‹ Le mal qu'on adit des medecinsChapitre 157 sur 219 · Acte III, Scène I · texte numérisé non relu

Acte III, Scène I

LéanDRE (déguisé en apothicaire') . Tout ce que je souhaiterois seroit de savoir cinq ou six grands mots de médecine pour parer mon discours et me donner l’air d’habile homme.

Sganarelle. — Allez, allez, tout cela n’est

(i) Rabelais fait recevoir ses honoraires de la même façon pAr Roiïdibilis. (Voir page 17.)

pas nécessaire, il suffit de Thabit : et je n’en sais pas plus que vous.

Léandre. — Comment ?

Sganarelle. — Diable emporte, si j’entends rien en médecine! Vous honnête homme, et je veux bien me confier à vous comme vous vous confiez à moi.

Léandre. — Quoi 1 vous n’êtes pas effectivement...

Sganarelle. — Non, vous dis-je ; ils m’ont fait Médecin malgré mes dents. Je ne m étois jamais mêlé d’être si savant que cela; et toutes mes éludes n’ont été que jusqu en sixième. Je ne sais pas sur quoi cette imagination leur est venue; mais quand j’ai vu qu’à toute force ils vouloient que je fusse Médecin, je me suis résolu de l’être aux dépens de qui il appartiendra. Cependant vous ne sauriez croire comment l’erreur s’est répandue, et de quelle façon chacun est endiablé à me croire habile homme. On me vient chercher de tous côtés ; et, si les choses vont toujours de même, je suis d’avis de m en tenir toute ma vie à la médecine. Je trouve que c’est le métier le meilleur de tous; car, soit qu’on fasse bien, ou soit qu on fasse mal, on est toujours pay»^ de même sorte. La méchante besot^ne ne retombe jamais sur notre dos, et nous taillons comme il nous plaît sur 1 étoffe où nous travaillons. Un cordonnier en faisant des souliers ne sauroit gâter un morceau de cuir qu il

n’en paie les pots cassés; mais ici on peut cxâter un homme sans qu’il en coûte rien. Les biTvues ne sont point pour nous, et c’est toujours la faute de celui qui meurt. Enfin le bon de cette profession est qu’il y a parmi les morts une honnêteté, une discrétion la plus grande du

monde ; et jamais on n’en voit se plaindre du Médecin qui l’a tué.

Léandre. Il est vrai que les morts sont fort honnêtes gens sur cette matière.

hommes qui viennent à lui.

Voilà des gens qui ont la mine de me venir consulter, (a Uandre.) Allez toujours m’attendre auprès du logis de votre maîtresse.

Page 1