvre mère, qui a nom 1 arrette, est dans un lit malade il y a si.x mois.
Sganarelle, tendant la main comme pour recevoir de l’argent. — Que voulez-vous que j’y fasse ?
Thibaut. — Je voudrions, monsieu, que vous nous baillissiez queuque petite drôlerie pour la garir.
Sganarelle. — qu’elle est malade ?
Il faut voir. De quoi est-ce
Thibaut. — Aile est malade d’hypocrisie, monsieu.
Sganarelle. — D’hypocrisie ?
Thibaut. — Oui, c’est-à-dire qu’allé est enflée par-tout; et l’an dit que c’est quantité de sériosités qu’allé a dans le corps, et que son foie, son ventre, ou sa rate, comme vous voudrois l’appeler, au glieu de faire du sang, ne fait plus que de l’iau. Aile a, de deux jours l’un, la fièvre quotiguenne, avec des lassitudes et des douleurs dans les mufles des jambes. On entend dans sa gorge des fleumes qui sont tout prêts à l’étouffer ; et parfois il li prend des syncoles et des conversions, que je crayons qu’allé est passée. J’avons dans notre village un apothicaire, révérence parler, qui li a donné je ne sais combien d’histoires ; et il m’en coûte plus d’eune douzaine de bons écus en lavements, ne v’s en déplaise, en apostumes, qu’on li a fait prendre, en infections de Jacinthe, et en portions cordales. Mais tout ça, comme dit l’autre, n’a été que de l’onguent miton mitaine. Il veloit li bailler d’une certaine drogue que l’on appelle du vin amétile (i); mais j’ai-z-eu peur franchement que ça l’envoyît a patres; et l’an dit que ces gros Médecins tuont je ne sais combien de monde avec cette invention-là.
Sganarelle, tendant toujours la main. — Venons au fait, mon ami, venons au fait.
(i) Viu émétique.
Thibaut. — Le fait est, monsieu, que je venons vous prier de nous dire ce qu’il faut que je fassions,
Sganarelle. — Je ne vous entends point du tout.
Perrin. — Monsieu, ma mère est malade; et V là deux écus que je vous apportons pour nous bailler queuque remède.
Sganarelle. — Ah ! je vous entends, vous. Voilà^ un garçon qui parle clairement, et qui s’explique comme il faut. Vous dites que votre mere est malade d hydropisie, qu’elle est enflée par tout le corps, qu’elle a la fièvre, avec des douleurs dans les jambes, et qu’il lui prend parfois des syncopes et des convulsions, c’est-àdire des évanouissements?
Perrin. — Hé, oui, monsieu, c’est justement ça.
Sganarelle. — J’ai compris d’abord vos paroles. Vous avez un père qui ne sait ce qu’il dit. Maintenant vous me demandez un remède?
Perrin, — Oui, monsieu.
Sganarelle. — Un remède pour la guérir ?
Perrin. — C’est comme je l’entendons.
Sganarelle, — Voilà un morceau de fromage qu’il faut que vous lui fassiez prendre.
Perrin. — Du fromage, monsieu ?
Sganarelle. — Oui c’est un fromage pré-
paré, où il entre de l’or, du corail et des perles, et quantité d’autres choses précieuses.
Perrin. — Monsieu, je vous sommes bien obligés; et j’allons faire prendre ça tout à ri’.eure.
Sg.\narelle. — Allez. Si elle meurt, ne manquez pas de la faire enterrer du mieux que vous pourrez.
S chie V.
Géronte. — Ah ! monsieu, je demandois où vous étiez.
Sganarelle. — Je m’étois amusé dans votre cour, à expulser le superflu de la boisson. Comment se porte la malade i
Géronte. — Un peu plus mal depuis votre remède.
Sganarelle. — Tant mieux; c’est signe qu’il opère.
Géronte. — Oui ; mais en opérant je crains qu’il ne l’étouffe.
Sganarelle. — Ne vous mettez pas en peine; j’ai des remèdes qui se moquent de tout, et je l’attends à l’agonie.
Géronte, montrant Léandre. — Qui est cet homme-là que vous amenez ?
Sganarelle, faisant des signes avec la main pour montrer que c’est un apothicaire- G est...
Géronte. — Quoi?
Sganarelle. — Celui...
Géronte. — Hé !
Sganarelle. — Qui...
Géronte. — Je vous entends.
Sganarelle. Votre fille en aura besoin.